« Les principes du pouvoir » : un documentaire sur les dessous de la politique étrangère étasunienne des années quarante à aujourd’hui

(deuxième partietroisième partie)

« Les principes du pouvoir » est une série documentaire en trois volets réalisée par Scott Noble. Elle s’intéresse aux dessous de la politique étrangère étasunienne de la Seconde guerre mondiale à aujourd’hui et s’emploie à en démystifier la propagande.

Y sont évoqués quelques-uns des nombreux renversements de régimes démocratiques et massacres de civils perpétrés ou soutenus par les gouvernements américains et justifiés sous prétexte de contrecarrer une prétendue menace soviétique et de défendre la…. démocratie : écrasement d’une insurrection populaire en Grèce, à la fin de la Seconde guerre mondiale, avec le soutien apporté aux anciens fascistes alliés au nazis ; renversement, en Iran, du premier ministre Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé les réserves pétrolières ; renversement, au Guatemala, de Jacobo Arbenz, coupable d’avoir entrepris des réformes agraires et soutenu les droits des syndicats ; renversement et assassinat, au Congo, de Patrice Lumumba coupable d’avoir pris au sérieux la décolonisation ; renversement, au Chili, du gouvernement socialiste d’Allende, remplacé par la dictature de Pinochet et son cortège de tortures et d’assassinats ; renversement, en République dominicaine, de Juan Bosh, qui avait osé mené une réforme constitutionnelle accordant des droits aux travailleurs, aux paysans ; renversement, au Brésil, du gouvernement travailliste et démocratiquement élu de Joao Goulart ; soutien, en Argentine, à la junte militaire commandée par Jorge Rafael Videla qui exerça une répression terrible contre l’opposition syndicale et politique de gauche ; soutien, au Salvador, à une junte militaire cause de dizaines de milliers de morts civils ; soutien, au Nicaragua, à la rébellion des « contras » contre le gouvernement sandiniste et cause d’une guerre civile qui fit près de 30 000 morts.

Où l’on s’apercevra à quel point les dirigeants américains n’ont jamais été motivés, dans leurs mille et une ingérences, que par la recherche de profits économiques et de l’hégémonie planétaire et se moquaient (et se moquent d’ailleurs toujours) complètement de cette démocratie et de cette liberté dont ils se plaisent à parer leur discours – en témoignent le nombre de ces régimes démocratiques qu’ils ont renversé (qui avaient le tort de vouloir être indépendant et de s’occuper un peu trop du bien-être de leur population) et le nombre de dictatures qu’ils ont installé et soutenu.

Où l’on se rendra compte que la « guerre froide » et la lutte contre le grand méchant loup soviétique n’ont été que le prétexte et le masque d’une guerre contre le tiers-monde et ses velléités indépendantistes et révolutionnaires.

Où l’on apprendra aussi que les dirigeants américains – et occidentaux – ont durant les années 20 et 30 longtemps apprécié et soutenu les dictatures fascistes – qu’ils voyaient comme les meilleurs remparts contre le danger révolutionnaire.

Avec notamment les interventions de : Howard Zinn (historien), Nafeez Ahmed (politologue britannique), John Perkins (écrivain américain), James Petras (professeur en sociologie), John Stauber, (écrivain), Marcia Esparza (sociologue), Peter Linebaugh (historien, écrivain), Noam Chomsky (écrivain), Graeme McQueen (professeur en sciences religieuses), Michael Parenti (professeur en sciences politiques), Russ Baker (journaliste).

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Quelques extraits :

 

La Guerre froide, une guerre entre les Etats-Unis et le tiers-monde

William Blum : « L’Union Soviétique, contrairement à ce qu’on enseignait aux Etats-Unis, n’était pas une société révolutionnaire, que ce soit dans le pays ou à l’extérieur. (…) [ses dirigeants] voulaient être en bons termes avec l’Occident. (…) On nous a enseigné que ce fut une lutte entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique ; je maintiens que l’idée est fallacieuse. La Guerre froide était une lutte entre les Etats-Unis et le tiers monde, ce sont ces derniers qu’ils combattaient : les forces locales qui manifestaient le besoin d’un changement très radical. L’Union Soviétique, dans pratiquement tous les cas, n’a joué aucun rôle dans ces scénarios, pas même un rôle insignifiant. Tous les leurs actes ont été très exagérés par les médias occidentaux. »

