La mort du voyage

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« Celui qui s’est déplacé par des moyens primitifs dans un pays peu développé sait qu’il y a, entre ce type de voyage et les voyages modernes en train, auto, etc., autant de différences qu’entre la vie et la mort. Le nomade qui se déplace à pied ou à dos d’animal, avec ses bagages chargés sur un chameau ou une voiture à bœufs, éprouvera peut-être toutes sortes de désagréments, mais au moins il vivra pendant ce temps. Mais celui qui roule à bord d’un train express ou vogue à bord d’un paquebot de luxe ne connaît en fait de voyage qu’un interrègne, une sorte de mort temporaire. Et pourtant, du moment que les chemins de fer existent, il faut bien voyager en train, en avion ou en voiture. Supposez que je me trouve à soixante kilomètres de Londres. Si je veux rejoindre la capitale, qu’est-ce qui m’empêche de charger mes bagages sur un mulet et de faire le trajet à pied, au prix de deux jours de voyage ? Tout simplement le fait que les autocars de la Green Line, me passant toutes les dix minutes au ras des oreilles, transformeraient mon équipée en une fastidieuse corvée. Pour apprécier les modes de déplacements primitifs, il faut qu’il n’y ait pas d’autres moyens disponibles. Aucun être au monde ne recherche la difficulté pour la difficulté. »

Georges Orwell, Le Quai de Wigan

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