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De Bush à Valls : terroriser les populations pour mieux les museler

laurent_blachier-d8ea5La peur est partout, pour tous les salariés, les précaires, les chômeurs, les dominés, qui doivent accepter sans broncher exploitation et reculs sociaux au prétexte d’une «  extrême-droite aux portes du pouvoir  », selon la formule de Manuel Valls. En échec, impopulaire comme personne avant lui, il ne reste à l’exécutif que la stratégie de la peur. Peur pour tous les citoyens, qui devraient regarder leur voisin comme un égorgeur potentiel. Et c’est la guerre, la guerre, toujours recommencée. Guerre contre un «  ennemi intérieur  », dixit le premier ministre, ces «  grenades dégoupillées  » – la formule est du premier secrétaire socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. Ca peut être notre voisin de palier, notre collègue de travail. Bien évidemment, il ne se trouvera personne pour remettre en cause la réalité d’un terrorisme mondialisé, d’une abjection qui a coûté la vie à Hervé Gourdel. De la même façon qu’il serait irresponsable de nier la probabilité d’un attentat ou de toute autre action violente sur le territoire français  ; l’empêcher, c’est là le travail des services de la Direction générale de la sécurité intérieure, voire du Renseignement intérieur, auxquels il faut donner tous les moyens nécessaires, comme le rappelait le député Front de gauche François Asensi à l’Assemblée nationale.

A cause d’un assassinat sanguinaire et barbare, c’est la Nation qui serait en danger. «  Le péril est mortel, notre sécurité nationale est en jeu comme elle ne l’a jamais été ces dernières années  », a claironné devant les députés Manuel Valls, venu quérir l’aval du Parlement à l’entrée en guerre de la France contre l’État islamique. Pourquoi créer un tel climat de psychose, au point d’en appeler à cette fameuse « unité nationale », comme l’avait déjà répété le Premier ministre dans son discours de politique générale ? D’abord car les possédants ont un impérieux besoin d’un environnement économique sécurisé, et donc d’un contrôle social accru. Ainsi, dans un autre contexte, jamais un gouvernement n’aurait pu faire passer une loi aussi liberticide que celle votée la semaine dernière à l’Assemblée. Pas un seul député ne s’y est opposé, tous tétanisés par les accusations de lâcheté qui auraient fusé en cas de vote contre. Pourtant, encore une fois, nous cédons sur nos principes démocratiques face à la peur. La présomption d’innocence balayée, les droits fondamentaux remis en cause, à savoir la liberté de circuler et la liberté d’expression. Un «  Patriot Act  » à la française, comme le définit le PCF, du nom de ces lois d’exception adoptées par les États-Unis dans la foulée du 11 septembre. Il s’agit du même projet que préparent nos dirigeants, Manuel Valls en tête  : une société autoritaire, sécuritaire, guidée par les bas instincts de l’effroi et de l’émotion, de la surveillance généralisée, du blocage d’internet. L’arsenal juridique se met en place qui permet déjà une répression selon les critères de l’État, et donc de son idéologie dominante. Or, en d’autres temps, les résistants, Manouchian en tête, ou Nelson Mandela ont eux aussi été qualifiés de «  terroristes  »…

Car ce piège de la peur fonctionne. Il a toujours fonctionné, aujourd’hui comme il y a 100 ans. Le rôle de la presse, à cet égard, demeure primordial. Les mêmes «  grands journaux  » qui affirmaient voici 100 ans que les balles allemandes ne tuaient pas, rivalisent de gros titres sur la «  France en guerre  » et créent une incroyable psychose collective. On voit par exemple le branle-bas de combat car trois djihadistes, «  menaçant la sécurité nationale  », ont été perdus dans la nature à leur retour de Syrie. Sans nier leur fanatisme, comment expliquer cet emballement pour des individus qui ont du sonner trois fois à l’interphone de la gendarmerie du Caylar, dans l’Hérault, pour pouvoir enfin «  être entendus  »  ?

