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Charlie Bauer et notre devoir d’insoumission

Un joli film dans lequel Charlie Bauer (mort il y a cinq ans jour pour jour, le 7 août 2011) évoque avec passion et sans reniement aucun sa vie d’insurgé.

Son engagement sans compromis pour la révolution, son refus de laisser le monopole de la violence et des armes à l’Etat, Charlie Bauer le paya de vingt-cinq années de prison – dont neuf dans les funestes QHS.

Pour les amis du désordre établi, Charlie Bauer fut un « voyou », un « bandit », un « voleur ». Drôle de voyou qui ne recherchait aucun profit personnel, drôle de voleur qui redistribuait ses larcins aux pauvres de son quartier ou s’en servait pour financer des groupes révolutionnaires…

Si à sa sortie de prison en 1988 il abandonne la guérilla et mène une vie un peu plus « normale », il n’en continue pas moins à militer, ne cessant jusqu’à sa mort de nous rappeler à notre devoir d’insoumission. Il aimait beaucoup citer ce vers de Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

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Il faut bloquer pour que tout se débloque (Frédéric Lordon)

« Où en sommes-nous ? On ne compte plus les villes de province où il y a une nuit debout, et la plaine européenne est en train de s’embraser également : Barcelone, Madrid, Saragosse, Nurcie, Bruxelles, Liège, Berlin. La place de la République elle-même s’est donnée une antenne à Stalingrad [métro Stalingrad, NDLR]. A tout moment, des actions surprise naissent spontanément. Il y a une Radio Debout, une Télé Debout, des Dessins Debout. Tout est en train de se remettre debout.

Il y a dix jours, le conditionnel était de rigueur et nous pouvions seulement dire, « il se pourrait que nous soyons en train de faire quelque chose ». Je crois qu’on peut maintenant abandonner les prudences grammaticales : nous sommes en train de faire quelque chose.

Enfin, quelque chose se passe. Quelque chose, mais quoi ? Comment un mouvement sans direction se donne-t-il une direction ? Je veux dire, comment un mouvement sans instance dirigeante se détermine-t-il à prendre une voie ou une autre ?

Il est certain en tout cas qu’il doit en trouver une. Un mouvement qui ne se donne pas d’objectif politique s’éteindra rapidement. Soit parce qu’il aura épuisé la joie d’être ensemble, soit parce qu’il sera recouvert à nouveau par le jeu électoral.

Comment échapper à cette fatalité ? Si tout commence avec les places, rien n’y finit. Or nous nous souvenons de ce qui nous a jetés dans la rue en première instance, c’est la loi El Khomri. Viser très au-delà de la loi El Khomri ne signifie pas que nous l’avons oublié. Elle est toujours là. Un mouvement a besoin d’objectifs et de victoires intermédiaires. Faire la peau à la loi El Khomri en est certainement un, il reste d’une inaltérable actualité, et nous n’arrêterons pas de lutter à son service. Mais de même que les zadistes n’ont pas seulement en vue un aéroport, mais le monde qui engendre cet aéroport, de même la loi El Khomri est le rejeton de tout un monde.

Dans le monde El Khomri, les salariés vivent dans la peur et ils sont tenus dans la peur. Il y a de très bonnes raisons à ça. Ils vivent sous l’arbitraire souverain d’un patron, qui a tout pouvoir sur eux parce qu’il tient dans ses mains les conditions fondamentales de leur survie matérielle même.

Alors il faut partir de cette expérience commune et en déduire tout ce que nous pouvons, et d’abord, en se décidant enfin à nommer les choses : le salariat est un rapport social de chantage, un rapport de chantage qui ne laisse le choix que de plier ou de se mettre en danger. Nommer adéquatement les choses, à l’encontre de tous les recouvrements idéologiques du néo-libéralisme, c’est peut-être la première étape pour trouver la force de s’en libérer.

Car tout le monde s’aperçoit alors que si pour mettre fin à la peur, il faut mettre fin au chantage et à l’arbitraire patronal, alors il faut mettre fin à l’ordre social qui arme le chantage et l’arbitraire patronal, et je veux dire mettre fin, et constitutionnellement, à l’empire des propriétaires.

