Brésil : une coupe du monde prétexte à la poursuite de la déforestation et du génocide des peuples indigènes

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Brésil : le ballon qui cache la forêt… massacrée

La forêt amazonienne se meurt. La Coupe du monde de football 2014 au Brésil est un prétexte à l’accélération de sa destruction et du génocide des peuples indigènes.

Depuis que la FIFA a désigné le Brésil comme terre d’accueil de la Coupe du monde de football 2014, celle-ci est devenue – avec les prochains J.O. de Rio 2016 – une opportunité pour les autorités et les géants des secteurs de l’agroindustrie, de l’énergie et des mines du pays d’accélérer l’industrialisation de zones de forêts protégées et la déliquescence des droits des peuples indigènes sur leur territoires, tant convoités.

La Coupe du monde 2014 se tiendra dans une atmosphère électrique, de nombreuses manifestations et émeutes ayant lieu depuis des mois pour dénoncer un immense gâchis d’argent public et des violations aux droits humains insoutenables (« nettoyage » de favelas, expulsions sommaires de milliers de familles pauvres, expulsion de la communauté indigène Aldeia Maracana…). Le mouvement anti-Coupe du monde ‘Não vai ter copa (la Coupe du monde n’aura pas lieu)’ reçoit une grande adhésion citoyenne dans un pays où le football est roi.

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BELO MONTE : un complexe de barrages construit au mépris des Droits de l’Homme

Le barrage de Belo Monte sera le 3ème plus grand au monde. Il fait suite à la construction de celui de Jirau, construit sur le fleuve Madeira. Belo Monte va inonder 668 km2 dont 400 km2 de forêt primaire en territoires autochtones. 20 000 personnes vont être déplacées et au moins 24 peuples vont subir un changement de mode de vie lié à la raréfaction de leurs ressources vivrières.

Belo Monte ouvre la voie à d’autres atteintes au poumon vert de notre planète car il représente pour le Brésil non seulement une source d’énergie domestique mais aussi une source d’alimentation pour de nouvelles mines, par exemple la mine d’or de Belo Sun qui a annoncé son ouverture fin 2012.

Sa construction a fait l’objet de nombreuses plaintes à l’échelle nationale et internationale, et a été condamnée à maintes reprises.

Parmi les violations des droits humains perpétrées par le consortium en charge de la construction de Belo Monte, figurent l’absence de consentement libre, préalable et informé des communautés indigènes locales ainsi que la non prise en compte de la présence, à proximité du site du barrage, de groupes d’Indiens isolés extrêmement vulnérables aux contacts extérieurs et qui seront directement affectés par les impacts du projet. Par ailleurs, la destruction de l’environnement que générera le barrage de Jirau aura des répercussions importantes sur les communautés riveraines du bassin du Madeira – partagé par le Brésil, la Bolivie et le Pérou – en inondant les forêts, dévastant les stocks de poissons et détruisant de manière irréversible les moyens de subsistance des populations locales.

Le manque de consultation est l’un des points principaux que l’activiste, Azelene Kaingang, avait espéré adresser au forum permanent de l’ONU sur les questions autochtones en mai 2011 à New York. Kaingang est une sociologue accréditée par le forum, Vice-présidente du comité autochtone d’OAS et a été fonctionnaire de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI) pendant plusieurs années. Quelques jours avant de partir pour l’événement Kaingang a appris qu’elle ne serait pas envoyée au Forum. Dans une entrevue le 6 juin, elle a expliqué pourquoi la FUNAI a empêché son départ et pourquoi elle s’oppose à la construction du barrage de Belo Monte. « La FUNAI est une agence d’un gouvernement (…) qui a peur de la vérité… qui ne veut pas voir la vérité au sujet de Belo Monte » a-t-elle expliqué. « Je m’oppose à ceci, (…) parce que l’état brésilien viole un composant important de son engagement international sur le travail, qui déclare que les peuples autochtones ont le droit d’être consulté une fois affecté par ce type de projet. Je m’oppose à ceci parce que je suis autochtone, parce que je m’oppose à la violence commise contre les peuples autochtones… Je m’oppose à ceci parce que les peuples autochtones font partie de l’Etat brésilien et comme tels doivent être dûment consultés et doivent participer au développement du pays, qui est également à nous. Je m’oppose à ceci parce que l’Etat met en danger les vies et les cultures des peuples autochtones, tout en causant une destruction environnementale sans précédent. »

Kaingang a également noté qu’il était ironique que, tandis que le gouvernement commence une campagne nationale contre la misère « … il appauvrit les autochtones en les forçant à quitter leurs terres et leurs modes de vie traditionnels. »

Les mêmes critiques sont aujourd’hui émises par la communauté internationale vis-à-vis du gouvernement brésilien concernant le barrage de Belo Monte. Il lui est reproché par la Justice fédérale du Para, par la Cour suprême du Brésil, par la CIDH, par l’ONU et enfin par l’OIT d’agir à l’encontre de la Constitution du Brésil, de la Convention américaine des droits de l’homme, de la Convention n°169 de l’OIT et de la Déclaration des Droits des Peuples autochtones. En effet, aucune consultation digne de ce nom, ni aucun consentement ne fut obtenu de la part des populations autochtones concernées par le barrage, aucune mesure préventive ne fut prise en faveur d’une douzaine de tribus dont certaines vivent en autarcie dans le bassin du fleuve Xingu et les études d’impacts environnementaux ont été bâclées.

