Le pouvoir et l’habitude du commandement corrompent nécessairement

Rien n’est aussi dangereux pour la morale privée de l’homme que l’habitude du commandement. Le meilleur homme, le plus intelligent, le plus désintéressé, le plus généreux, le plus pur, se gâtera infailliblement et toujours à ce métier. Deux sentiments inhérents au pouvoir ne manquent jamais de produire cette démoralisation : le mépris des masses populaires et l’exagération de son propre mérite.

Les masses, reconnaissant leur incapacité de se gouverner par elles-mêmes, m’ont élu pour leur chef. Par là elles ont hautement proclamé leur infériorité et ma supériorité. Parmi cette foule d’hommes, reconnaissant moi-même à peine quelques égaux, je suis seul capable de diriger la chose publique. Le peuple a besoin de moi, il ne peut se passer de mes services, tandis que je me suffis à moi-même ; il doit donc m’obéir pour son propre salut et, en déniant lui commander, je fais son bonheur. Il y a de quoi perdre la tête et le cœur aussi et devenir fou d’orgueil, n’est-ce pas ? C’est ainsi que le pouvoir et l’habitude du commandement deviennent pour les hommes, même les plus intelligents et les plus vertueux, une source d’aberration à la fois intellectuelle et morale.

Michel Bakounine, Fédéralisme, socialisme et antithéologisme

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