Pour en finir avec ce régime oligarchique qui usurpe le nom de démocratie

oligarchie

La principale racine de nos problèmes politiques modernes est que nous appelons démocratie son strict contraire : l’élection est aristocratique, par définition : on élit le meilleur, le meilleur = aristos. (…) Aujourd’hui, le fait d’appeler démocratie son strict contraire nous emprisonne dans une glu intellectuelle qui nous empêche de formuler une alternative sérieuse : nous n’arrivons pas à désigner l’ennemi car l’ennemi a pris le nom de l’ami, LE NOM de ce qui le détruirait. Tenant cette place stratégique, l’ennemi nous empêche de l’occuper.
Etienne Chouard

Georges Bernanos le disait déjà en son temps : le mot de « démocratie » est sans doute le mot le plus prostitué de toutes les langues. Il est en tout cas certain qu’il est aujourd’hui le mot le plus mal compris ; un malentendu qui, loin d’être innocent, permet l’anéantissement incognito de la démocratie bien comprise.

Il est essentiel d’affirmer haut et fort que ce qu’ils appellent « démocratie », que ce que nous appelons « démocratie » n’en est absolument pas une, n’a rien à voir avec l’idée de pouvoir exercé par le peuple, de souveraineté du peuple. Comment peut-on en effet qualifier de démocratique un régime dans lequel les citoyens n’ont aucun pouvoir si ce n’est celui de choisir ceux qui vont l’exercer à sa place ? Comment peut-on qualifier de démocratique un régime dans lequel les citoyens sont sommés de confier TOUT pouvoir à une minorité d’élus qui peuvent en disposer comme bon leur semble pendant toute la durée de leur mandat, sans aucun compte que ce soit à rendre ? Comment peut-on qualifier de démocratique un régime dans lequel les citoyens ne votent jamais la loi, dans lequel leur vote ne compte pour rien dans les décisions prises, dans lequel les citoyens doivent faire des pieds et des mains entre deux élections pour tenter d’être simplement écouté ? Contre-sens tragique.

I Le spectacle de fausse démocratie

Il faut bien reconnaître que les pères de nos « démocraties » n’ont jamais cherché à rendre souverain le peuple – la lecture de Principes du gouvernement représentatif de Bernard Manin est édifiante à ce sujet. Ils ont plutôt trouvé dans ce gouvernement représentatif abusivement appelé démocratie une technique géniale pour donner à ceux qui entendent gouverner et à leurs politiques une légitimité presque impossible à contester ; pour que le citoyen consente plus que jamais à vivre sous la dépendance de maîtres ; pour rendre le citoyen on ne peut plus obéissant à une loi qui est désormais censée être la sienne ; pour qu’il accepte l’ordre des dominants et ne cherche à l’attaquer que lors de vaines et dérisoires consultations électorales.

Le mensonge démocratique est, pour tout dire, le gardien de l’ordre établi. Il s’inscrit dans ce processus beaucoup plus large d’encasernement, de domestication de l’homme qui est à l’œuvre depuis le 18ème siècle, et qu’il a pour charge de maquiller en processus de libération. Ce n’est pas un hasard si la naissance de la prétendue démocratie suit de très près l’émergence et le développement des techniques disciplinaires, dont parle Michel Foucault dans Surveiller et Punir, et qui sont chargés de transformer en profondeur l’homme pour le rendre « docile et utile », pour le rendre conforme aux exigences d’une société en pleine mutation technique et économique. Loin d’être la souveraineté du démos, il faut comprendre tout au contraire la prétendue démocratie comme l’encadrement, comme l’asservissement du démos sous l’admirable subterfuge du suffrage universel. Ce que cache cette façade démocratique, c’est en réalité la plus infâme des sociétés disciplinaires, elle-même au service de la plus abjecte des dictatures économiques. Le mensonge de la démocratie est le mensonge suprême : il est celui grâce auquel tient tout l’odieux édifice. Le masque démocratique est pour tout régime oligarchique le meilleur des systèmes de défense jamais imaginé.

Plus que n’importe quel autre, le citoyen des prétendues démocraties est le dépossédé. Il est un prisonnier qui se croit libre parce qu’il peut élire ses garde-chiourmes. Il est l’esclave parfait.