 

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Demande de soutien international du Chef Raoni et des représentants des peuples indigènes du Xingù (Brésil) contre le projet Belo Monte

Nous, peuple indigène du Xingù, ne voulons pas de Belo Monte. Nous, peuple indigène du Xingù, luttons pour notre peuple, pour notre terre mais aussi pour l’avenir de la planète. Le président Lula a déclaré qu’il était inquiet pour les Indiens, qu’il était préoccupé par l’Amazonie et qu’il ne voulait pas que des ONG internationales s’opposent au barrage de Belo Monte. Nous ne sommes pas des ONG internationales. Nous, les 62 leaders indigènes des villages de Bacajâ, Mrotidjam, Kararaô, Terra-Wanga, Boa Vista Km 17, Tukamâ, Kapoto, Moikarako, Aykre, Kiketrum, Potikro, Tukaia, Mentutire, Omekrankum, Cakamkubem et Pokaimone, avons déjà subi de nombreuses invasions et affronté de nombreux dangers.

Lorsque les Portugais sont arrivés au Brésil, nous, les Indiens, étions déjà là ; beaucoup sont morts, beaucoup ont perdu leurs vastes territoires, la plupart de leurs droits, beaucoup ont perdu une partie de leur culture et d’autres groupes ont totalement disparu.

La forêt est notre épicerie, la rivière notre marché. Nous ne voulons pas que les cours d’eau du Xingù soient envahis et que nos villages et nos enfants, qui seront élevés selon nos coutumes, soient en danger. Nous ne voulons pas du barrage hydroélectrique de Belo Monte car nous savons qu’il n’apportera que destruction. Nous ne pensons pas qu’au seul niveau local, mais à toutes les conséquences destructrices de ce barrage : il attirera encore plus d’entreprises, plus de fermes, il favorisera l’invasion de nos terres, les conflits et même la construction de nouveaux barrages. Si l’homme blanc continue ainsi, tout sera très vite anéanti. Nous nous demandons : « qu’est-ce que le gouvernement veut de plus ? Qu’apportera de bon tant d’énergie après tant de destruction ? »

Nous avons déjà organisé de nombreuses réunions et avons participé à de grandes rencontres pour nous opposer au complexe de Belo Monte, comme en 1989 et en 2008 à Altamira, et en 2009 dans le village de Piaraçu où beaucoup de nos leaders étaient présents. Nous avons déjà personnellement parlé avec le président Lula pour le convaincre que nous ne voulions pas de ce barrage et il nous a promis qu’il ne nous serait pas imposé. Nous avons également discuté personnellement avec Eletronorte et Eletrobrâs, avec la Funai et Ibama. Nous avons déjà prévenu le gouvernement que si la construction du barrage avait lieu, la guerre serait déclarée et il en porterait la responsabilité. Le gouvernement n’a pas compris notre message et, une fois de plus, a nargué les peuples indigènes, assurant qu’il construirait le barrage coûte que coûte. Lorsque le président Lula a dit ceci, il a démontré qu’il ne tenait aucun compte de la parole des peuples indigènes et qu’il ne reconnaissait pas nos droits. Son manque de respect l’a conduit à planifier l’appel d’offres pour le Belo Monte durant la Semaine des peuples indigènes.

En raison de tout ceci, nous, les Indiens de la région du Xingù, avons invité James Cameron et son équipe, des représentants du Movimento Xingù para Sempre (ainsi que le mouvement des femmes, ISA et CIMI, AmazonWatch et d’autres organisations). Nous voulons qu’ils nous aident à transmettre notre message au monde entier et aux Brésiliens eux-mêmes qui ne savent pas encore ce qui se passe dans le Xingu, Nous les avons invités car nous savons qu’il y a beaucoup de gens au Brésil et ailleurs qui veulent nous aider à protéger nos droits et nos territoires. Ceux-ci sont bienvenus parmi nous.

Nous luttons pour notre peuple, pour nos terres, pour nos forêts, pour nos rivières, pour nos enfants et à la gloire de nos ancêtres. Nous luttons également pour l’avenir du monde, car nous savons que ces forêts sont autant bénéfiques aux peuples indigènes qu’à la société brésilienne et au monde entier. Nous savons aussi que sans ces forêts, beaucoup de gens souffriront, beaucoup plus que de toutes les destructions qui ont eu lieu par le passé. Tout vie est interconnectée, comme le sang qui unit les familles. Le monde entier doit savoir ce qui se passe ici, il doit se rendre compte à quel point la destruction des forêts et des peuples indigènes signifie sa propre destruction. C’est pour ces raisons que nous ne voulons pas de Belo Monte. Ce barrage signifie la destruction de notre peuple.

En conclusion, nous proclamons que nous sommes décidés, que nous sommes forts, que nous sommes prêts à nous battre et que nous nous souvenons des termes de la lettre qu’un Indien d’Amérique du Nord avait jadis envoyé à son président : « C’est seulement lorsque l’homme blanc aura détruit la forêt entière, lorsqu’il aura tué tous les poissons et tous les animaux et aura asséché toutes les rivières qu’il s’apercevra que personne ne peut manger l’argent ».

Auteurs : Cacique Bet Kamati Kayapô, Cacique Raoni Kayapô et Yakareti Juruna

Pour visiter le site du cacique Raoni et signer sa pétition

 

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Lire aussi : « la face cachée du Brésil », sur le site de Survival France, une organisation militant pour les droits des peuples indigènes.

 

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