S’indigner que les saloperies que l’on défend d’ordinaire nous retombe sur la gueule

ym9lonf9Qu’il peut être risible d’entendre s’indigner sur l’incarcération d’un jeune opposant au « mariage pour tous » ceux-là mêmes qui n’ont de cesse, d’ordinaire, de pester contre une « justice » qui ne serait pas assez sévère  !

Ne devraient-ils pas plutôt, en bons citoyens qu’ils sont, applaudir un jugement qui fait enfin triompher une loi qui serait d’ordinaire bafoué ? Ne devraient-ils pas se sentir rassuré par un jugement qui rompt enfin avec le « laxisme » dont ferait preuve en permanence la « justice » ?

Ils ont beau crier à l’arbitraire, les juges n’ont jamais fait qu’appliquer la loi – cette foutu loi dont ils ont réclamé et applaudit toutes les évolutions liberticides et sécuritaires !

Mais la loi, c’est bon les autres, n’est-ce pas, pour la vile populace, pour les « jeunes » des cités, pour les misérables, pour les marginaux, pour les SDF, bref pour tous ceux qui n’auront jamais personne pour les défendre et s’indigner de leur sort. Pour eux, la « justice » doit être impitoyable, ce qu’elle n’est jamais assez. Mais elle n’a pas à s’en prendre à un jeune homme bien-comme-il-le-faut, de bonne famille, « de droite », qui peut bien se permettre de violer la loi pour la bonne cause !

Ils ont beau essayer de dissimuler leur mépris de la loi – en pointant du doigt la disproportion entre le jugement en question et des jugements « laxistes » récents : cela devient criant.

Triste et désolant spectacle que celui de ces honnêtes gens s’indignant que les saloperies qu’ils défendent d’ordinaire leur retombent sur la gueule. Les mêmes pitoyables pleurnicheries étaient d’ailleurs déjà à l’œuvre il y a plusieurs semaines, lorsque ces gens au-dessus de tout soupçon avaient été un peu maltraités par la police lors de leurs « manifs pour tous » ! Que n’avait-t-on pas entendu alors à propos de ces violences policières pourtant on ne peut plus ordinaire ! A les entendre, ils auraient été été victimes d’une répression policière abominable comme personne en France avant eux ! Il aurait fallu presque les plaindre, les reconnaître comme de nouveaux martyrs. Jamais pourtant nous ne les avions entendu auparavant protester contre quelque violence policière que ce soit. Au contraire, ils ont toujours trouvé ça on ne peut plus normal, les violences policières contre des manifestants de gauche, contre des grévistes, contre des « jeunes » des cités. Mais voilà, des violences policières contre eux, c’est intolérable, inadmissible.

Pour nos indignés de salon, la cause est entendue : le manifestant incarcéré est un prisonnier politique. C’est un scandale, une atteinte insupportable aux droits de l’homme ! La preuve que l’on vit sous une dictature socialiste ! Les 67 999 autres prisonniers qui croupissent en prison l’ont bien sûr bien mérité et ne sont pas à plaindre, eux. Mais ce que vit Nicolas – c’est son prénom -, ça c’est indigne, ça c’est insupportable !

Les exemples regorgent pourtant de jugements sévères, implacables, impitoyables – autant de jugements que ne veulent pas voir ceux qui veulent nous vendre l’image d’une « justice laxiste ». Tous les jours sont envoyés en prison des gens pour des motifs dérisoires. Pas de pitié pour ces petites gens que la violence des rapports sociaux pousse à voler. Pas de pitié pour ceux qui n’ont pas la lâcheté de se taire face aux vexations policières. Des « jeunes » qui passent en jugement pour « outrage », pour « rébellion » envers les forces de l’ordre, il y en a pléthore. Et plus on est désœuvré, plus la « justice » est dure avec nous. Au vu des réactions de ceux qui, d’ordinaire, réclament une « justice » encore plus dure avec les faibles et encore plus faible avec les durs, il semble bien que le cas de Nicolas soit une inacceptable exception à cette règle inique.

Mais où étaient donc ces adversaires impitoyables de l’arbitraire d’Etat quand, en 2007, des jeunes gens qui manifestaient contre l’élection de Sarkozy ont été condamné à des peines allant de 2 à 4 mois ferme pour des motifs aussi creux que ceux qui ont valu à Nicolas la sienne ?
Où étaient-ils donc quand, en 2008, on a envoyé en prison, sans la moindre preuve, de paisibles libertaires de Tarnac pour de soi-disant actes terroristes ?
Où étaient donc ces contempteurs féroces de l’injustice quand, il y a quelques semaines, un SDF a été condamné à 4 mois de prison ferme pour le vol de 19 tomates ?
Mais où sont-ils donc quand on leur évoque le sort de Philippe El Shennawy, incarcéré dans les geôles de ce pays depuis quarante ans simplement pour avoir commis quelques braquages de banque – et qui devrait encore attendre 2032 pour pouvoir en sortir ?
Où sont-ils quand tombe la nouvelle d’un suicide de prisonnier ?

S’indigner quand il s’agit de quelqu’un qui nous est proche ou dont on pourrait partager le sort, c’est facile. Être capable de s’indigner pour tous les autres, pour tous ceux dont nous ne pouvons ou ne voulons pas comprendre la situation, c’est une autre paire de manches. Pas facile, n’est-ce pas, quand on est de bonne famille, qu’on a toujours été à l’abri du besoin, d’être saisi d’effroi et de pitié par l’histoire de ce SDF envoyé en prison pour quatre mois pour avoir simplement voulu manger…

En quoi la peine infligée à ce SDF ou à Philippe El Shennawy serait-elle plus juste et légitime que celle infligée à Nicolas ?

Il reste quand même à espérer que cette affaire servira d’électrochoc à nombre de citoyens de bonne volonté, leur permettra d’appréhender l’iniquité intrinsèque de cette prétendue « justice », les sensibilisera au sort des détenus et leur fera comprendre qu’on ne peut pas vouloir la loi et récuser ses dévastations quand cela nous arrange.

A ceux qui veulent vraiment la justice, il est plus que temps de récuser en bloc cette organisation de lâches et de tortionnaires qui usurpe le nom de justice pour mieux mater ceux qui ne respectent pas les lois iniques de leurs maîtres, qui réprime impitoyablement les plus insignifiantes peccadilles pour mieux masquer l’abjection d’une loi qui tolère et encourage les pires violences et les pires crimes – auxquels ils ne sont souvent qu’une réponse. Comment peut-on encore appeler « justice » cette écœurante institution qui condamne des petits voleurs de tomates et des braqueurs de banque à des peines infamantes pendant qu’elle reste muette devant des pillages et des exactions autrement plus massifs et dévastateurs – ceux des capitalistes, des banquiers, des politiciens ?

Il n’y a nulle « justice » là où il s’agit de faire respecter des lois iniques, scélérates, criminelles. Il est dès lors impératif de remettre en cause l’infâme partage que la loi organise et impose entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, entre ceux qui seraient victimes et ceux qui seraient infracteurs, entre ceux qui seraient innocents et ceux qui seraient coupables, entre ceux qui peuvent tout se permettre et ceux qui ne le peuvent pas. C’est à ce niveau, et uniquement à ce niveau qu’il faut se battre – à défaut de lutter en vain et de légitimer et perpétuer l’injustice.

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