Pourtant, plus que la barbarie elle-même, c’est l’instrumentalisation de la peur qu’elle engendre qui conduit à l’abîme. Les pyromanes ne cessent d’attiser les flammes des divisions de la société française. «  La France est en guerre contre la barbarie  », écrit Yves Thréard, éditorialiste fanatisé du «  Figaro  », parti en croisade contre ces terroristes pour qui «  chacun de nous est une cible potentielle, partout, à tout instant  ».

«  Le terrorisme nous oblige à nous conduire comme des barbares, à violer toute la législation française  », ose affirmer le soi-disant intellectuel Pascal Bruckner, dont les élucubrations le conduisent à prédire que «  le jour n’est pas loin où on décapitera des Français à Limoges, à Paris  ». Avant d’exiger, comme tant d’autres, que tous les musulmans de France prennent leurs distances avec ce genre d’acte. Le musulman  : voilà l’ennemi intérieur, le péril immédiat.

Nordine Nabili, président du Bondy Blog, estime que cette injonction «  présuppose que les musulmans de France ne seraient pas plus choqués que cela  ». Les racines de ce mal sont profondes  : depuis combien d’années entend-on parler des «  musulmans modérés  », cette expression qui induirait qu’au fond, fanatisme et islam font bon ménage  ?

Demande-t-on aux chrétiens de dénoncer les crimes pédophiles du clergé catholique  ?

Cela révèle surtout une société française toute entière renvoyée à l’essence des individus. Il n’y a plus de citoyens, de travailleurs, de Français ou d’immigrés unis par la lutte d’émancipation, il n’y a que des catégories, des communautés, des appartenances de groupe, en un mot une société où tout individu est défini par son identité, son appartenance. Tel est précisément le but de cette instrumentalisation. Balayer la question sociale au profit d’une question ethnique et religieuse. Les manifestations pour la paix à Gaza ont vite été qualifiées de «  pro-israéliennes  » ou «  pro-palestiniennes  », comme s’il était impossible d’être pour la paix en Palestine et en Israël.

Ce sont ces divisions, minutieusement orchestrées, et mises en musique par le petit général de Matignon et son bataillon gouvernemental, qui le conduise à jouer avec le feu du Front national et à mener une guerre impitoyable aux pauvres et aux salariés. Les grévistes sont «  irresponsables  », les chômeurs fainéants et assistés, les ministres récalcitrants virés, les députés menacés d’une dissolution qui «  ferait le jeu du FN et d’une Marine Le Pen aux portes du pouvoir  ». Tout est bon pour faire marcher la France au fouet, la convertir de gré ou de force à la guerre sauvage et mondialisée du capitalisme financier, et faire accepter une domination économique et sociale toujours plus violente. Faut-il rappeler l’adjectif dont François Hollande et Manuel Valls ont affublé le gouvernement, à l’occasion du coup de force de début septembre  ? Un gouvernement «  de combat  ». Quel beau projet de société.

Ces mots font tristement écho à ceux de Jaurès  :

«  Partout, dans la France abaissée, dans la République désemparée, c’est une marée lourde et visqueuse de réaction qui monte dans les cœurs et les cerveaux. Un peuple ainsi affolé (…) ne comprend même plus que le progrès est la condition de l’ordre. Il se méfie de la justice et de la liberté comme d’un piège, de l’idéal comme d’une duperie.  »

Article de Benjamin König paru dans l’Humanité Dimanche, n°431

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Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno – totalitarisme

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Nul ne peut plus nier ce que les opposants à la tyrannie technologique dénoncent depuis des années : les objets intelligents qui envahissent nos vies (ordinateurs, Internet, téléphones mobiles et smartphones, GPS) donnent au pouvoir les moyens de la surveillance généralisée.

En dévoilant des documents secrets, un ex-agent américain révèle que la NSA (Agence nationale de sécurité) espionne les internautes du monde entier, dans le cadre du programme clandestin « Prism » mis en place par George Bush et poursuivi par Barak Obama. Sont visés les utilisateurs d’Internet et des « réseaux sociaux » (Google, Facebook, Apple, Youtube, Yahoo, Skype, DropBox, Microsoft, AOL) soit, à l’ère numérique, à peu près tout le monde.