Comment se rebeller contre une « démocratie » ?

Plus efficace que n’importe quelle autocratie, que n’importe quelle monarchie absolue : une caricature de démocratie où le peuple croit avoir exprimé sa volonté et à laquelle il ne peut que se soumettre. Comment se rebeller contre une « démocratie » sans passer pour un violent, un factieux, un partisan de la dictature ? La quadrature du cercle. Nos maîtres ont kidnappé le mot démocratie pour que jamais nous ne puissions imaginer par ce mot un sort plus enviable que celui de notre kidnapping.

Plus efficace qu’un régime de parti unique, une caricature de multipartisme où s’affrontent sur des détails insignifiants deux ou trois grands partis qui sont d’accord sur l’essentiel, à savoir la défense inconditionnelle de cette société capitaliste et disciplinaire.

Toujours la pseudo-démocratie a besoin de fabriquer de faux clivages, de faux conflits, de fausses oppositions, de fausses alternatives : là se situent les plus solides écrans de fumée, là sont les meilleures polices, les meilleurs instruments d’embrigadement des consciences. L’existence de ces faux clivages va de pair avec cet esprit de parti, qui est toujours pour le citoyen l’abandon de son esprit critique, préalable à celui de sa liberté, et aussi un obstacle à la recherche du bien et de la vérité ; cet esprit de parti que la pseudo-démocratie toujours suscite et s’emploie à mettre au service de ces faux clivages afin que non seulement chacun soit persuadé de la nécessité de sacrifier sa conscience mais aussi qu’il puisse s’insérer docilement dans des camps fictifs préétablis à dessein. Notre capacité individuelle de penser est ainsi doublement muselée – éloignant ainsi toute compréhension effective des problèmes, empêchant les vraies questions d’être posées et les vrais clivages d’émerger. En France, tout se réduirait en définitive à deux camps : « la droite » et « la gauche », qui représenteraient deux visions radicalement opposées d’appréhender et d’envisager le monde. D’un côté le souci de l’ordre, de l’autre celui du progrès. D’un côté le souci du mérite, de l’autre celui de la fraternité. Et caetera. Un clivage construit de toute pièce mais dont la force est de se présenter comme on ne peut plus naturel. Droite ou Gauche, Hollande ou Sarkozy : les choix seraient aussi simples que cela. Et c’est ainsi qu’en définitive chacun se persuade de la nécessité de faire gagner « son » camp, « la droite » ou « la gauche », du moins d’empêcher que gagne celui d’en face. Et c’est ainsi que les guerres de clans prédominent toujours sur les débats d’idées. La croyance tenace dans l’existence, la prééminence et l’indépassabilité de ce clivage, véritable prison mentale modelant et paralysant toute pensée, est assurément le piège à con-citoyens le plus féroce et la meilleure garantie de pérennité du système pseudo-démocratique. On ne comprend assurément rien, par exemple, à tout ce cirque autour du « mariage gay » si l’on ne comprend pas qu’il est d’abord une stratégie pour réarmer violemment le clivage droite/gauche, pour lui redonner un semblant de réalité au moment même où son imposture devient criante. Il faut absolument que les citoyens continuent à y croire, à se mobiliser pour ou contre l’un des deux camps. Même les plus sceptiques doivent être persuadés qu’en définitive il y a dans « l’alternance » des choses à perdre ou à gagner, et qu’il faut « quand même mieux » prendre parti. Que le citoyen indigné par le « passéisme et l’homophobie de la droite » continue à être solidaire jusqu’au bout du camp « de la gauche », que le citoyen épouvanté par le « changement de civilisation » opéré par « la gauche » se convainc de lui « faire barrage » aux prochaines élections : voilà qui permet d’oublier que « la gauche » et « la droite » forment un seul et même camp partageant les mêmes idéaux et conduisant la même politique – et ainsi les laisser perpétuellement au pouvoir. Pourvu que les citoyens toujours se voilent la face, se mobilisent et se divisent sur des artifices, des détails afin que jamais ils ne puissent penser par eux-mêmes, appréhender l’ensemble et s’attaquer à l’essentiel.

