« Changer le monde », oui, mais comment ?

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Vouloir un monde meilleur, souhaiter un monde plus juste, est une chose ; se donner les moyens de le construire en est une autre. Et force est de constater que chez tous ceux qui expriment ce vœu, ce souhait, qui pensent agir en ce sens, un sentiment d’impuissance domine. Nous sommes nombreux à penser œuvrer pour un monde meilleur en manifestant, en pétitionnant, en militant, en votant – des modes d’action qui, certes, sont, pour la plupart d’entre eux, utiles et nécessaires, mais qui, pour autant, restent insuffisants. Nombreux à croire qu’exprimer le vœu de changer les choses, et à attendre sagement que d’autres le réalisent, suffirait à changer les choses.

Nous n’y arrivons pas parce que nous ne mettons pas dans la balance le seul élément qui pourrait la faire pencher en notre faveur : notre vie. Nous n’y arrivons pas parce que nos actes, loin de suivre nos paroles, persistent à nourrir et assister ce monde dont nous ne voulons plus. Nous n’y arrivons pas parce que nous ne nous attaquons qu’aux effets, jamais aux causes. Nous n’y arrivons pas parce que nous sommes, pour tout dire, passifs, irresponsables, inconséquents – là est la cause de tous nos malheurs.

Ce qu’il faut faire ? Etre enfin responsable. Vivre enfin conformément à ses idéaux. Etre enfin dans sa vie, dans le moindre de ses gestes digne et conforme à ce monde que l’on souhaite voir advenir. Se comporter comme si le sort du monde tout entier reposait entre nos mains.

Il s’agit de faire concrètement le bien ; donc de ne plus participer, de ne plus collaborer à ce que l’on a identifié comme étant le mal (l’oppression, l’esclavage, la misère, l’injustice, la destruction de notre santé et de notre environnement, etc.), de rompre avec ce qui le permet (notre servitude consentie, notre irresponsabilité, notre inconséquence, notre indifférence, notre égoïsme), pour désarmer ce mal et ses légions qui n’ont de force que celle que nous leur accordons ; de ne plus faire son bien sur la souffrance et le malheur d’autrui ; de ne plus reproduire les mauvaises actions qui ajoutées les unes aux autres font de notre monde cet enfer que nous abhorrons. Il s’agit, pour ainsi dire, de désobéir à des ordres énoncés ou non. De faire dissidence. De faire objection à l’abjection. De faire objection de conscience, comme on disait au temps du service militaire obligatoire, mais objection aujourd’hui à toutes les contraintes et obligations injustes que cette société nous impose et qui provoquent bien plus d’atrocités encore que celles commises par le militarisme en action.

C’est ainsi que nous devons élever notre niveau de conscience. Afin tout d’abord d’identifier précisément ce qui nous dévaste, nous conditionne, nous emprisonne ; bref les causes de notre malheur et de notre impuissance à y mettre un terme.

Ainsi faut-il prendre conscience de l’illusion totale que représente le jeu électoral, qui veut nous faire croire que l’on peut changer les choses par son biais alors qu’il n’est qu’une ruse pour nous cantonner dans l’attente passive d’un hypothétique Grand Soir électoral ; pour que nous consentions, en définitive, à notre servitude et légitimions des politiques que l’on ne choisit jamais.

Ainsi faut-il prendre conscience que l’obsession permanente et sans fin de consommer, de posséder, cette obsession encouragée et organisée, est ce qui fonde ce monde et en même temps ce qui nous y incarcère, nous y subordonne le plus profondément ; et ce qui provoque, autorise et maintient la plupart de ses violences et de ses crimes : exploitation, guerres de prédation, misère, pollution, etc. dont l’intensité, le degré d’infamie est toujours proportionnel à celui de nos besoins matériels – quand bien même nous nous exprimerions ardemment contre. Nous devons bien comprendre que nous n’obtiendrons aucune diminution de ces horreurs trop ordinaires si nous ne sommes pas d’abord capables de nous extraire de l’illusion du bonheur par la consommation et de réviser et modérer nos besoins matériels – nous sommes toujours possédés par ce que nous possédons et voulons posséder. Désobéir, aujourd’hui, c’est d’abord désobéir aux injonctions invisibles mais bien réelles du Moloch consumériste.

Elever son niveau de conscience, c’est comprendre qu’il n’y a aucun acte dans notre vie quotidienne qui soit neutre, indifférent. Comprendre que notre ennemi est moins un sujet qui nous fait face qu’un rapport qui nous tient et dont nous sommes partie prenante. Comprendre que les pouvoirs n’ont de pouvoir que celui que nous leur concédons ; que ce monde n’est jamais que ce nous en faisons, qu’il n’est jamais que celui que nous créons et déterminons par chacun de nos actes, même les plus apparemment anodins, ou de nos non-actes – et qui ont bien davantage de poids que de dérisoires bulletins de vote glissés dans l’urne une fois tous les cinq ans.

