Jésus vu par Romain Gary

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« Il est tout à fait exact que j’ai et j’ai toujours eu un grand faible pour Jésus. Pour la première fois dans l’histoire de l’Occident, une lumière de féminité venait éclairer le monde, mais c’est tombé entre les pattes des hommes et ce furent les croisades, l’extermination des infidèles, la conversion par le sabre, l’hérésie, quoi. Le christianisme, c’est la féminité, la pitié, la douceur, le pardon, la tolérance, la maternité, le respect des faibles, Jésus, c’est la faiblesse. (…) Pour moi il s’agit là d’humanité et non d’au-delà, de l’humain et non de divin. Mais regarde ce que c’est devenu entre les mains des machos. Jésus, la Renaissance en a fait de la haute couture et l’art de Saint-Sulpice en a fait du prêt-à-porter. Après quoi la bourgeoisie a fait de Jésus un cache-sexe. C’était un homme. J’ai toujours eu envie de lui serrer la main. Bien sûr, on ne le rencontre plus, parce que la démographie, ça cache, mais il est toujours là à crever quelque part. Il y a des Jésus qui se perdent, je te jure. En l’an I de notre ère, une première lueur de tendre maternelle s’est levée sur cette terre, il y eut germe d’une civilisation, mais il n’y aura jamais de civilisation tant que la féminité continuera à être étouffée, bafouée, refoulée. L’Église a raté la chrétienté, la chrétienté a raté la fraternité et l’a exploitée à des buts sonores. La fraternité, ça ne fait plus que ronfler. (…) Il y eut l’homme. On l’a aussitôt expulsée dans l’au-delà. Mais pour moi, il n’est pas un extra-terrestre. C’était un homme, il était des nôtres. Quant au reste, à tout ce qu’on en a fait et à tout ce qu’on n’a pas fait au nom du Christ, le bonhomme n’y est pour rien. Il y a eu détournement de majeur. Si tu t’intéresses au mythe de l’homme, à cette parcelle de poésie qui, seule, nous différencie du reptile, tu passes par Jésus. A partir du moment où tu supprimes dans l’homme la part de poésie, la part d’imaginaire, tu n’as plus que de la barbaque. Tu te rends compte qu’avec Jésus, enfin, il y avait tout ce qu’il fallait pour bâtir une civilisation et même une Église ? Et qu’est-ce qu’on en a fait ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Une polémique sur le caractère sacré du foutre, sur la pilule, c’est là qu’on va chercher… »
Romain Gary, La nuit sera calme
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