La fièvre civique est une fièvre d’obéissance

Cette pseudo-démocratie se présente d’abord et avant tout comme un spectacle, une mise en scène chargée de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, un carnaval parodique flattant notre illusoire souveraineté pour mieux nous astreindre à la plus entière servilité. Un spectacle qui travestit le réel et parasite notre perception du monde, nous exposant à toutes les manipulations et à tous les mensonges. Un spectacle qui martyrise les intelligences, étouffe les consciences et délimite autoritairement le champ des possibles. Un spectacle qui cherche continuellement à nous embrigader par la séduction, le harcèlement et la terreur. Un spectacle qui nous mobilise autour de vains affrontements électoraux pour mieux nous immobiliser dans la plus terrible passivité. Un spectacle qui anesthésie toute expression populaire véritable et fabrique cette fausse volonté populaire à laquelle nous sommes sommés de nous soumettre. Un spectacle qui nous possède et nous dépossède. Un spectacle d’une telle intensité, d’un tel pouvoir de fascination qu’il doit lui-même créer plus qu’une impression : la conviction de la démocratie. Il doit nous persuader que nous vivons dans une démocratie, où le citoyen est maître : ainsi devons-nous pouvoir participer suffisamment à cette comédie – principalement par l’élection – pour que s’éloigne toujours plus loin de nous une potentielle prise de conscience de la duperie.

La capacité du spectacle de la fausse démocratie – ou spectacle politique – à nous faire marcher droit, à nous modeler est sans pareille ; elle est pour ainsi dire la plus remarquable des techniques disciplinaires. La fièvre civique qu’il se charge de nous insinuer est une fièvre d’obéissance. Plus le citoyen croit se montrer digne de sa souveraineté, plus il obéit en réalité à des instructions qui lui sont transmises.

De la grandeur d’être dépossédé de sa vie

La prétendue démocratie prétendument représentative doit ainsi persuader le peuple de l’absolue nécessité d’avoir des représentants, de l’incontournabilité de la « politique » entendue comme domaine autonome et séparé. Le spectacle politique doit donc nous persuader de l’évidence, du caractère on ne peut plus naturel de cette classe politique appelée à tout décider à notre place. Ainsi le spectacle politique nous gave-t-il l’imaginaire dès l’enfance, via les médias, via ses clercs, via l’école et ses cours de dressage civique, avec ces figures politiques si prééminentes, si cruciales qu’elles auraient presque bâti le monde à elles toutes seules, avec cette grandeur qu’il y aurait d’être gouverné et d’être dépossédé de sa vie en échange du droit grandiose de voter. Ainsi le spectacle politique, fort de sa machinerie médiatique, cherche-t-il à nous assiéger, à nous saturer l’esprit en permanence avec la moindre de ses petites histoires, avec tout son cortège de sujets bidons, de petites phrases, de faux problèmes, de fausses solutions, de fausses polémiques, de faux débats, de faux affrontements électoraux, tous donnés à voir comme les événements les plus graves et les plus décisifs pour notre vie.

Le spectacle politique doit sans relâche nous agresser, nous importuner, nous harceler avec la moindre de ses actualités, susciter en nous des émotions afin que toujours nous soyons pris dans son tourbillon, forcés, moralement obligés d’y réagir, d’une manière ou d’une autre, pour tenter d’avoir prise sur ces événements ; et à y sacrifier tout notre temps disponible et toute notre énergie en commentaires et en critiques toujours trop bornées et fragmentées pour être réellement dangereuses. Et voici que de cette manière, nous ne sommes plus capables de réagir qu’à ce qu’ils veulent que nous réagissions, plus capables de nous intéresser à ce qu’il pourrait précisément vouloir nous cacher derrière ce flot. Et voici qu’il nous maintient la tête sous l’eau, nous arrachant à l’usage de notre bon sens et à toute véritable réflexion, qui a besoin de temps, de recul, et qu’ainsi nous sommes incapables de poser et penser les problèmes dans leur globalité, de poser sur la table nos vrais sujets de préoccupation, de prendre une quelconque initiative à ses dépens.

Le spectacle politique doit rester maître de l’agenda, maître des sujets dont il faut débattre, à quel moment en débattre et de quelle manière. Qui est maître de l’agenda est maître tout court, et le spectacle politique doit donc donner l’illusion au peuple qu’il en est le maître – via les innombrables sondages qui prétendent refléter l’opinion des citoyens qu’en réalité ils construisent, via les prétendus contre-pouvoirs que sont les partis politiques et les syndicats – pour mieux le confisquer.

