Publié dans Articles, Citations

S’organiser sans Etat ni capitalisme : l’exemple de la Coopérative intégrale catalane

graf-4f981« Ils fraudent le fisc pour financer la révolution. Avec un budget de 490 000 euros, la Coopérative intégrale catalane (CIC) tente de construire ses propres « services publics coopératifs » dans le domaine de la santé, du logement, du transport ou encore de l’éducation. Leur but : se passer de l’euro, de l’Etat et des banques. (…)

Ce mastodonte de l’alternative créé en 2010 compte plus de deux mille membres et dispose cette année d’un budget de 490 000 euros dédié à la construction d’un nouveau monde. Ces activistes ne demandent pas de meilleurs retraites, l’instauration d’une taxe carbone ou la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement. Ils ne demandent rien. Et pour cause. « Nous rejetons l’État comme système de contrôle basé sur l’exploitation de l’être humain », expliquent-t-il dans l’Appel à la révolution intégrale qui leur sert de manifeste officieux.

La CIC s’est donné pour logo une fleur multicolore inspirée de la permaculture. Chaque pétale représente une commission et un secteur de la vie (santé, éducation, logement, alimentation, transport, technologie) que la coopérative tente d’extraire des griffes du capitalisme et de l’Etat pour les remettre dans les mains de ses utilisateurs. Ils veulent créer leur propres « services publics coopératifs » gérés par leurs usagers. Exit les politiciens professionnels, les personnes décident de ce qui les concerne lors d’assemblées quinzomadaires ouvertes à tous. Leur but : se passer progressivement de l’euro, de l’Etat et des banques et prouver que « nous pouvons vivre sans capitalisme ». (…)

Un rêve d’adolescents immatures ? Peut-être. Toujours est-ils qu’ils n’attendent pas le grand soir pour commencer à le réaliser. En quatre ans, ils ont financé ou facilité la création de deux logements sociaux coopératifs, d’une école libre, de deux ateliers de machines-outils collectivisées, d’un centre de santé, d’une colonie éco-industrielle qui travaille sur la souveraineté technologique et d’une banque autogérée sans intérêts.

La coopérative a également popularisé des techniques et des machines pour rouler en utilisant le moins possible de pétrole et dynamisé une monnaie parallèle utilisée par deux mille personnes mais aussi un atelier de transformation de produits écologiques, des greniers alimentaires et une centrale de distribution de nourriture biologique couvrant toute la Catalogne. La CIC a ausi permis à une dizaine de communautés de trouver des terres pour s’installer en zone rurale et aide les personnes sur le point de se faire expulser de leur logement à le garder ou à en trouver un autre. »

Lire l’enquête de Reporterre :  http://reporterre.net/Ni-capitalisme-ni-Etat-la

(Deuxième partie : http://reporterre.net/Hors-Etat-et-hors-marche-la)

Publié dans Citations

Repoétiser nos existences (Paul Ariès)

201409251752-fullExtraits de l’entretien accordé par Paul Ariès à la revue Ballast

Déséconomiser, repoétiser nos existences

« Repoétiser nos existences, c’est prendre au sérieux le fait que la crise actuelle est aussi une crise du sens, une crise qui tient autant à la désymbolisation qu’au pic de pétrole. Repoétiser nos existences, c’est soutenir que les solutions sont du côté des dimensions non-économiques de nos existences actuellement écrasées par les logiques dominantes. Repoétiser nos existences, c’est aussi changer notre langage politique, c’est se souvenir de ce que fut la place des poètes aux heures les plus sombres de l’Histoire. Nous avons besoin aujourd’hui d’une parole qui ne soit pas d’abord celle de l’économisme, nous avons besoin de profondeur, de passion, d’étonnement, de décolonisation de nos imaginaires. »

