La délinquance est utile au pouvoir (Michel Foucault)

« En 1820, on constate que la prison, loin de transformer des criminels en gens honnêtes, ne sert qu’à fabriquer de nouveaux criminels, ou à enfoncer encore davantage les criminels dans la criminalité. C’est alors qu’il y a eu, comme toujours dans le mécanisme du pouvoir, une utilisation stratégique de ce qui était un inconvénient. La prison fabrique des délinquants, mais les délinquants sont finalement utiles, dans le domaine économique comme dans le domaine politique. Les délinquants, ça sert. (…) La société sans délinquance, on y a rêvé à la fin du XVIIIe siècle. Et puis ensuite, pfft ! la délinquance était trop utile pour qu’on puisse rêver chose aussi sotte et aussi dangereuse finalement qu’une société sans délinquance. Sans délinquance, pas de police. Qu’est-ce qui rend la présence policière, le contrôle policier tolérable pour la population, sinon la crainte du délinquant ? Vous parlez d’une aubaine prodigieuse. Cette institution si récente, si pesante de la police n’est justifiée que par cela. Si nous acceptons au milieu de nous ces gens en uniformes, armés – alors que nous-mêmes n’avons pas le droit de l’être – qui nous demandent nos papiers, qui viennent rôder devant le pas de notre porte, comment serait-ce possible s’il n’y avait pas de délinquants ? Et s’il n’y avait pas tous les jours dans les journaux des articles où l’on nous raconte combien les délinquants sont nombreux et dangereux ? » Michel Foucault, Entretien sur la prison : le livre et sa méthode

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