« Six millions de personnes [furent] tuées durant cette longue guerre de 40 ans que [les Etats-Unis ont] déclaré aux peuples du tiers monde. »

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Le crime fondateur de la Guerre froide : l’écrasement de l’insurrection grecque

« Après la seconde guerre mondiale, les planificateurs politiques américains avaient le choix d’accueillir la démocratie dans toutes ses formes ou d’étouffer d’énormes populations dans le monde par la violence. La Grèce fut la première épreuve majeure. »

« Pendant la guerre, le mouvement de gauche appelé Front de Libération Nationale (EAM) fournit une grande partie de la résistance contre les nazis. EAM mit également en place des gouvernements transitoires dans le pays. Bien que son commandement militaire était communiste, les gouvernements locaux n’étaient en rien identiques à une organisation de type stalinienne. Ils étaient décentralisés et participatifs. Winston Churchill décrivit la situation comme une anarchie et demanda le retour du roi Georges II. Lorsque le peuple grec rejeta le retour de la monarchie, l’armée britannique a attaqué.
Un réseau de camp de concentration fut installé dans les îles grecques, tandis que les escadrons de la mort terrorisaient les villages. La technique de choix était la décapitation. (…) Le président Truman répondit en envoyant des centaines de millions de dollars en aide militaire aux mêmes hommes contre lesquels les alliés se battaient quelques mois auparavant. En 1947, 74 000 tonnes d’équipement militaire furent envoyées en Grèce. »
Noam Chomsky : « La Grèce était « communiste », elle se reposait sur ses paysans et ses ouvriers. Partout en Europe, au lendemain de la guerre, il y avait un courant démocratique radical, souvent appelé communiste, socialiste ou quelque chose du genre. Les Etats-Unis n’étaient pas d’accord. Ils voulaient rétablir l’ordre traditionnel. En Grèce, après que les Britanniques eurent perdu le contrôle sur la résistance, ils se sont retirés, et les Etats-Unis sont arrivés. C’était le moment d’annoncer la doctrine Truman et d’employer une rhétorique pompeuse de défense de la démocratie, mais en fait il s’agissait d’écraser la résistance anti-nazie (la résistance reposant sur les paysans et ouvriers) afin de rétablir l’ordre traditionnel avec son lot de collaborateurs fascistes ; ils ne se préoccupaient pas de cela. C’est exactement ce qui s’est produit ; ils ont probablement tué 150 000 Grecs; la Grèce était lancée dans cette voie. »

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Les dépenses militaires sont le moteur de l’économie américaine

Phillip Agee : « Les dépenses militaires aux Etats-Unis sont le moteur de l’économie américaine, et cela a été le cas depuis 1950. Il est utile de réexaminer cette époque parce que la crise y trouve ses racines, une crise préméditée et recherchée. Dès le début de l’année 1950, l’administration Truman était très préoccupée par un possible retour des Etats-Unis aux conditions de la crise de 1929. Dès 1950, la décision fut prise que ce problème domestique d’ordre économique serait résolu par le militarisme, c’est-à-dire par le réarmement des Etats-Unis et par le financement du réarmement européen par les Etats-Unis, celui de l’Allemagne de l’Ouest en particulier. Le document qui fournit l’analyse du monde de l’époque la position des Etats-Unis le monde et sa situation interne fut classé top secret pendant 25 ans. En 1975, accidentellement ou par erreur, il fut rendu public et publié. Il est connu sous le nom NSC-68, NSC étant le National Security Council. Il fut rédigé par Paul Nitze et c’est un document très détaillé. Toutefois, la conclusion principale fut celle-ci, d’après le document : « Les Etats-Unis et d’autres nations libres feront l’expérience d’un déclin significatif de l’activité, et ce, durant une période de plusieurs années à moins que des réformes plus positives ne soient entreprises. » La solution adoptée dans le cadre de ces « réformes plus positives » fut l’expansion du secteur militaire. Il fit appel à toute l’émotion qu’il put, et Truman déclara : « Nos foyers, notre nation : toutes les choses en lesquelles nous croyons sont en grand danger. Les dirigeants de l’Union Soviétique sont à l’origine de ce danger. » Dans son discours, il en appela également à une énorme augmentation des dépenses militaires pour les forces américaines et européennes, indépendamment des besoins du conflit coréen. La menace soviétique était inexistante. Ils reconstruisaient le pays depuis les décombres d’une guerre durant laquelle ils perdirent 20 millions de personnes. Ils ne constituaient pas une menace ; ce fut monté de toutes pièces dès 1950 durant la Guerre de Corée et par la suite. Cette grande menace devint une justification de ce programme, que Truman, à travers la manipulation de la Guerre de Corée, parvint à faire passer au Congrès. Au final, durant les deux premières années, c’est-à-dire les deux années entre 1950 et 1952, le budget militaire américain a plus que triplé, de 13 milliards de dollars en 1950 à 44 milliards en 1952. Durant cette même période de 2 ans, les effectifs de l’armée américaine doublèrent pour atteindre 3,6 millions. Ce fut les débuts de l’économie de guerre permanente aux Etats-Unis. »

