Ne pas opposer le vote et la rue

J’observe que beaucoup se déchirent encore sur la question du vote et sur celle de descendre dans la rue, en opposant hâtivement les deux. Je me permets d’intervenir car je trouve absurde cette opposition et cette action hémiplégique, d’autant plus que la situation n’est plus du tout la même qu’il y a un mois. Ne tournons pas autour du pot et appelons un chat un chat :

CECI N’EST PLUS UNE ÉLECTION

C’est clairement devenu un référendum révocatoire accompagné de mobilisations dans la rue, sous diverses formes, qui se poursuivront bien au-delà du second tour.

Ce référendum imprévu donne l’opportunité pour celles et ceux qui le désirent de révoquer tous les anciens pouvoirs d’un seul coup et ces mobilisations de faire immédiatement pression sur le nouveau, avant même qu’il soit élu, quelles que soient ses promesses et son calendrier.

Dès lors, 2017 pourrait s’avérer une année plus marquante encore que 2016, et surtout plus efficace en terme de conquêtes sociales, à deux conditions cependant :
– que la révocation magistrale réussisse ;
– que les mobilisations soient puissantes.

La première condition ne sera remplie que si les camarades les plus radicaux, qui hésitent à intervenir, choisissent de faire basculer le verdict en veuillant bien tirer la chasse sur les étrons politiques de ces dernières années.

La seconde condition ne sera remplie que si les camarades les plus modérés, qui hésitent à battre le pavé, comprennent qu’il est indispensable de descendre dans la rue, lieu primordial de toutes les luttes, et d’établir ainsi la pression. Sans quoi rien n’arrivera ou si peu (c’est ce qu’a fait opportunément le prolétariat en France en 1936, arrachant la conquête des congés payés au prix d’une grève acharnée, et ce qu’a eu le tort de ne pas faire le prolétariat en Grèce de février à juin 2015, en suivant naïvement son homme providentiel jusqu’à ce qu’il soit trop tard).

En effet, l’erreur serait d’opposer l’une et l’autre de ces actions cinglantes et puissantes vis-à-vis de chacun des pouvoirs successifs :
– erreur d’invoquer le dogme coutumier et le comportement réflexe, en hurlant au blasphème contre les impurs ;
– erreur également de jouer petit-bras, d’espérer et d’attendre que les choses viennent d’elles-mêmes, en restant chez soi devant sa télé.

Rien ne viendra de soi. Tout dépend de nous. Tout est à notre portée : la révocation comme la mobilisation. Il ne manque pas grand chose pour y parvenir : pousser du bout des ongles et du bout des orteils, en se bouchant le nez ou en se bouchant les oreilles, peu importe, mais pousser définitivement vers la fin d’un cycle et battre fermement le pavé.

Révocation et mobilisation parce que l’un sans l’autre n’aboutira probablement à rien, comme nous l’avons vérifié dans la mobilisation contre la loi travail et son monde, et comme les Grecs l’ont vérifié en 2015 en sombrant dans le piège d’une révocation similaire suivie d’une espérance passive complètement anéantie.

Révocation et mobilisation parce que nous n’avons rien oublié : ni Rémi ni Adama, ni les fleurs du Testet ni les cris des familles, ni les centaines d’opposants à la COP21 interpellés à l’heure du laitier ni les révoltés contre la loi travail mutilés ou jetés en prison.

Révocation et mobilisation parce qu’agir sans états d’âme, ce n’est pas forcément faire confiance ni abandonner sa capacité à agir encore, de toutes les façons possibles :
– le 29 mai 2005, les Français ont dit non au Traité Constitutionnel, puis ont fait confiance.
– le 6 mai 2012, les Français ont dit non au Traité Merkozy (TSCG), puis ont fait confiance.

Arrêtons de faire confiance (même dans le feu de l’émotion) et arrêtons d’être manchots (même pour de bonnes raisons théoriques).

Sortons les mains de nos poches ou les pieds de nos pantoufles, et cessons d’opposer l’un et l’autre.

Révoquons sans pitié et mobilisons-nous dans la rue sans la moindre gêne vis-à-vis des uns ou des autres, car c’est nos vies que nous désirons prendre en main.

Lucides et révolutionnaires, capables de tout et coupables de rien, pleins d’amour et de révolte, sans obéir à des tabous idéologiques ni à des hommes providentiels, avec tous les moyens dont nous disposons sans jamais nous priver d’agir si cela nous permet de riposter, de mettre la pression et de nous rapprocher du but : l’émancipation individuelle et sociale.

Insoumis ET ingouvernables.

Yannis Youlountas

PJ : alors que le vice président de la FED (Réserve fédérale des États-Unis) annonce une pluie de grenouilles sur les marchés financiers en cas de second tour Mélenchon-Le Pen, les dirigeants de l’Union européenne mettent en garde contre un « scénario catastrophe » et un « désastre total ». Une ambiance apocalyptique qui rappelle la dernière semaine avant le NON du 29 mai 2005 au TCE.

 

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