Elever son niveau de conscience, c’est appréhender tout ce qu’implique le fait que je fasse ceci ou cela ; que je vis dans tel ou tel niveau de confort ; que je travaille dans tel ou tel secteur d’activité, dans tel ou tel établissement ; que j’achète tel ou tel produit, que j’achète ici ou là-bas ; que j’utilise tel ou tel service.

Nous devons poser la question du coût humain et environnemental de notre mode de vie. Nous devons poser la question de la moralité de notre comportement. Est-il ainsi possible d’accumuler sans fin argent et superflus pendant que tant d’autres n’ont même pas de quoi combler leurs besoins élémentaires – et de ne pas y voir de rapport ? Peut-on continuer à acheter et jouir de tout produit fabriqué dans des conditions épouvantables – qui relèvent ni plus ni moins de l’esclavage- (cf. le fameux « made in china » et le récent incendie meurtrier au Bangladesh), à acheter et jouir de tout produit fabriqué et acheminé à bas prix chez nous au prix de dévastations, de massacres, de guerres (cf. le rôle de notre usage massif de téléphones portables dans la guerre civile au Congo et la disparition des abeilles) ? Peut-on continuer à payer des impôts et ainsi cautionner toutes les horreurs et infamies qu’ils contribuent à financer – ainsi les trop ordinaires expéditions guerrières ? Peut-on continuer à rouler en voiture quand on connaît tous les dégâts que l’automobile provoque – pillages et guerres pour le pétrole, destruction de notre santé, de notre cadre de vie, du climat ? Peut-on continuer à travailler dans une usine générant une énorme pollution, et plus généralement à occuper un travail nuisible à la société telle qu’on la voudrait ? Peut-on continuer à se fournir en électricité auprès d’EDF quand celle-ci est produite essentiellement par la si nocive énergie nucléaire – véritable bombe à retardement et elle aussi cause de guerre (cf. rôle de l’uranium dans l’intervention française au Mali)? Peut-on continuer à fréquenter les super et hypermarchés et ainsi cautionner le fait qu’ils sous-paient les agriculteurs et les acculent à la misère et parfois même au suicide ? Peut-on continuer à acheter des aliments industriels trafiqués, et ainsi mettre en danger notre santé et contribuer à dévaster l’agriculture paysanne ? Peut-on continuer à utiliser Google, Facebook quand nous savons désormais jusqu’à quel point ils sont les bras armés d’un immense réseau de surveillance ? Et caetera.

On ne peut assurément pas s’en tenir à la protestation et à des vœux pieux, et croire que les saloperies que nous nourrissons finiront par être anéantis par je ne sais quel pétition ou action d’un quelconque gouvernement de changement. Personne ne construira cette société meilleure à notre place.

On ne peut assurément pas comme une ancienne tête d’affiche de Lutte Ouvrière prôner une révolution communiste et travailler pendant quarante ans au Crédit Lyonnais. On ne peut pas prôner un monde juste, militer dans un sympathique parti « de gauche » et se comporter dans sa vie « de tous les jours » comme le dernier des connards, incapable de véritable altruisme.

Nous devons, comme Gandhi, cesser de croire aux « rêveries de systèmes si parfaits que plus personne n’a besoin d’être bon », cesser de croire que l’on pourrait construire un monde juste avec des moyens injustes, et prendre nos responsabilités.

Nous voulons une société juste ? Une société solidaire ? Alors soyons justes, soyons bons, soyons bienveillants, dès maintenant et sans repos. Alors comportons-nous avec les autres comme nous voudrions qu’ils se comportent avec nous. Alors rompons radicalement avec notre satané égoïsme, « vivons simplement pour que chacun puisse simplement vivre » (Gandhi) et renonçons à tout confort, toute jouissance bâti sur la souffrance, l’esclavage et le vol d’autrui. Alors prenons comme principe que « mon morceau de pain ne m’appartient que si je sais que chacun a le sien » (Tolstoï) et profanons l’argent – ce passeport pour l’universelle rapacité – par le don et le partage ; dans un monde miné par l’égoïsme et l’indifférence, le moindre comportement altruiste est mille fois plus révolutionnaire que n’importe quel discours ou proclamation d’un professionnel de la révolution.

Nous voulons une société sans violence ni domination ? Alors soyons résolument non-violent, sachons désobéir, y compris à notre propre tentation de vouloir imposer nos volontés aux autres – refusons catégoriquement d’élire des maîtres et de collaborer à l’horreur étatique.

Nous voulons une société respectueuse de l’environnement – du vivant ? Alors cessons incessamment de participer à sa destruction et renonçons à notre « confort » matériel – n’utilisons plus de téléphone portable, ne roulons plus en voiture, ne prenons plus l’avion, etc.