Cependant, à un moment, il faut bien vouloir les conditions de ce qu’on veut. Si vraiment notre mouvement à des ambitions de cette ampleur, il va lui falloir se donner des moyens adéquats. Pour ma part, je n’en vois qu’un : la grève générale.

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne suis pas ici en train de lancer un appel à la grève générale, je n’en ai aucun pouvoir ni aucune légitimité. Je ne lance pas un appel, donc. Mais j’énonce une condition : la condition du renversement non seulement de la loi, mais du monde El Khomri. Nous savons bien que les grèves générales ne se décrètent pas d’un claquement de doigt. Mais peut-être pouvons-nous aider à y basculer. Et pour ce faire, en rappeler les immenses vertus.

La grève générale, c’est que le pays tout entier débraye, le pays est bloqué – le pays est bloqué, disent-ils, parce qu’en vérité c’est l’exact contraire : c’est au moment précis où ils disent que tout se bloque qu’en fait, tout se débloque. La politique, la vraie, la parole, l’action, et jusqu’aux relations entre les gens. Et puis surtout le possible, l’avenir. Il faut bloquer pour que tout se débloque.

Il y avait trop longtemps que ça craquait de toutes parts. On ne tient pas éternellement une société avec BFM, de la flicaille et du Lexomil. Vient fatalement un moment où les têtes se redressent et redécouvrent pour leur propre compte l’immémoriale idée de l’insoumission et de l’affranchissement.

Ce moment, c’est le nôtre, ce moment, c’est maintenant. »

Frédéric Lordon, le 9 avril 2015

Source : http://www.reporterre.net/Frederic-Lordon-Il-faut-bloquer-pour-que-tout-se-debloque

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société généraleNuits en marche, multiplions les débordements !

Nous voici dans la splendeur des commencements. Pourtant, on a toujours à l’arrière du cerveau la sensation que ça va mal finir, que ça finit toujours mal. On ne voudrait pas gâcher la fête mais si le vraisemblable l’emporte, combien parmi nous, dans un an, finiront par voter Juppé pour faire barrage au Front National ? Comment conjurer la hideur du final ? Comment faire advenir l’invraisemblable ? Et si on prenait à la lettre le mot d’ordre : “continuons le début” ?

Tout a commencé dans la joie d’avoir vaincu la peur et retrouvé le chemin du commun. Qui aurait pu croire, voilà si peu de temps, dans un pays où l’état d’urgence prolongeait l’effet de terreur des attentats, où les écrans nous égaraient entre fausse « questions du voile » et fausse « vague migratoire », que nous serions des centaines de milliers à descendre dans la rue ? Que des milliers de lycéens et d’étudiants affronteraient sans faiblir une répression policière d’une violence qu’on n’avait plus vue depuis Charonne ? Que des dockers bloqueraient le port du Havre, des manifestants occuperaient les voies à Rennes, des lycéens attaqueraient deux commissariats ? Ce qui nous a permis de vaincre l’isolement vers lequel nous ont poussés trente ans d’offensive néo-libérale, c’est la force de la colère.

Pour que les défilés syndicaux ne soient pas le traditionnel prélude aux capitulations sous forme de « concessions arrachées » et de débuts de carrière pour quelques jeunes chefs, pour que l’occupation des places ne se réduise pas à un vaste groupe de parole préludant au retour d’un « peuple de gauche » dans la cage du réalisme électoral, il faudrait que demeure quelque chose de l’élan initial, de ce moment où la colère commune l’a emporté sur la peur, et où nous somme sortis du cadre. La tolérance gouvernementale envers l’occupation des places, combinée à la furie de la répression des initiatives de rue nous montrent assez comment on compte nous recadrer, comme on « recadre » un enfant pas sage. Car c’est ainsi qu’ils nous voient, ces gens qui n’ont que le mot « pédagogie » à la bouche, à chaque fois qu’ils veulent nous imposer une nouvelle contre-réforme ultralibérale. Ils s’accommoderaient bien de nous voir bavarder la nuit jusqu’à épuisement, réduisant ce qui se passe à une extension de cette « résistance des terrasses » promue par les médias après les attentats. Alors, contre le recadrage continuons à sortir du cadre !