« nous considérons que le grand combat pour le XXIe siècle n’est pas la défense du pouvoir d’achat monétaire mais la défense et l’extension de la sphère de la gratuité du service public. C’est une façon de commencer à déséconomiser et à décapitaliser nos existences, c’est une façon de renouer avec la logique du don et du contre don, contre la logique de la marchandisation. Il ne s’agit donc pas d’opposer la totalité aux fragments mais de constituer une masse critique. Il s’agit d’apprendre à, (re)penser autrement les rapports de l’Universel et du particulier. L’Universel se trouve dans chaque particulier mais ce n’est bien sûr pas toujours le même. Lorsque EELV milite pour la taxation des ordures ménagères en fonction du tonnage, les technocrates verts choisissent une écologie libérale contre une écologie populaire… Nous sommes, nous, du côté des relocalisations contre les délocalisations, du ralentissement contre le culte de la vitesse, de la coopération contre l’esprit de concurrence, de la planification écologique contre le, tout-marché, de la gratuité contre la marchandisation, etc. »

Se libérer de la foi béate dans le Progrès

« Je crois que nous devons nous libérer de la foi béate dans le Progrès (économique, technique, etc.) pour apprendre à différencier ce qui relève de la conservation (des conditions de la vie) et ce qui relève de la réaction (notamment religieuse). (…) La réaction est tout ce qui défend les intérêts matériels et moraux des possédants/dominants. Je suis adepte du pachamamisme, car si le système soumet la nature aux lois de l’économie, il s’agit bien de soumettre l’économie aux lois du vivant – voilà ce qu’est pour moi la conservation. J’ai montré aussi dans mon dernier ouvrage, Écologie et milieux populaires, les modes de vie populaires au secours de la planète, que les gens ordinaires ont un bilan carbone bien meilleur que les riches et même que beaucoup d’écolos déclarés, car ils possèdent encore d’autres rapports au travail, à la consommation, à l’espace, au temps, aux loisirs, à la maladie, au vieillissement, à la mort, donc à la vie. C’est tout cela qu’il faut conserver/développer. Nous serons en droit de désespérer lorsque les modes de vie populaires se seront éteints totalement. Tant que les gens du commun ne sont pas que des riches auxquels ils ne manqueraient que l’argent, il y a de bonnes raisons d’espérer. Conserver c’est aussi bien sûr transformer. Il ne s’agit surtout pas d’idéaliser le passé : la télévision nous décérébralise, mais la religion hier, aussi. »

Partir du quotidien, non des grandes questions abstraites

« il nous faut plus de démocratie, une démocratie réelle… pas la démocratie seulement électoraliste actuelle, une démocratie des citoyens, mais aussi une démocratie des usagers maîtres de leurs usages, une démocratie qui se dote des moyens d’entendre ce que dit le peuple, une démocratie qui parte du quotidien, de l’ordinaire. Faire de la politique à partir des grandes questions abstraites, c’est faire de la politique du point de vue des dominants. »

Fabriquer des petits morceaux d’un autre monde, joindre l’insurrection des existences à l’insurrection des consciences

