Les nouvelles technologies ont un lourd impact sur l’environnement

« En 2008, l’entreprise américaine de conseil et d’analyse Gartner Inc. (….) révèle que le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) est à l’origine d’une quantité de gaz à effet de serre comparable à celle produite par l’aviation : 2% des émissions globales. »

« L’emprise directe des nouvelles technologies sur la nature se répartit en trois grandes catégories : énergie, matières et toxiques. Elle se produit à toutes les étapes du cycle de vie : extraction des matières premières, raffinage, fabrication des composants puis du produit, arrivée sur les circuits de distribution et de vente, publicité, usage, stockage, mise au rebut, collecte, traitement en fin de vie, avec ou sans recyclage. »

« L’utilisation des nouvelles technologies a une « face cachée », souvent inconnue du grand public : le déploiement d’infrastructures, de taille très variable, allant des stations téléphoniques de base aux réseaux et aux centre de données (data centers). Ces centres, véritables « usines du numérique », sont la traduction la plus évidente de l’impact physique du numérique. Il s’agit de sites de stockage de systèmes informatiques souvent gérés par des entreprises – que ces sites soient externalisés ou non – où sont regroupés des équipements tels que des ordinateurs centraux et des serveurs. Bien que de taille très variable – nous y reviendrons -, ils sont par nature très énergivores : ces appareillages électroniques sophistiqués sont de gros consommateurs d’électricité, et réclament un système de climatisation important. On estime qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawatts par heure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3000 foyers américains, et qu’à l’échelle mondiale, les data centers représentent 1,5% de la consommation électrique, soit l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires ! »

« Une étude [montre pour la France] une part des TIC à 14% de la consommation électrique (58 térawattheures), soit près de sept centrales nucléaires ! Cela représente près de 5% des émissions annuelles de gaz à effet de serre en France ; ces 5% représentent 500 kilos de gaz à effet de serre par personne : c’est le quota auquel chaque être humain aurait droit, si la capacité de la biosphère était divisée par le nombre d’habitants… Le journaliste essayiste Nicholas Carr montrait qu’un avatar sur Second Life consomme autant d’énergie qu’un Brésilien moyen, soit 1750 kilowattheures ! (…) Comment un tel phénomène a-t-il pu passer inaperçu ? La raison est aussi simple que déprimante : l’arrivée des TIC a totalement annulé les gains énergétiques obtenus sur tous les autres équipements énergétiques domestiques depuis quinze ans ! »

« Au niveau mondial, les ordinateurs fixes et portables ainsi que leurs périphériques représentent une grosse moitié de la contribution des TIC aux émissions de gaz à effet de serre, le reste étant le fait de l’infrastructure télécom pour un quart et des centres de données pour le quart restant. »

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« A l’échelle de l’Hexagone, l’énergie utilisée par les centres de données représente 1% de la consommation d’électricité. A Paris, l’un des plus gros clients d’EDF est un centre de données. »

« L’Europe compterait autour de sept millions de centres de données. Google possède à lui seul 900 000 serveurs, répartis sur 32 sites, et son plus gros centre consomme autant qu’une ville de 200 000 habitants. L’énergie consommée par un centre de données se répartit à moitié pour la climatisation et à moitié pour les serveurs eux-mêmes »

« une étude récente réalisée par l’entreprise Digital Realty Trust, fournisseur de data centers, estime que le PUE (power usage effectiveness) moyen des data centers européens n’est que de 2,53, loin du 1 qu’il faudrait atteindre dans l’idéal. Le PUE est un outil permettant de comparer la quantité d’énergie qui entre dans le centre à la quantité d’énergie utilisée par les équipements informatiques : un PUE de 1 indique que 100% de l’énergie consommée dans le centre l’est effectivement pour l’alimentation des serveurs. Un PUE de 2,53 indique au contraire que pour un kilowattheure d’électricité, il faut en dépenser 2,53 fois plus pour de la consommation « périphérique » d’électricité, c’est-à-dire dans l’éclairage du bâtiment, le refroidissement, etc. Les data centers sont donc loin d’être des modèles en matière d’écologie. »

