Pour Votre Cancer : le PVC

Le PVC est partout : dans la construction (canalisations, huisseries, revêtements de sols, décoration), l’automobile, les accessoires médicaux, les emballages, les produits de consommation (jouets, vêtements, cartes de crédit). Depuis le début de sa fabrication industrielle dans les années 1930 par Union Carbide (souvenez-vous, Bhopal 1984), sa production ne cesse de croître, jusqu’à 30 millions de tonnes par an aujourd’hui. Ce qui signifie que l’on consomme toujours plus – de bagnoles, de fenêtres en plastique, de jeux en plastique, de bouffe industrielle sous plastique, etc. Comme le dit la CGT : « Il faut augmenter les salaires, les pensions, les minima sociaux pour accroître le pouvoir d’achat et la consommation des ménages, principal moteur de l’activité économique. » C’est-à-dire poursuivre la fuite en avant mortifère qui détruit les ressources naturelles, le climat, le vivant, notre santé physique et mentale – ce que le parti industriel nomme « croissance ». Il y va des 530 000 emplois et 72 milliards d’euros de chiffre d’affaires du PVC – notamment d’Arkema – en Europe et rares sont ceux qui osent penser que ces emplois-là devraient être supprimés. Non pas délocalisés, mais supprimés.

Le PVC, c’est le paradigme de l’horreur chimique. Tout au long de son cycle de vie, il empoisonne et tue. Fabriqué à partir de chlore (la moitié du chlore produit en France sert à la fabrication de chlorure de vinyle monomère, le gaz utilisé pour la synthèse du PVC), il contient en outre des additifs pour le stabiliser, le rendre flexible, lui conférer des propriétés mécaniques : phtalates, plomb, cadmium entre autres. Le chlorure de vinyle monomère est classé « cancérogène certain pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer, il est un facteur avéré de l’angiosarcome hépatique (cancer du foie). Les phtalates sont cancérigènes, mutagènes, perturbateurs endocriniens et responsables d’anomalies de la reproduction masculine. Le plomb et le cadmium, relargués dans les décharges notamment, comptent parmi les métaux lourds les plus dangereux. Lors de son incinération, ou en cas d’incendie, le PVC produit des dioxines, dont nul n’ignore plus les effets sur la santé depuis le massacre de l’incinérateur de Gilly-sur-Isère et ses dizaines de cancers. Selon la Commission européenne, 4,1 millions de tonnes de déchets de PVC ont été produites en Europe pour la seule année 1999.

Éradiquons le chlorure de vinyle

Les bienfaits du PVC profitent autant aux travailleurs qui le produisent qu’aux consommateurs qui l’achètent et aux voisins des uns et des autres. Un syndicaliste nous signale 32 ouvriers morts – à ce jour – de la polymérisation du chlorure de vinyle monomère à l’usine Atofina de Brignoud, et de nombreux malades de cancers. En 2008 et 2009, du chlorure de vinyle monomère était détecté dans les systèmes de distribution d’eau potable de plusieurs départements, le toxique ayant migré des canalisations vers l’eau. Selon l’Institut de veille sanitaire, environ 600 000 personnes en France sont alimentées en eau par des conduites susceptibles de relarguer du chlorure de vinyle monomère et « une augmentation d’incidence des cancers du foie est actuellement observée ».

Accusé depuis des décennies pour sa toxicité, le PVC est retiré de leurs produits par des marques grand public (Ikea, Lego) sensibles aux effets d’image et à la pression de Greenpeace notamment. En Espagne, des dizaines de communes se déclarent « Villes sans PVC », au mépris des travailleurs du secteur. Pourtant, objectent les industrialistes, vous êtes bien contents d’utiliser du PVC tous les jours ! (…) Aussi bien ces progressistes auraient-ils ricané voilà 30 ans avec la même hauteur de vue : vous êtes bien contents d’être isolés grâce à l’amiante ! Variante : vous êtes bien contents d’être protégés des insectes grâce au DDT ! Après tout, le DDT assurait aussi à l’industrie du chlore des débouchés fantastiques, avant d’être interdit.

Parfois, quand le scandale risque de compromettre le parti industriel, on ferme les usines de mort et on supprime des emplois. Alors, « Là-bas si j’y suis » envoie ses reporters en Italie se féliciter du procès de l’amiante. On appelle ça la part du feu, ou la pêche aux Verts.

Soyons conséquents. Éradiquons le chlorure de vinyle (aux angoissés d’une vie sans PVC, Greenpeace propose même son guide « des alternatives ».) Passons-nous de la bagnole, de la malbouffe suremballée, des gadgets en plastique pour les petits, des gadgets électroniques pour les grands. Bref, de tout ce qui bouffe ce pouvoir d’achat qui ligote les salariés à leur emploi, quelles que soient ses horreurs. Désertons les rayons de la consommation de masse, si nous voulons quelque autonomie.

Metro Boulot Chimio, Débats autour du cancer industriel, 2012

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