Les esprits forts diront qu’ils le savaient déjà. Les esprits forts savent toujours tout. Edward Snowden, lui, prouve ce qu’il dit. Et les médias du monde entier ne peuvent faire autrement que de publier ses déclarations, alors que les dénonciations des esprits critiques restaient confinées et refoulées à quelques milieux restreints.

Edward Snowden agit sans le soutien d’aucune organisation, d’aucun parti, d’aucun collectif. Heureusement – il n’aurait rien fait. Son geste relève de ce qu’Orwell nommait la « décence ordinaire ». « Je ne peux, en mon âme et conscience, laisser le gouvernement américain détruire la vie privée, la liberté d’Internet et les libertés essentielles pour les gens tout autour du monde au moyen de ce système énorme de surveillance qu’il est en train de bâtir secrètement. » (1) À 29 ans, il sacrifie sa carrière et sa vie personnelle, choisit la désertion, risque la prison pour trahison (comme le soldat Manning, auteur des fuites vers Wikileaks) voire un « accident ». Il affronte seul les services secrets de la première puissance mondiale.

En France depuis le 10 juin 2013, aucune des organisations qui, avant ou depuis le meurtre de Clément Méric, clament l’urgence de la « lutte antifasciste », n’a pris la défense de Snowden. Aucune manifestation de soutien, aucun communiqué, aucun appel contre la surveillance totale, y compris celle de la DGSE française (services secrets extérieurs), comparée par un ex-agent à une « pêche au chalut ». (2) À ce jour, le seul appel pour l’asile politique de Snowden en France émane de Marine Le Pen. Un coup de pub dont le Front de Gauche n’a pas été capable.

Edward Snowden : « Ma grande peur concernant la conséquence de ces révélations pour l’Amérique, c’est que rien ne changera. [Les gens] ne voudront pas prendre les risques indispensables pour se battre pour changer les choses… Et dans les mois à venir, les années à venir, cela ne va faire qu’empirer. [La NSA] dira que… à cause de la crise, des dangers auxquels nous devons faire face dans le monde, d’une nouvelle menace imprévisible elle a besoin de plus de pouvoirs, et à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour s’y opposer. Et ce sera une tyrannie clé-en-main. »

Snowden a raison. En France, le rétro-fascisme à front bas et crâne ras, qu’on reconnaît au premier coup d’œil, obsède l’anti-fascisme rétro, patrimonial et pavlovien, tout ému de combattre la bête immonde qu’on lui a tant racontée et qu’il croit connaître. Il est vrai qu’ils partagent quelquefois les mêmes goûts en matière de look et de dress code. Les skinheads, c’est quand même plus simple que les RFID et la « planète intelligente » d’IBM. Dénoncer « les origines françaises du fascisme » (Zeev Sternhell, Là-bas si j’y suis, France Inter) et « le retour des années 1930 » (Le Nouvel Observateur et cie), c’est plus facile que de s’attaquer au techno-totalitarisme. D’autant que celui-ci est pourvoyeur d’emplois et de croissance économique, donc « progressiste » et « de gauche ». Qu’importe que 64 millions de moutons soient pucés, tracés et profilés, si la filière micro-électronique prospère, de STMicroelectronics à Gemplus et Thales. Pour Pierre Gattaz, nouveau président du Medef, et le lobby de l’industrie électronique : « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. » (3)

Personne pour s’aviser que nous ne sommes pas dans les années 1930. Qu’après des décennies d’accélération technologique, à l’heure de la contention électronique, le « fascisme » aussi s’est modernisé. Il n’a plus le visage du Dictateur. Même plus celui de Big Brother. Mais celui des myriades d’actionneurs, capteurs, nano-processeurs, datacenters, super-calculateurs, Little Brothers, qui maillent, structurent, activent et pilotent la société de contrainte.