Cette non-collaboration au mal implique aussi de s’organiser en marge, individuellement et collectivement, de conquérir son autonomie, afin de ne plus alimenter un régime économique aussi absurde que criminel – de ne plus vivre de l’esclavage d’autrui et de la dévastation de la Création, de ne plus avoir à passer par la médiation aliénante de l’argent, d’enrayer la machinerie qui permet le vol des fruits de notre travail par une minorité de parasites et institue leur toute-puissance, de ne plus avoir à dépendre de ces industries, services, monopoles qui nous dépossèdent et nous déshumanisent toujours plus ; afin de nous libérer de cette mainmise étatique – dont la puissance est toujours égale à notre passivité – et de reprendre cette maîtrise sur nos vies qui seule nous rendra notre humanité – afin de pouvoir créer, inventer de nouveaux modes d’existence, d’enfin faire vivre cet autre monde. (« Il n’y a qu’une façon de liquider les dirigeants, c’est de briser la machinerie qui les rend nécessaires » disait Ivan Illich)

Bien entendu, il ne s’agit pas ici de s’illusionner et de croire que nous pourrions tout contrôler, que nous pourrions accéder à une quelconque perfection : nous ne sommes évidemment que des êtres humains, avec nos faiblesses et notre inéluctable cortège d’erreurs. Il n’en reste pas moins que nous sommes tous capables, en faisant appel à notre réflexion et à ce qui a de meilleur en nous, d’éliminer tous ces réflexes et habitudes qui nous perdent et de faire évoluer positivement notre comportement.

Il n’y a de révolution qu’intérieure. Et cette révolution, nous pouvons réellement la commencer dès maintenant, si nous en avons la volonté et le courage.

imperatif-de-desobeissance

***

« Même voter pour ce qui est juste, ce n’est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu’elle l’emporte. »

« Comment peut-on se contenter d’avoir tout bonnement une opinion et se complaire à ça ?   Quel plaisir peut-on trouver à entretenir l’opinion qu’on est opprimé ? Si votre voisin vous refait, ne serait-ce que d’un dollar, vous ne vous bornez pas à constater, à proclamer qu’il vous a roulé, ni même à faire une pétition pour qu’il vous restitue votre dû ; vous prenez sur le champ des mesures énergiques pour rentrer dans votre argent et vous assurer contre toute nouvelle fraude. L’action fondée sur un principe, la perception et l’accomplissement de ce qui est juste, voilà qui change la face des choses et des relations ; elle est révolutionnaire par essence, elle n’a aucun précédent véritable. »

Henry David Thoreau, La désobéissance civile

« La lumière électrique, les téléphones, les expositions, tous les jardins d’Arcadie du monde avec leurs concerts et leurs réjouissances, les cigares, les boîtes d’allumettes, les bretelles et les automobiles – tout cela est très bien. Mais que tout cela disparaisse à jamais, avec les chemins de fer et les fabriques de toile et de drap, si, pour faire durer toutes ces sources de plaisirs et de commodités au profit d’une minorité privilégiée, les 99% des hommes doivent rester en esclavage, et continuer à mourir par milliers sur le travail qu’on leur impose. Si, pour que Londres et Pétersbourg soient éclairés à l’électricité, pour que nous puissions admirer des belles couleurs et des belles étoffes, il faut que des vies humaines, même peu nombreuses (…) soient détruites, raccourcies ou gâtées, que Londres et Pétersbourg s’éclairent au gaz ou même à l’huile, qu’il n’y ait jamais d’exposition, qu’on ne fabrique plus de couleurs ni d’étoffes. Car une seule chose importe, c’est que sur la terre il n’y ait plus de trace de l’esclavage qui a englouti tant de vies humaines. »

« [Si les hommes] participent à l’œuvre des gouvernements – en donnant une somme d’argent qui représentera une part des produits de leur travail, ou en servant dans les armées – ils ne font pas en cela un acte indifférent, comme on le croit d’ordinaire, mais un acte coupable parce que, outre le préjudice, qu’ils auront ainsi causé à leurs frères et à eux-mêmes, ils auront accepté de collaborer aux crimes que tous les gouvernements ne cessent de commettre et à la préparation des crimes futurs par lesquels les gouvernements entretiennent des armés disciplinées. »