Comme l’a montré ce bel épisode parisien du 5 avril, durant lequel une manifestation est partie de la place de la République pour occuper le Bd Saint Germain en solidarité avec les manifestants emprisonnés, la fusion des places et de la rue, des échanges libérés et des offensives spontanées est la meilleure manière de poursuivre ces pas de côté que nous avons fait, et qui peuvent mener loin.

Le bouillonnement des places n’aura de sens que s’il déborde dans le temps et dans l’espace. Gardons intacte la colère initiale, sans laquelle nous n’aurions pas aujourd’hui tant de débats paisibles. Ne pas se laisser cantonner à la nuit permettra d’associer aux débats les innombrables qui ne peuvent se permettre
d’être noctambules. Utiliser les places comme points de départ permettra d’aller remettre en cause à domicile les institutions qui, pendant que nous rêvons, nous préparent activement ce cauchemar : retour à la normale avec exploitation accrue et politique ramenée aux échéances électorales. Il ne manque pas de bâtiments officiels où nous pouvons poursuivre la confrontation.

MULTIPLIONS LESBORDEMENTS !

(Reproduction d’un tract distribué samedi 9 avril à Paris.)

Source : https://lundi.am/Nuits-en-marche-multiplions-les-debordements

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Revenu de base ou salaire à vie ?

L’idée d’établir un « revenu de base » (appelé aussi « revenu inconditionnel », « dotation inconditionnelle d’autonomie », etc.) est loin de faire l’unanimité parmi ceux qui aspirent et travaillent à un changement de société. Dans une tribune publiée sur sa page Facebook et que nous retranscrivons ci-dessous, Franck Lepage démonte avec virulence ce qui est pour lui un traquenard et une régression, et lui oppose le potentiel révolutionnaire du « salaire à vie«  (l’idée défendue par l’économiste Bernard Friot)…

Tempête de commentaires sur ma « saleté de revenu de base », dont Véronique dit « qu’elle s’en contenterait bien »…et C’est bien ça le problème véronique : Des tas de gens fatigués de se battre sont prêts à « s’en contenter » et le patronat sabre le champagne…si des milliers de « décroissants » sont prêts à se contenter de 800 euros, le rêve de la classe dominante est atteint. Plus besoin pour eux de verser et d’augmenter des salaires, et plus besoin de payer la protection sociale. (c’est même ça l’astuce du revenu de base) Ils peuvent tout garder et que tout le monde se débrouille avec ses 800 euros. Le revenu de base (pris sur l’impôt) c’est le droit enfin obtenu pour les possédants de se débarrasser du salaire. Et surtout ce ne sont plus les entreprises qui financent la protection sociale. Chacun se débrouille. Et n’oubliez surtout pas la suppression des retraites dans ce projet. youp là là !

Notre salaire, c’est à dire le salaire direct (à nous) et le salaire indirect (aux autres, sous forme de cotisations) est un conquête considérable et géniale. Ne raisonnons pas avec un siècle de retard : Ce qui était l’instrument de notre aliénation au 19ème siècle (le salaire comme juste de quoi ne pas crever) est devenu l’instrument de notre pouvoir quand nous avons forcé la classe possédante à verser du salaire pour des chômeurs, des malades, des retraités, et toute la fonction publique hospitalière). ça s’appelle les cotisations. Quand vous gagnez 1.500 euros, votre salaire est en réalité de 3.000 euros.

Permettre le revenu de base c’est permettre aux patrons de tout garder en profit et de ne plus payer les cotisations. Ni les salaires. Vous aurez déjà 800, mais vous devrez continuer à aller trimer dans des emplois parce que ce ne sera pas assez pour vivre en ville normalement. Comme vous aurez déjà 800 le patron pourra baisser ce qu’il vous verse actuellement. De leur côté, deux ou trois décroissants vous diront que vous n’avez qu’à pas vivre en ville ! « Les citoyens qui souhaitent avoir un niveau de vie plus élevé pourront bien sûr compléter ce revenu de base en étant salarié, artisan ou entrepreneur. Ce salaire universel remplacera toutes les aides sociales existantes, y compris les retraites de base. » (voir article plus bas)

Le salaire à vie, à l’inverse, c’est 2500 euros dès l’âge de 18 ans et jusqu’à la mort, avec possibilité d’augmentations en qualification sur une échelle de 1 à 4, ou de 1 à 6. (on plafonne le salaire maximum à 6 fois cette somme)r

Vous la voyez la différence entre gagner 2500 euros dès 18 ans ou crever avec 800 euros à 40 ans ? ça change tout. Vous n’êtes plus obligés de vous employer dans des boulots crétins, et les boulots crétins disparaissent. Ce qui suppose la deuxième condition : la co-propriété d’usage des entreprises. On se débarrasse des propriétaires, on n’en a plus besoin. Le modèle coopératif se met en place. Nous décidons de quoi, pourquoi et comment produire.