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« La consommation [des TIC] est pour moitié le fait des ménages et pour moitié le fait des entreprises et des activités intermédiaires. Pensons à l’usage immodéré que nous faisons parfois des messageries, dans le contexte professionnel ou privé. BIO IS a calculé que vingt messages accompagnés d’une pièce jointe de un mégaoctet par jour et par personne représenteraient annuellement les émissions de CO2 équivalentes à plus de 1000 kilomètres parcourus en voiture. Or ce sont 294 milliards de courriers électroniques qui étaient envoyés chaque jour dans le monde en 2010, en incluant les spams, chiffre qui devrait grimper à 507 milliards en 2013 ! »

« En plus de la pollution occasionnée par les émissions de gaz à effet de serre, le secteur des nouvelles technologies produit aussi d’énormes quantités de déchets physiques. La production globale des déchets électriques et électroniques (DEEE) était estimée en 2009 à environ 40 millions de tonnes par an. Elle est essentiellement le fait de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Australie. (…) Pour l’Union européenne, et malgré les imprécisions, l’estimation la plus fréquente est de huit kilogrammes de déchets TIC par personne et par an. En France, pays très bien équipé, en incluant dans les déchets TIC certains appareils électroménagers (frigos, machines à laver, etc.) on arrive à 24 kilogrammes ! 80 % des déchets de ce type viennent des ménages, 20% des entreprises. (…) Et encore nous ne parlons ici que du déchet final ! Le produit dont dispose le consommateur ne représente que 2% de la masse totale des déchets générés tout au long du cycle de vie. Un ordinateur, au cours de son élaboration, réclame un grand nombre de ressources. La seule fabrication d’une puce de deux grammes implique le rejet de deux kilogrammes de matériaux environ, soit un facteur 1000. (…) Il faut ajouter que les déchets produits par les TIC sont toxiques, et difficilement recyclables du fait de leur composition. La liste des matériaux fréquemment utilisés en longue : mercure, plomb, cadmium, chrome, PBB (diphényls polybromés) et PBDE (éthers diphényls polybromés), PVC (dont la combustion peut former des dioxines), baryum (utilisé dans les écrans cathodiques pour protéger l’utilisateur des radiations), beryllium, phosphore et additifs pour la luminescence des écrans. En 2000, les équipements électriques et électroniques utilisaient 22% de la consommation mondiale de mercure, entre 1,5% et 2,5% des consommations de plomb et une quantité importante de cadmium, de PBB et PBDE et de retardateurs de flamme. »facecacheenumerique

« Le processus de fabrication des TIC n’est pas très propre non plus : il nécessite l’utilisation de solvants, d’acides, de métaux lourds et de composés organiques volatils. Les effets de ces toxiques ne sont pas massifs : les morts ne s’empilent pas dans les rues. Mais ils contaminent l’environnement, notamment en s’accumulant dans les chaînes alimentaires. Ils relèvent de ce qu’on appelle la problématique des « faibles doses » : l’exposition est faible mais chronique, et les effets ne sont pas « aigus » comme ils pourraient l’être par exemple en cas d’ingestion massive de phtalates ou de béryllium. Les effets de ces « faibles doses » sont largement débattus, mais il n’est pas impossible qu’ils aient une importance pour des enjeux de santé publique de première ampleur, tels que la progression de la stérilité humaine ou de certains cancers. »

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« Alex Wissner Gross, de Harvard, affilié au Media Lab du prestigieux Massachusets Institute of Technology, avait évalué l’impact d’une recherche sur Google à sept grammes de CO2, la moitié de ce qu’il faut pour chauffer une tasse de thé. (…) Pourquoi ? Parce que Google, pour donner une réponse rapide, doit dupliquer le Web tout entier sur ses deux millions de serveurs ! »

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« [Le rapport] SMART 2020 annonçait dans [le] secteur [du livre] un gain de 70 millions de tonnes de CO2 au niveau mondial, grâce au e-paper. Pourtant, lire un livre dans une bibliothèque est, de l’avis de tous, l’activité la moins coûteuse sur le plan énergétique. Une étude montre que lire un journal consomme autant d’énergie que regarder trois heures de télévision. On peut même considérer qu’à partir de 50 pages lues sur écran, mieux vaut lire sur papier. L’étude BIO IS pour l’Ademe montre que si le temps de lecture du document n’excède pas deux à trois minutes par page, la lecture à l’écran est celle qui a le moins d’impact sur le changement climatique. Au-delà, éteindre l’ordinateur et imprimer le document en noir et blanc, recto verso et deux pages par feuille devient préférable pour réduire les émissions.»

Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot, La face cachée du numérique. L’impact environnemental des nouvelles technologies, Editions L’échappée, 2013

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