Les documents publiés par Snowden confirment ce que nous avons décrit de la police des populations à l’ère technologique. (4) La presse fait mine de découvrir l’espionnage par Internet. Quitte, comme le site du Monde, à le faire sous une bannière publicitaire pour IBM et « la planète intelligente ». C’est-à-dire, le projet de puçage électronique de chaque chose et chaque être sur Terre, via des puces communicantes. Le projet, bien avancé, d’un Internet des objets, élargit le réseau à chaque objet et être vivant pucé, qui nous interconnecte (nous incarcère) en permanence avec notre environnement (notre cage). Un filet électronique dont il sera impossible de s’extraire. Si les révélations de Snowden vous émeuvent, « la planète intelligente » d’IBM vous glacera. (5)

Pendant que les attardés lèvent le poing, farouches et déterminés contre le spectre « des heures les plus sombres de notre Histoire », le pouvoir resserre le filet électronique. Avec l’approbation béate de la majorité « parce que la technologie, tout dépend de ce qu’on en fait. »

« Ainsi donc, notre génération du lien social et du réseau virtuel, notre génération qui a fait tomber des dictatures par la force de baïonnettes informatiques, notre génération devra, donc, comme les autres, payer le prix du sang et apprendre, comme les autres, que l’engagement est un risque, une créance prise sur la vie, une créance que les plus courageux et les plus innocents paient et remboursent de leur mort. » (6) Il y a dans ces lignes des condisciples de Clément Méric tout l’aveuglement de l’époque sur elle-même.

Passons sur cette « génération », qui confond « lien social » et laisse électronique – après tout, elle n’a rien connu d’autre et ses mentors la maintiennent dans sa niaiserie.

Facebook n’a pas plus balayé Ben Ali et Kadhafi, (7) que les abrutis de Troisième Voie et des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires ne menacent la démocratie. « Une mouvance qui compterait 1000 adhérents et 4000 sympathisants selon son chef. Mais 500 selon les autorités. » (8) « Les JNR, totalement dévouées à sa personne (NdA : de Serge Ayoub, leur chef), mais qui ont très peu à voir avec un quelconque militantisme politique ». (9) « Il est impossible de décrire Troisième Voie comme un groupe de combat ou séditieux » (Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême-droite). (10) « Ce sont des jeunes extrêmement précarisés issus de familles très populaires avec des parents bénéficiant des aides sociales. Ils ont un faible niveau de diplôme (…) En fait, ils appartiennent au sous-prolétariat des zones rurales et péri-urbaines. Ils ont grandi dans des familles où, le plus souvent, un seul des parents travaille. Quand ils n’ont pas été élevés au sein de familles monoparentales avec leur mère dans une grande précarité » (Stéphane François, historien). (11)

Ils sont, en somme, le pendant rural des délinquants de banlieue. De ceux qui, en septembre 2012, massacrèrent Kevin et Sofiane à la Villeneuve d’Echirolles, parce qu’ils étaient d’un quartier différent. Même profil socio-économique. Ni plus avisés, ni moins violents, non moins déstructurés par la déferlante des écrans et la dissolution du tissu social. Des exclus des métropoles high-tech et de la compétition internationale, comme eux trahis par la gauche. Pas plus que pour les délinquants, leur condition n’excuse leurs gestes. Pas plus que les délinquants, ils n’incarnent le « renouveau fasciste ».

Mais ils sont plus spectaculaires et moins virtuels que le techno-totalitarisme et, partant, plus faciles à désigner. « La grande nouveauté est que, grâce à Internet, certains informaticiens ont les moyens d’imposer leur vision du monde au reste de la population. Au lieu d’écrire des essais philosophiques dans l’espoir d’influencer les générations futures, ils réalisent leur projet de société. Le fait d’être d’accord ou non avec eux est sans objet, car ils ont déjà rapproché le monde de leur idéal » (Christopher Soghoian, militant américain de la protection de la vie privée). (12) La tyrannie technologique est plus pervasive et redoutable que 500 brutes alcoolisées. Elle exige de ses opposants plus que du pathos et des postures. Combattre le techno-totalitarisme, c’est-à-dire l’attaque la plus performante contre notre liberté et contre la possibilité de choisir ce qui nous arrive, impose l’effort de comprendre la nature de cette attaque, et ses spécificités. Nous ne sommes pas dans les années 1930 ; il nous faut penser notre époque pour affronter notre ennemi actuel, et non les avatars du passé.