Si vous trouvez que 2500 € c’est utopique, sachez qu’en francs constants, un jeune qui s’engage sur le marché du travail aujourd’hui s’embauche à exactement 50 % (la moitié) du salaire qu’il avait dans les années 70. (en francs constants) Par exemple si vous arrivez à décrocher un CDI à 1.500 euros et que vous êtes content, vous auriez eu 3.000 euros dans les années 70. Si cela vous paraît exorbitant, et si vous trouvez que 1500 euros est un bon salaire, alors vous êtes mûr pour accepter le revenu de base et aller faire du purin d’ortie entre décroissants en laissant les autres s’occuper de la lutte des classes à votre place dans les villes ! (je m’énerve).

Le salaire à vie, (c’est déjà le cas pour plus de 50 % de la population) je ne vous dis pas que ça va se faire en quelques années, ça prendra du temps, comme toutes les luttes sociales. Je suis en train de vous dire que c’est l’horizon pour la gauche. Que c’est cela qu’il faut savoir défendre et argumenter. Raison de plus pour se familiariser avec l’idée, avec la revendication, et commencer par arrêter de revendiquer cette saleté de revenu de base qui est un retour au moyen âge. Et un méga piège à cons, (avec retour probable des femmes à la maison en prime !!!). Le seul horizon pour la gauche : Prolonger les conquêtes de 1945 quand la classe ouvrière et la CGT étaient révolutionnaires et qu’ils avaient commencé d’imposer le salaire à vie pour les retraités, les fonctionnaires, les malades et les chômeurs. Demandons la même chose pour les jeunes dès 18 ans. Financièrement cela ne pose aucun problème. il faut augmenter les charges sociales jusqu’à la totalité du salaire ! Le problème de la classe dominante ce n’est pas son argent, ce ne sont pas ses « sous »…elle s’en fout… c’est son pouvoir. Elle est prête à nous filer 800 euros pour qu’on la ferme et que tous les contestataires potentiels du capitalisme se reconvertissent chez les colibris plutôt que de prendre le pouvoir

Allez voir du côté de réseau salariat, familiarisez vous avec cette hypothèse, visionnez des vidéos de Bernard Friot, apprenez à déjouer l’arnaque du revenu de base….ou alors un revenu de base à 2.500 euros…tiens tiens…y a plus personne ? La notion de « Revenu minimal d’existence » trahit l’obscénité même du projet quasi – fasciste de la classe dominante : nous confiner à une existence minimum. Je ne sais pas pourquoi je m’énerve

Je vous mets un ou deux liens :

http://www.cspinyourface.com/…/pourquoi-le-revenu-de-base-c…

http://geopolis.francetvinfo.fr/la-finlande-prete-a-experim…

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Pour continuer le débat, cet article du Réseau Salariat : « Revenu inconditionnel ou salaire à vie ? »

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Une autre histoire du travail et de la protection sociale (par Franck Lepage & Gaël Tanguy)

Inculture(s) 5 : « Travailler moins pour Gagner plus » ou l’impensé inouï du salaire
…une autre histoire du travail et de la protection sociale…

Conférence gesticulée par Franck Lepage et Gaël Tanguy de la Scop « Le Pavé » (Coopérative d’éducation populaire). Petits contes politiques et autres récits non autorisés.