« Ce qu’il faut faire ? La réponse est très simple, précise et tout homme peut en faire l’application, mais elle n’est pas telle que l’attendaient les gens de la classe aisée, absolument convaincus qu’ils sont appelés, non pas à se corriger eux-mêmes (ils pensent qu’ils ne peuvent être meilleurs), mais à instruire et organiser d’autres hommes – ni telle non plus que l’espéraient les ouvriers, persuadés que les auteurs responsables de leur misère sont les capitalistes et qu’il leur suffira pour être à jamais heureux de prendre et de mettre à la portée de tous les objets de jouissance dont les capitalistes profitent seuls aujourd’hui. Cette réponse est très simple et facilement applicable parce qu’elle engage chacun de nous à faire agir la seule personne sur laquelle il ait un pouvoir réel, légitime et certain, c’est-à-dire lui-même, et qu’elle est toute contenue en ceci : tout homme qui voudra améliorer, non seulement sa propre situation, mais aussi celle de ses frères, devra cesser de commettre les actes mauvais qui sont les causes de son esclavage et de celui de ses frères. Il devra d’abord ne participer ni volontairement, ni obligatoirement à l’œuvre des gouvernements et, par conséquent, ne jamais accepter les fonctions de soldat ni de feld-maréchal, ni de ministre, ni de receveur, ni de témoin, ni de bailli, ni de juré, ni de gouverneur, ni de membre d’un parlement, qui toutes s’exercent avec l’appui de la violence ; en second lieu ne payer aux gouvernements ni l’impôt direct, ni l’impôt indirect, ne rien recevoir de l’argent du fisc sous forme d’appointements, de pensions ou de récompenses et ne jamais demander un service aux établissement entretenus par l’Etat avec les ressources du peuple ; il devra, en troisième lieu, ne jamais demander à la violence des gouvernements, ni de lui garantir la propriété d’une terre ou d’un objet quelconque, ni de défendre sa personne et celle de ses proches, et ne profiter de la terre ou de tous les produits de son travail ou de tous les produits de son travail ou du travail d’autrui que dans la mesure où ces objets ne feront pas défaut à d’autres hommes. »

Léon Tolstoï, L’esclavage moderne

« La désobéissance est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. La désobéissance civile est la clef du pouvoir. Imaginez un peuple tout entier refusant de se conformer aux lois en vigueur et prêt à supporter les conséquences de cette insubordination ! Toute la machinerie législative et exécutive se trouverait, du même coup, complètement paralysée. Certes il est d’usage que la police et l’armée aient recours à la force pour mater les minorités, aussi puissantes soient-elles. Mais aucune police ni aucune armée ne peuvent faire céder la volonté de tout un peuple résolu à résister jusqu’au bout de ses forces. »

Gandhi

« Nous n’avons pas à travailler, faire des efforts pour que la justice règne sur la terre : nous avons à être justes nous-mêmes, porteurs de justice, et l’Ecriture nous apprend que la justice règne là où est un juste. (…) De même, nous n’avons pas à nous efforcer par beaucoup de travaux et d’habileté à faire venir la paix sur la terre, nous avons à être nous-mêmes pacifiques. Car là où sont les pacifiques, là règne la paix. »

« Les chrétiens doivent chercher un style de vie qui non pas les différencie des autres, mais leur permet d’échapper au poids des structures ; car ce n’est pas en s’attaquant directement à celles-ci, en essayant de faire des modifications spectaculaires, en voulant reconstruire un monde de toutes pièces que l’on peut arriver à un résultat. La seule attaque efficace contre les structures c’est d’arriver à leur échapper, d’arriver en marge de cette société totalitaire non pas en la refusant simplement, mais en la passant au crible. Enfin, il se peut que dans des communautés ayant un style de vie de cet ordre, des germes d’une civilisation nouvelle puissent s’épanouir. »

Jacques Ellul, Présence au monde moderne

« La révolution, c’est toi »

Emile Masson

« Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ? Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir.

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. »

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

« C’est à force de voir l’ennemi comme un sujet qui nous fait face – au lieu de l’éprouver comme un rapport qui nous tient – que l’on s’enferme dans la lutte contre l’enfermement. Que l’on reproduit sous prétexte d’« alternative » le pire des rapports dominants. Que l’on se met à vendre la lutte contre la marchandise. Que naissent les autorités de la lutte anti-autoritaire, le féminisme à grosses couilles et les ratonnades antifascistes. »

Appel

« Ce qu’il faut opposer à l’Empire, c’est la grève humaine.
Qui ne s’attaque jamais aux rapports de production sans s’attaquer en même temps
aux rapports affectifs qui les soutiennent.
Qui sape l’économie libidinale inavouable,
restitue l’élément éthique – le comment – refoulé dans chaque contact entre les corps
neutralisés.
La grève humaine, c’est la grève qui, là où l’ON s’attendrait
à telle ou telle réaction prévisible,
à tel ou tel ton contrit ou indigné,
PREFERE NE PAS.
Se dérobe au dispositif. Le sature, ou l’éclate.
Se reprend, préférant
autre chose.
Autre chose qui n’est pas circonscrit dans les possibles autorisés par le dispositif. »

Tiqqun, Comment faire ?

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