Bernard Friot et la révolution du salaire à vie

Dans cet entretien, Bernard Friot, sociologue et économiste, nous montre comment nous pouvons à l’avenir nous réapproprier notre travail et la valeur économique que nous produisons, en nous opposant à la logique du capital et du marché du travail.

Supprimer la propriété lucrative, redéfinir la valeur et instaurer un salaire à vie pour tous, en prolongeant le principe de la cotisation sociale, déjà présente chez les fonctionnaires, les retraités, et dans la sécurité sociale : telles sont les pistes évoquées par Bernard Friot pour émanciper les individus économiquement et sortir du capitalisme.

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« Que produit-on ? Comment ? Qui produit ? La réponse à ces questions simples, mais décisives, dépend de l’organisation du pouvoir dans la société. (…) elles dépendent de ce qui est considéré comme ayant valeur parmi tout ce qui est produit d’utile, et de la façon dont on mesure cette valeur économique qui doit conforter le pouvoir des dominants. »

« [Le salaire] ne relève ni du pouvoir d’achat ni de la contrepartie, ni des besoins du travailleurs ni de la mesure de son temps de travail, il repose sur autre mesure de la valeur économique, celle de la qualification, et ouvre la perspective de l’affirmation de la capacité de chaque salarié – et du salariat pris comme ensemble d’institutions alternatives à celle du capital – de décider de la valeur économique et de sa mesure. »

« L’enjeu du salaire, c’est la possibilité de sortir du capitalisme. Non pas de le contenir, non pas de bouger le curseur de la répartition de la valeur ajoutée en faveur du salaire et au détriment du profit, mais de se passer des capitalistes, d’affecter toute la valeur ajoutée au salaire, y compris la part qui doit aller à l’investissement. Nous n’avons besoin pour travailler ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs, et nous le prouvons depuis soixante ans dans les pays capitalistes les plus avancés. (…) Il s’agit de maîtriser la valeur économique, oui, mais pour en changer le sens. Suppression du marché du travail et de la mesure de la valeur par le temps de travail, attribution à tous d’une qualification et d’un salaire à vie ; suppression du crédit et de la propriété lucrative par une cotisation sociale et une création monétaire articulée à la qualification : le salaire fonde ces possibles »

« il faut précisément se battre non pas pour le plein-emploi (ce qui veut dire plein d’employeurs, maintien du marché du travail et des forces du travail, renonciation à la maîtrise du travail, abandonnée à ceux qui ont le pouvoir sur l’emploi et en font l’occasion de la survaleur), mais pour la pleine qualification et le plein salaire. La suppression du chômage ne peut pas être obtenue par le plein-emploi puisqu’il n’y a de chômage que parce qu’il y a de l’emploi, c’est-à-dire parce que ce sont les postes et non les personnes qui sont qualifiés. Il faut oser déplacer le discours du plein-emploi vers un discours de la pleine qualification des personnes. Evidemment, si certains parlent de « vrai » plein-emploi, c’est parce qu’ils revendiquent plus de pouvoir pour les salariés dans l’entreprise, une participation des syndicats à la définition des emplois. Mais cette revendication est illusoire tant que subsiste un marché du travail avec le chantage à l’emploi, tant que les salariés sont niés comme producteurs de la valeur économique, tant que celle-ci est évaluée par le temps de travail. »friot

« C’est notre travail collectif qui fournit les 400 milliards d’euros que nous ponctionnons sur le PIB sous forme de cotisations sociales et de CSG pour financer, sans appel à la propriété lucrative, les pensions et la santé. C’est, de même, notre travail collectif qui produit les moins de 400 milliards d’euros de financement de l’investissement que les titulaires de portefeuilles financiers daignent nous prêter, aux conditions qu’ils nous imposent, après en avoir ponctionné 700 au nom de la propriété lucrative. Ils ne partiront pas avec, s’il leur plaît d’émigrer, puisqu’ils partiront avec des titres qui ne vaudront rien dès lors que nous aurons aboli le droit de propriété lucrative, remplacé par la propriété d’usage des entreprises. »

Bernard Friot, L’enjeu du salaire

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