« Cette conférence évoque le potentiel d’action collective que recèle le « droit du travail » : processus d’avancée historique continue de la propriété collective des travailleurs contre la propriété lucrative du capital, symbolisé dans la protection sociale, que l’on veut nous faire passer pour des « charges » !!! Le salaire n’est pas le « prix » d’un travail (version de droite), mais un « barème » imposé par la lutte, (version de gauche) c’est-à-dire un rapport de forces par lequel nous obligeons un propriétaire à payer aussi pour du travail libre à d’autres que nous (retraite, chômage, maladie… et bientôt pourquoi pas la jeunesse via un salaire universel qui nous délivrerait de l’emploi subordonné) ? L’enjeu des retraites n’est pas financier (il n’y a aucun problème de financement des retraites) mais idéologique car ce sont les retraites qui sont en train de rendre visible que le salaire peut payer aussi du temps libre sans aucun danger pour l’économie. Il s’agit donc pour le capital de détruire toutes les formes de protection sociale issues de 1945 (sécurité sociale, retraite, conventions collectives, etc.). Pour y résister il faut des syndicats, c’est-à-dire d’abord et avant tout des syndiqués ! Réinventer le syndicalisme est le seul moyen. »

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Non, le Parti « socialiste » n’a rien trahi, il est resté fidèle à sa fonction : sauver le capitalisme

« La deuxième droite », un documentaire à voir pour tous ceux qui se feraient encore des illusions à propos du Parti « socialiste » en particulier et de la « social-démocratie » en général, pour tous ceux qui s’étonnent encore que ce parti qui se dit « de gauche » soit capable de mener une politique plus favorable encore au Capital que la droite…

« La deuxième droite » interroge Jean-Pierre Garnier, auteur en 1986 d’un essai éponyme. « La deuxième droite », c’est ainsi qu’il appelle la « gauche » au pouvoir sous Mitterrand, et en particulier la prétendue « deuxième gauche », qui se prétendait plus « moderne » et plus en phase avec les « réalités ».

Pour comprendre la politique actuelle des Hollande, Valls et consorts, il est important de se rappeler ce qu’a été celle du PS au pouvoir dans les années 80 sous la présidence de Mitterrand. Car ce que nous vivons sous le mandat de François Hollande se situe en sa droite ligne et n’a rien de vraiment nouveau.

Jean-Pierre Garnier bat en brèche l’idée que le PS aurait trahi, rompu avec ce qu’il aurait vraiment été, que ce soit en 1983, lors du fameux « tournant de la rigueur », ou ces dernières années… Pour lui, le PS n’a jamais été un parti sincèrement « de gauche », le PS est toujours resté fidèle à son fonction : celle de sauver le capitalisme, celle de défendre l’ordre établi. Sauver le capitalisme, soit en faisant miroiter et en faisant voter des mesures « de gauche » plus ou moins ambitieuses (quand la classe ouvrière est puissante et menaçante) pour apaiser les colères et les velléités subversives et sauvegarder les fondamentaux, soit en se chargeant (quand le rapport de force est plus favorable au Capital) « de faire avaler les pilules les plus dures à avaler, enrobés de tout un discours lénifiant pour que les gens acceptent ».

Quoi de mieux en effet pour faire accepter des politiques libérales détestables que de les faire faire appliquer par un gouvernement dit « de gauche » – d’autant plus quand celui-ci a donné préalablement des gages de bonne volonté à son électorat (en 1981 c’étaient les nationalisations, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés…) – pour nous inculquer l’idée « que l’on ne peut pas faire autrement », « qu’il faut s’adapter à la réalité telle qu’elle est », bla bla bla – et ainsi éviter de puissants mouvements de protestation… Cela a toujours montré ses preuves. C’est comme ça qu’en 1983, une politique de rigueur pire que celle de Barre quelques années plus tôt a pu passer sans grande opposition.

Sauver le capitalisme, c’est-à-dire aussi nous adapter au nouveau stade du capitalisme, c’est-à-dire celui qui s’active à nous faire intérioriser notre soumission, à faire concorder nos désirs avec les siens. C’est tout le travail idéologique qui a été celui de la « deuxième gauche ». Ainsi toutes les belles idées d' »autonomie, d' »autogestion », ont été complètement retourné pour servir le capitalisme. On a fait miroiter aux travailleurs l’autonomie (notamment avec les lois Auroux de 1982), mais ça n’a été qu’une manière de les faire « participer à leur exploitation », dans la mesure où les objectifs restaient les mêmes cependant que chacun devenait plus ou moins autonome quant aux manières d’y arriver.