« Selon les principes des procès de Nuremberg, chaque président américain depuis lors aurait été pendu »

FordNixonBushReaganCarter« A l’époque des procès de Nuremberg [procès des criminels de guerre nazis après la Seconde guerre mondiale], il y avait une rhétorique pompeuse de la part des procureurs occidentaux selon laquelle ce procès n’allait pas être seulement être « une justice de vainqueur » : nous n’avons pas seulement gagné la guerre, nous établissons les principes qui s’appliqueront à nous aussi. Eh bien, selon les principes des procès de Nuremberg, chaque président américain depuis lors aurait été pendu. Y en a-t-il un seul qui ait été mis en jugement ? Cette question a-t-elle jamais été soulevée ? C’est un argument qui n’est pas difficile à démontrer.

A vrai dire, il vaut la peine de réfléchir aux procès de Nuremberg. Les nazis étaient uniques, c’est sûr. Mais si vous examinez ces procès, ils étaient très cyniques. Le critère opérationnel pour y définir un crime de guerre était qu’il soit un acte criminel comme les Alliés n’en avait pas commis. Ainsi, une partie de la défense de l’amiral Donitz, un ancien commandant sous-marinier allemand, consista à appeler à la barre un ancien commandant sous-marinier américain, l’amiral Nimitz, pour témoigner du fait que les Américains avaient fait la même chose que lui. Le bombardement de zones urbaines ne fut pas considéré comme un crime de guerre à Nuremberg ; la raison en est que les Alliés en ont fait davantage que les Allemands. Et tout cela est dit platement, comme dans le livre de Telford Taylor, le procureur américain aux procès, où il explique tout cela ; il est très enthousiaste à propos de toute cette affaire. Si les Alliés l’ont fait, ce n’est pas un crime, c’était seulement un crime si les Allemands l’avaient fait et pas nous. Bon, c’est vrai qu’il y a eu ces bombardements urbains, mais c’est néanmoins présenté de façon fort cynique.

En fait, le procès de Tokyo [procès des criminels de guerre japonais] était encore pire que celui de Nuremberg : si on suit les attendus du procès de Tokyo, ce n’est pas seulement chaque président américain qui aurait été pendu, mais tout le monde [à Tokyo, ceux qui n’avaient pas pris de mesures concrètes pour empêcher les crimes de guerre ou pour se dissocier du gouvernement furent exécutés]. Le cas du général Yamashita fut extrême : il fut pendu parce que durant la conquête américaine des Philippines, des troupes qui étaient techniquement sous son commandement, bien qu’il avait déjà perdu tout contact avec elles, avaient commis des crimes ; et pour cela, c’est lui qui a été pendu. Demandez-vous qui va survivre, ce coup-ci. Voici un homme qui fut pendu parce que des troupes avec lesquelles il n’avait aucun contact, mais qui avaient théoriquement quelque chose à faire avec ses unités selon un certain ordre de combat, avaient commis des atrocités. Si ces mêmes principes s’appliquent à nous, qui va en réchapper ? Et c’est juste un cas parmi d’autres, je crois que nous avons exécuté environ un millier de personnes au procès de Tokyo : c’était vraiment grotesque. »

Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir (recueil d’entretiens datant de 1989)

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