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La guerre froide, masque et légitimation de la guerre des riches contre les pauvres

William I. Robinson : « La contradiction a été celle de la disparité entre les possédants et les possédés, entre une majorité de gens démunis dans le monde, des gens disproportionnellement concentrés dans le tiers monde et les anciennes colonies et les Etats qui les contrôlent et en bénéficient au sein de système mondial. En fonction de l’époque dont on parle au sein de ces siècles derniers, il y a toujours eu une manière ou une autre de placer un contexte idéologique derrière cette contradiction. Elle fut définie sous la forme de la « destinée manifeste », la supériorité de la race anglo-saxonne et sa destinée de domination mondiale avant même que des concepts tels que le communisme ou l’Union soviétique n’existent. Puis ce fut le tour des anarchistes, le fait qu’ils allaient créer une société anarchiste, avant que l’Union Soviétique ne voie le jour. Durant la Guerre froide, la guerre menée par les riches et puissants contre la majorité des pauvres du monde s’est principalement articulée autour de la lutte contre le communisme. Puis la Guerre froide toucha à sa fin et cela se transforme en lutte contre le trafic de drogue international. Puis survint le 11 septembre, à la suite duquel l’idéologie exprimée est celle d’une lutte contre le terrorisme. Il y a donc toujours eu une justification de la domination d’une petite minorité sur une grande majorité de l’humanité. Ce système de domination, lui, n’a pas changé. Le changement est la façon dont c’est justifié et rendu légitime. Les Etats-Unis sont intervenus, des coups d’Etat ont eu lieu, des guerres interventionnistes ont éclaté, et ce, avant, durant et après la Guerre froide. Nous pouvons donc assimiler la nature de ce système global à une bataille du 20e siècle entre un système communiste et un système capitaliste. »

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Quand les élites « démocratiques » soutenaient le fascisme

« Bien que ce fait soit peu admis dans l’Histoire officielle, les élites occidentales ont longtemps soutenu le fascisme en Europe pour s’opposer aux mouvements de gauche. »

« Depuis le début du mouvement fasciste, de nombreux chefs d’industrie occidentaux complimentaient non seulement les fascistes, mais leur offraient un soutien financier, intellectuel et moral significatif
Le cas de l’Espagne en est l’un des exemples les plus frappants. Lorsque les paysans et les ouvriers ont pris le contrôle de la production, de la consommation et de la vie sociale à travers une bonne partie du pays, les dirigeants mondiaux se sont dressés en opposition contre eux. Leur système de gouvernements autonomes menaçait non seulement les fascistes et les staliniens, mais aussi les démocraties libérales américaines et dans le reste du monde. Les rebelles furent qualifiés d’anarchistes. »
Noam Chomsky : « Dans les médias et les commentaires, le terme anarchie est utilisé pour suggérer le chaos, les bombes, les perturbations, la criminalité… Le véritable sens du terme est assez différent : il sous-entend l’aide mutuelle, la coopération ; c’est aussi proche d’une démocratie qu’on peut l’envisager, un vrai contrôle populaire sur les institutions. Parfois, la résistance se traduit par une résistance sans dirigeant. Cet amalgame résulte en partie de l’ignorance et d’autre part il s’agit de saper les efforts visant à établir une société coopérative avec un contrôle populaire ce qui bien sûr est à l’opposé des intérêts de l’élite. (…) Comment les démocraties libérales ont -elles répondu ? Exactement comme on s’y attend. Elles méprisent la démocratie, pour de très bonnes raisons : les maîtres ne veulent pas que les étrangers ignorants et indiscrets s’occupent de leurs affaires, parce qu’ils le feraient dans leur propre intérêt. Vous perdez la hiérarchie, la domination et le contrôle centralisé : toutes les valeurs préférentielles des maîtres. Les démocraties libérales ont essentiellement uni leurs forces avec les fascistes et les communistes pour détruire la révolution. Une fois qu’ils ont détruit la révolution sociale anarchiste, ils ont commencé à se battre en eux. Mais la première tache, pour la première année, était de s’assurer que la révolution populaire soit écrasée. Les communistes étaient en tête. Les fascistes avaient bien sûr leurs propres intérêts. Les Etats-Unis étaient quelque peu marginaux à l’époque. Ce n’était pas la puissance mondiale majeure, c’était l’Angleterre et la France. Mais Roosevelt joua également un rôle, un embargo fut signé qui empêchait les armes d’être acheminées vers l’Espagne, mais Roosevelet tolérait de lever l’embargo illégalement afin d’approvisionner les fascistes en pétrole. Le Département d’Etat prétendait l’ignorer. Ils le savaient, bien sûr. Je me souviens, étant enfant, que la presse de gauche en parlait,  et le gouvernement disait qu’ils n’en avaient jamais entendu parler et bien sûr les médias se rangèrent du côté du gouvernement. Des années plus tard, des documents dévoilés concédaient que cela s’était produit depuis le début. Donc Roosevelet soutenait effectivement les fascistes, mais principalement en détruisant la révolution anarchiste, qui constituait une grave menace. »