Qu’il nous enthousiasme, nous indigne, nous dégoûte, ce sont toujours trois manières pour le spectacle politique de nous vaincre, de nous mettre à sa botte. Le spectacle politique est autant l’affaire de metteurs en scène conscients de ce qu’ils font que des citoyens qui y participent de bonne foi.

Le spectacle politique doit s’imposer partout à notre vue, à notre regard, afin que nous soyons toujours persuadés que c’est là que se joue la marche du monde, que c’est là que peut et que doit tout être décidé, jusqu’au plus petit détail de nos existences. Le citoyen ordinaire croit, bêtement, que c’est parce qu’ils sont incontournables que les politiques sont omniprésents, alors qu’ils sont omniprésents précisément parce qu’ils veulent se faire passer pour incontournables. La politique se donne à voir partout parce qu’elle se veut partout. Politique partout, démocratie nulle part.

Le spectacle politique doit ainsi maintenir et approfondir coûte que coûte cette dépendance affective des citoyens envers les hommes politiques, comparable à celle de l’enfant envers ses parents. Le dirigeant politique doit rester un père, le citoyen un enfant. Plus la politique échappe au peuple, plus elle doit lui donner l’apparence d’en être proche, de ne faire qu’un avec lui. Plus la politique échappe au citoyen personnellement, plus elle doit l’obséder, plus elle doit le rendre malade. Le citoyen en France est malade de statopathie : il est persuadé qu’il ne peut pas vivre sans l’assistance de l’Etat, il ne se sent pas exister sans la reconnaissance de l’Etat, il ne peut pas lui arriver le plus petit malheur sans qu’immédiatement il proteste contre l’inertie coupable des hommes politiques.

Anesthésier toute conscience critique

Le spectacle politique doit absolument nous rendre le monde et son système incompréhensibles. C’est ainsi qu’il doit nous gaver d’informations, nous bombarder d’une multitude de nouvelles et autant de sujets à débattre, afin de nous disperser, de nous embrouiller l’esprit, de nous faire perdre de vue l’essentiel, l’important, de nous empêcher d’avoir une vue d’ensemble et d’approfondir vraiment les sujets. C’est ainsi qu’il doit créer un vacarme, une agitation telle qu’en définitive elle crée en nous une fatigue mentale à même nous délester de toute conscience critique. C’est ainsi qu’il doit nous imposer un permanent zapping et nous enfermer dans un perpétuel présent où l’information d’aujourd’hui chasse celle d’hier et où il s’agit donc d’en rester toujours à la surface des événements sans possibilité de les comprendre, de les mettre en perspective, d’appréhender le contexte – bref d’empêcher que le citoyen ne fasse usage d’une quelconque mémoire et ne retrouve le sens d’une quelconque continuité. C’est ainsi qu’il doit nous imposer ses préoccupations, son langage, son ordre du jour, afin que jamais nous ne puissions fixer notre attention ailleurs que dans de vaines directions, afin que jamais nous ne puissions pousser nos réflexions au-delà de ses sentiers stériles. « L’affaire Cahuzac » est l’un des meilleurs exemples récents de ces sujets et débats à usage paralysant qu’affectionnent tant le spectacle politique et son cortège de clercs, de chiens de garde, de flics de la pensée. Rien de plus habile en effet que de laisser s’organiser un grand concours d’indignation sur la saloperie d’un homme pour faire oublier la saloperie de tout un système. Rien de tel que d’attirer les regards et les réflexions sur un point de détail, une toute petite partie d’un problème pour mieux masquer le problème dans son ensemble. Rien de tel que de pointer l’une des conséquences d’un problème pour ne pas avoir à rechercher ses causes. Se concentrer sur la prétendue défaillance d’un seul homme permet de masquer le fait que le vol est l’ordinaire de cette classe politique, que cette classe politique défend un régime économique, le capitalisme, intégralement fondé sur le racket. Monter en épingle des problèmes périphériques pour masquer les problèmes essentiels ; mal poser les problèmes, piéger les mots et enfermer les débats pour toujours nous faire accepter des pseudo-solutions, voilà toute l’affaire du spectacle politique – qui ne tolérerait aucunement que des citoyens insolents, déterminés à chercher ce qui se cache derrière ce qui leur est montré, résolus à chercher la cause des causes, puissent y étaler le fruit de réflexions enfin poussées jusqu’à leur terme. Prétendre que le fond du problème Cahuzac serait l’existence de cette dite démocratie représentative permettant à une classe politique de faire ce qu’elle veut, de faire n’importe quoi et laissant le citoyen impuissant face à cela, voilà qui serait évidemment inacceptable.