Entiers et naïfs, nous pensons que le secret est de tout dire. Et donc, quel que soit le mépris dans lequel les tiennent les beaux esprits, nous ne pouvons qu’approuver et soutenir ceux qui par leurs actes individuels livrent au public les preuves de sa servitude et tentent d’éveiller sa conscience. On verra ce que le public et ceux qui parlent en son nom font de ces révélations. Si peu d’illusions qu’on se fasse sur une société qui a accepté avec enthousiasme depuis des années une telle déchéance, il est sûr qu’on n’a aucune issue à attendre d’un « encadrement législatif » de type CNIL mondialisée, pas plus que d’une surenchère technologique pour crypter ses communications électroniques et fabriquer soi-même ses logiciels « libres », ni d’une énième bouillie citoyenniste pour assurer la veille de notre désastre.

Il n’est pas sûr qu’il y ait d’issue, ni que celle-ci dépende de nous. S’il y en a une, on ne peut la trouver à partir d’élucubrations nostalgiques et complaisantes, mais seulement à partir d’une conscience vraie de notre situation.

Comme disait le fondateur d’IBM : – Think.

Pièces et Main d’œuvre

***

NOTES :
(1) Le Monde, 11/06/2013
(2) Le Monde, 12/06/2013
(3) Livre bleu du GIXEL (Groupement des industries de l’interconnexion, des composants et des sous-ensembles électroniques) sur le développement de la filière électronique, 2004. Voir aussi RFID : la police totale, le film, par Subterfuge et Pièces et main d’œuvre (http://www.piecesetmaindoeuvre.com/…)
(4) cf Terreur et possession, enquête sur la police des populations à l’ère technologique, Pièces et main d’œuvre (L’Echappée, 2008)
(5) cf « IBM et la société de contrainte », in L’Industrie de la contrainte, Pièces et main d’œuvre (L’Echappée, 2011)
(6) Libération 10/06/2013
(7) cf L’emprise numérique, C. Biagini (éditions l’Echappée, 2013)
(8) Libération 14/06/2013
(9) Le Monde, 11/06/2013
(10) Libération, 14/06/2013
(11) Id.
(12) Le Monde, 17/11/2012

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Abolition de la carte d’identité !

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« Il ne suffit pas de contester l’informatisation de la carte d’identité. C’est son principe qu’il faut refuser. La carte d’identité est la négation pratique de la présomption d’innocence. Chacun est suspect. Il suffit de refuser un contrôle d’identité ou le fichage génétique pour devenir coupable. La carte d’identité généralise la présomption de culpabilité.

(…)

Pour attribuer une carte d’identité, on consulte les registres d’état civil. Ces fichiers et pièces d’identité reposent sur le même principe policier de suspicion. Ils matérialisent notre assujettissement à l’Etat.

En 1539, François 1er impose la tenue des registres de baptêmes et décès pour renforcer l’emprise royale sur ses sujets (ordonnance de Villers-Côtterets). Depuis, notre sujétion n’a fait que s’accroître avec l’Etat. Consignés dans ses registres d’inventaire, nous ne sommes que ses possessions. Les objets ont des étiquettes ; les citoyens ont leur carte d’identité, à l’étranger leur passeport. Délicatesse : on nous a adjoint un numéro personnel, pour nous mobiliser en temps de guerre et nous soigner en temps de paix. Nous l’aurait-on tatoué que ç’aurait été plus clair.

Il n’y a pas de bon fichier. L’objet de tous les fichiers est de surveiller la population, tenue pour suspecte. »

Mouvement pour l’abolition de la carte d’identité (MACI)

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Contre l’Etat-fouineur

« L’idée qu’un citoyen, qui n’a jamais eu affaire à la Justice de son pays, devrait rester parfaitement libre de dissimuler son identité à qui lui plaît, pour des motifs dont il est seul juge, ou simplement pour son plaisir, que toute indiscrétion d’un policier sur ce chapitre ne saurait être tolérée sans les raisons les plus graves, cette idée ne vient plus à l’esprit de personne. Le jour n’est pas loin peut-être où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d’ouvrir notre portefeuille à toute réquisition. Et lorsque l’Etat jugera plus pratique, afin d’épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser marquer au fer, à la joue ou à la fesse, comme le bétail ? L’épuration des Mal-Pensants, si chère aux régimes totalitaires, en serait grandement facilitée. »

Georges Bernanos, La France contre les robots