Michael Parenti : « Le fascisme est un système très rationnel. C’est un instrument utilisé par la ploutocratie afin de distraire le peuple avec les artifices d’une révolution factice. Il y a toujours un faux populisme. Il y a beaucoup de marches militaires au pas et de manipulation de symboles, de sentiments, l’amour de l’Etat, etc. La politique se repose sur le recours rationnel à des symboles irrationnels. La focalisation des personnes qui étudient le fascisme italien ou le nazisme en particulier ; ils se focalisent sur la notion d’un mouvement insensé qui s’est simplement produit,porté qu’il fut par ce fanatique d’Adolf Hitler et les Allemands ont perdu l’esprit et furent détournés du droit chemin. En fait, il essayèrent de rediriger les vraies revendications du peuple allemand en direction d’ennemis non pertinents. Lorsque les fascistes sont arrivés au pouvoir, ils ont réduit les salaires de 50%, ils ont détruit les syndicats, ils ont détruit tous les partis d’opposition et tous les journaux (ils les fermèrent). Ils abolirent ou réduisirent considérablement toutes les taxes de succession imposées aux riches, ils abolirent tous les impôts liés aux cartels d’entreprises : plus ou moins ce qui est pratiqué ici sans avoir à aller si loin politiquement. Le fascisme est un instrument grâce auquel la ploutocratie peut contrôler et, avec un peu de chance, rendre effective la solution finale à la lutte des classes. Vous émiettez, détruisez et réduisez en esclavage la classe ouvrière, et le peuple doit l’accepter. Le propos que je viens de tenir, le fait que le fascisme est un instrument de la ploutocratie est justifié par le fait que la ploutocratie agit en faveur des fascistes, non seulement la ploutocratie allemande qui versa d’énormes sommes d’argent à Hitler, lui permettant de se déplacer dans tout le pays, mais aussi la ploutocratie des Etats-Unis, dans laquelle toutes sortes de membres éminentes soutenaient ouvertement les fascistes. »

« Le fascisme en Europe était (…) soutenu (…) aussi par de nombreux puissants politiciens. Mussolini faisait souvent l’objet d’éloges de la part de figures politiques dominantes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et même par Churchill en personne. Le 20 juin 1927, il loua la nouvelle philosophie durant un déplacement en Italie. « Je dirai un mot au sujet d’un aspect international du fascisme », déclara Churchill. Hors de vos frontières, votre mouvement a rendu service au monde entier… L’Italie a montré qu’il est possible de combattre les forces subversives de manière à rallier les masses d’un peuple convenablement dirigé vers un idéal et la volonté de défendre l’honneur et la stabilité d’une société civilisée. » Ce ne fut que lorsque les Etats fascistes commencèrent à menacer les intérêts anglo-américains que leur philosophie tomba en disgrâce, du moins temporairement. Les hommes et les enfants de la classe ouvrière dans le monde étaient désormais forcés soit de défendre, soit de combattre le Goliath entretenu par les élites au sein de leur propre nation. Le cauchemar de la 2e guerre mondiale commença. (…) En dépit de sa rhétorique portant à croire le contraire, Truman soutint le fascisme et les dirigeants totalitaires du monde. »

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