Tout doit changer pour que jamais rien ne change

Le spectacle politique est tout autant affaire de terreur que de séduction. Il doit en permanence susciter le désir, l’espoir mais aussi la colère. Grogner, râler contre les hommes politiques n’est jamais qu’une autre manière de les introniser comme maîtres. C’est ainsi que le système pseudo-démocratique encourage et encadre sa propre critique, une critique qui doit rester la plus molle et la plus improductive possible, afin de s’en trouver légitimé et renforcé. Ce qui est inacceptable, ce contre quoi le spectacle politique doit se prémunir, ce sont ceux qui prendraient conscience de la supercherie et décideraient de faire sans les hommes politiques. C’est pourquoi le spectacle politique doit ratisser le plus large possible, persuader que tout le monde est écouté, que chacun peut trouver en la politique une réponse à ses problèmes. Le spectacle politique doit alors faire mine de recouvrir et d’occuper tout le champ des opinions et des possibles. Il doit permettre une liberté d’expression, une pluralité d’opinions, une offre électorale assez conséquente pour qu’elle rende inutile, qu’elle écarte, qu’elle anesthésie, chez le plus grand nombre de citoyens, l’idée de dissidence, la perspective de mettre ses idées généreuses et subversives en action. C’est ainsi que le spectacle politique réclame de temps à autres qu’émerge du « sang neuf », de nouvelles têtes, de nouvelles forces politiques, qu’émerge des forces politiques « alternatives », « hors système », pour redonner une virginité à un système intrinsèquement pervers, pour que se maintienne l’illusion de la démocratie. Tout, en apparence, doit changer pour que rien, en réalité, ne change. Vains partis « hors système » qui, loin de « balayer » le système, en sont souvent les voitures-balais les plus efficaces. Que des candidats « alternatifs », aussi droits et honnêtes soient-ils, se présentent aux élections et ils légitiment du même coup l’issue presque toujours malheureuse de celles-ci. Qu’ils se présentent et ils donnent crédit à l’idée crapuleuse selon laquelle nous pourrions nous exprimer et changer les choses au travers des élections. Et le citoyen plein de bonne volonté qui votera pour ce candidat « alternatif » cautionnera lui aussi ce système qu’il croit pourtant réviser ou abattre. Voter pour tel ou tel candidat « alternatif », c’est en définitive voter pour celui qui l’emportera. Voter c’est accepter les règles et donc l’issue du vote.

Si la séduction ne marche pas suffisamment, alors vient le temps du chantage, de la culpabilisation, de la terreur. Ainsi explique-t-on combien le fait de s’abstenir de voter est un acte irresponsable, un outrage à tous ceux qui sont-morts-pour-que-nous-ayons-le-droit-de-voter. Ne pas voter, préviennent-ils, reviendrait à laisser le champ libre aux forces politiques les plus infâmes. Ainsi le spectacle a-t-il à sa disposition un ennemi utile : le puissant parti « d’extrême-droite », « populiste », « fasciste », « adversaire de la démocratie », face auquel le citoyen consciencieux, terrorisé, culpabilisé, pris par les sentiments démocratiques, n’a d’autre choix que de « faire barrage » à la bête immonde en votant perpétuellement pour les usurpateurs de la démocratie. Ainsi le spectacle politique se plaît-il aussi à nous donner à voir et à connaître tout le cortège des crimes des dictatures à travers le monde et les époques, pour que toujours, en comparaison, sa fausse démocratie nous paraisse acceptable, et nous paraisse mériter que nous la défendions.

(A suivre)

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2 réflexions sur “Pour en finir avec ce régime oligarchique qui usurpe le nom de démocratie

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