Le téléphone portable, gadget de destruction massive

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« Derrière sa façade clinquante, le téléphone portable est un concentré de nuisances. D’abord à cause de ses puces électroniques. Eric D. Williams, chercheur à l’université des Nations unies, à Tokyo, a mesuré les éléments nécessaires à la fabrication d’une puce de deux grammes. Résultat : 1,7 kilo d’énergie fossile, 1 mètre cube d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau. Par comparaison, il faut 1,5 tonne d’énergie fossile pour construire une voiture de 750 kg. Soit un ratio de 2 pour 1, alors qu’il est de 630 pour 1 pour la puce. (Libération 21/11/02).

« Ce n’est pas tout. Outre ses puces, votre téléphone a besoin de condensateurs en coltan (ou colombo-tantalite), un minerai malléable, résistant à la chaleur et à la corrosion. Celui-ci est extrait notamment en République Démocratique du Congo (RDC), où se trouvent les plus importants gisements mondiaux.

Comme les diamants, le coltan a été au centre d’une guerre pour le contrôle des ressources qui a tué plus de 3,5 millions de personnes dans sept pays depuis 1998. « Tout une série d’entreprises se sont créées dans cette zone, en association avec les grands capitaux transnationaux, les gouvernements locaux et les forces militaires (de l’Etat ou de la guérilla) qui se disputent le contrôle de la région concernant l’extraction du coltan et d’autres minerais. L’ONU n’hésite pas à affirmer que ce minerai stratégique finance une guerre que l’ancienne Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Madeleine Albright, a dénommée « la première guerre mondiale africaine ». » (World Rainforest Movement, http://www.wrm.org.uy)

Au Congo, de nombreux enfants sont retirés de l’école pour travailler dans les mines de coltan. Le minerai est acheté aux rebelles et à des compagnies minières hors-la-loi par des sociétés internationales, dont Cabot Inc. aux Etats-Unis, HC Starck en Allemagne (filiale de Bayer), et Nigncxia en Chine. Ces sociétés transforment le minerai en une poudre qu’elles vendent à Nokia, Motorola, Ericsson, Sony, Siemens et Samsung.

Conclusion qui ne figure pas sur la notice de votre portable : « Il semble évident que les consommateurs du Nord, soit la majeure partie de la demande solvable et les derniers maillons de la chaîne, ont en partie contribué indirectement à la poursuite du conflit en RDC. » (« La route commerciale du coltan congolais : une enquête », Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (Grama), université de Québec, 2003)

Le journaliste africain Kofi Akosah-Sarpong a même exprimé que « le coltan, généralement parlant, n’est pas en train d’aider les habitants locaux. En réalité, il est la malédiction du Congo ». Il a également révélé que des évidences de contamination par ce minéral existent et que celles-ci signalent le rapprochement entre le coltan et les déformations congénitales des bébés de la zone minière qui naissent avec les jambes de travers. » (World Rainforest Movement, http://www.wrm.org.uy)

Les mines de coltan sont situées en majorité dans l’est de la RDC, dans la région du Kivu, sur le territoire des derniers gorilles des plaines, des okapis et des éléphants. Bilan de l’activité minière : saccage des forêts et des cours d’eau et massacres d’animaux. Au rythme actuel, les spécialistes estiment à 10 ou 15 ans maximum l’espérance de survie des gorilles. (Sciences et Avenir Juin 2004). »

« Changer de téléphone signifie jeter son téléphone. Depuis le lancement de ce gadget sur le marché, 500 millions d’exemplaires ont déjà été jetés (130 millions rien qu’aux Etats-Unis en 2005), grossissant les montagnes de déchets électroniques et électriques (DEEE). En France, nous en produisions 25 kg par personne en 2001, et ce chiffre doit doubler d’ici 2013. « Or, ces déchets sont loin d’être anodins. Ils concentrent un mélange complexe de matières et de composants particulièrement toxiques. Métaux lourds, cadmium, mercure, et plomb en grande quantité. Ces substances, ennemies de longue date de l’air, des sols et des nappes phréatiques, menacent également la santé des êtres vivants. Quelques mois suffisent pour qu’un téléphone mobile dernier cri et un ordinateur ultra-performant se métamorphosent en bombes à retardement pour l’environnement. » (Le Figaro Magazine 07/07/01) »

« L’étude européenne Réflex, dont les résultats furent dévoilés le 8 décembre 2004 par la fondation allemande Verum, a été financée par l’Union européenne et par les gouvernements suisse et finlandais. Elle a mobilisé douze laboratoires pendant quatre ans. Ses conclusions : « Les champs électromagnétiques générés par les antennes des téléphones portables provoquent indirectement des ruptures dans les brins d’ADN de cellules humaines et animales. Ils vont même jusqu’à perturber la synthèse de certaines protéines. »  Ces impacts apparaissent pour des doses d’énergie inférieures aux seuils définis par la législation française (2 watts par kilo, d’après la recommandation de la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants). (…) Un chercheur belge, Luc Verschaeve, du Vlaamse Instelling voor Technologish Onderzoek, explique que les ondes atteignent, à deux centimètres de profondeur, la zone la plus sensible du cerveau : le cortex, provoquant une élévation de sa température d’environ un degré Celsius. Bref, la tête dans le micro-ondes.  « Si l’on téléphone régulièrement et pendant de longues périodes il n’est pas impossible que l’effet thermique finisse par léser l’ADN cellulaire et provoquer des tumeurs cancéreuses » (Science et Vie Avril 1999) »

« Les dégâts sanitaires de la téléphonie mobile seront sans doute niés aussi longtemps que ceux du tabac. Si votre cerveau flanche, c’est que vous vieillissez. Il sera peut-être plus difficile à l’industrie de réfuter sa responsabilité dans l’autre catastrophe en cours, qui nous menace tout autant : la disparition des abeilles. Outre l’efficacité insecticide sans égale des Gaucho, Regent et autres pesticides systémiques, la pollution électromagnétique semble avoir sa part dans le « syndrome d’effondrement des ruches », plus encore depuis l’apparition de la téléphonie « 3G », au débit plus élevé. Pour mémoire, 60 à 90 % des colonies domestiques ont disparu aux Etats-Unis depuis 2006. Les agriculteurs américains doivent importer des ruchers pour assurer la pollinisation de leurs arbres fruitiers. Même drame en Europe depuis une dizaine d’années : les abeilles disparaissent sans laisser de trace. Or, nous rappellent des chercheurs rabat-joie, celles-ci utilisent les champs magnétiques terrestres pour s’orienter, et émettent des signaux électromagnétiques d’une fréquence de 180 à 250 Hz lors de leurs danses de communication.
Expérience : placez quatre essaims d’abeilles à 800 mètres de leurs ruches respectives. Exposez deux des quatre ruches aux émissions d’un téléphone sans fil, laissez les deux autres tranquilles. Observez les abeilles. Résultats obtenus par l’équipe des professeurs Stever et Kuhn de l’université allemande de Koblenz-Landau : les deux premiers essaims retrouvent fort mal, voire pas du tout leur ruche communiquante, tandis que les deux autres s’en sortent très bien. On vous aura prévenus.
Rappelons modestement aux pros de la « 3G », du Bluetooth et du Wifi que les abeilles sont ces insectes pollinisateurs qui, en butinant les fleurs, assurent la fécondation indispensable à l’apparition de fruits et légumes. Un tiers du volume de ce que nous mangeons, pour être précis. Mais on ne peut pas tout avoir : des tomates et l’iPhone.

Pièces et main d’oeuvre, Le téléphone portable, gadget de destruction massive [ouvrage consultable dans son intégralité ici]

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