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche (…) qui multiplie les expérimentations individuelles, collectives, institutionnelles, qui réinvente un syndicalisme à bases multiples, un socialisme municipal, une économie solidaire et sociale. Ce dont nous avons besoin, c’est de fabriquer du réel, des petits morceaux d’un autre monde, avec l’espoir qu’ils atteignent une masse critique permettant de basculer vers une autre société. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche maquisarde, d’une gauche rebelle, d’une gauche inventive, créative, d’une gauche buissonnière qui sache faire école. Ce dont nous avons besoin, c’est à la fois d’investir les marges mais aussi d’ouvrir des zones extérieures au-dedans du système. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche qui choisisse l’homo-ludens contre l’homo-faber, une gauche qui n’est de cesse de créer du réel, de fabriquer des communs, d’étendre la sphère de l’amitié ; d’une gauche qui guérisse l’humain des blessures capitalistes de la sensibilité, qui reconnaisse le droit à l’intensification et au raffinement du sensible, d’une gauche qui en finisse avec le vieil idéal antique de l’ataraxie, qui choisisse d’être du côté de ce qui dérange, de ce qui excède. Ce dont nous avons besoin, c’est aussi de concevoir autrement nos engagements et nos organisations, c’est d’en faire des lieux de libre circulation de la parole, plutôt que des instruments de conquête du pouvoir, c’est d’en finir avec un militantisme rébarbatif, excluant le plus grand nombre, n’offrant que des formes de jouissance masochiste ; ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche comprenant que le monde de demain ressemblera déjà à ce que nous sommes capables de vivre entre nous, d’une gauche qui sache donner envie de changer de vie, d’une gauche qui comprenne que le désir de socialisme dépendra de la capacité collective à inventer un socialisme du désir, du grand désir de vie, un socialisme de la jouissance d’être, un socialisme qui dise que l’événement a déjà eu lieu, que non seulement la planète est déjà assez riche pour faire vivre tous ses enfants, mais qu’un autre socialisme se cherche, qu’il existe déjà même si nous ne savons plus le voir.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle pensée, de nouveaux concepts, ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche populaire centrée sur les gens modestes et de nouveaux modes de vie, ce dont nous avons besoin, c’est de prendre au sérieux que « résister c’est créer » et « créer c’est résister », ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche qui chemine pour ne plus « utopiser à l’infini », d’une gauche qui marche vers l’eutopie, le pays du bonheur, d’une gauche qui sache que ce bon lieu restera inaccessible tant qu’elle ne joindra pas l’insurrection des existences à l’insurrection des consciences ; ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui sache que ce bon lieu restera inaccessible tant qu’elle ne tirera pas toutes les leçons du passé, tant qu’elle n’aura pas compris qu’elle ne pourra être du côté de l’abondance passionnelle de la vie, si elle ne repose pas d’abord sur un surcroît de démocratie, si elle ne prend pas au sérieux le fait que la vraie démocratie c’est toujours de postuler la compétence des incompétents, si elle ne rend pas la parole au peuple, si elle ne fait pas de la démocratie participative un vrai contre pouvoir, si elle ne mobilise pas l’expertise citoyenne contre l’expertise dominante, si elle ne met pas en place des évaluations publiques et contradictoires. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui sache parler au cœur et aux tripes, d’une gauche qui sache tenir le discours de la passion autant que celui de la raison et davantage que celui de l’intérêt. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un retour de la morale en politique, c’est d’en finir avec les modèles verticaux, c’est d’admettre que les gens sont moins idiots qu’angoissés, qu’ils sont moins abrutis que blessés dans leur sensibilité ; ce dont nous avons besoin, c’est d’un nouvel internationalisme pour en finir avec l’occidentalocentrisme, c’est d’entendre ce qui émerge ailleurs sur la planète, c’est d’accepter de repenser un nouveau contrat avec la nature qui rompt avec l’anthropocentrisme. »

http://www.revue-ballast.fr/paul-aries-politique/

Publié dans Citations, Conférences, entretiens, Vidéos

Principes et atouts de la désobéissance civile (Xavier Renou)

Dans cette conférence Xavier Renou expose les principes et les atouts de la désobéissance civile. Il soutient l’idée que la désobéissance civile et les actions directes non-violentes sont les plus efficaces pour lutter contre les injustices, les oppressions, les destructions.

***

POURQUOI IL FAUT RENONCER A LA VIOLENCE

« Nos adversaires sont violents. Ils ont des juges, des policiers, des prisons, des mercenaires et des armées. Une puissance de feu colossale, dont ils n’hésitent pas à se servir lorsque la colère gronde. Les plus grands crimes ont toujours été commis par les Etats, et les pseudo démocraties ne sont pas en reste. (…)

Si l’adversaire est violent, faut-il adopter les mêmes moyens que lui, en pariant sur notre capacité à réunir des forces suffisantes pour opposer une violence plus grande que la sienne ? Non ! (…)

Les raisons de rejeter la violence sont nombreuses. Rappelons d’abord quelques évidences d’ordre tactique.

D’abord il faut demander à ceux qui préconisent le recours aux armes, ou même la violence plus modérée des affrontements ponctuels avec la police à coup de pavés et, plus rarement de cocktails Molotov, comment il compte gagner quoique ce soit avec un rapport de force aussi défavorable. Ils ne pensent évidemment pas que c’est en tuant ou en effrayant quelques policiers qu’on tue la fonction policière, que c’est en tuant tel ou tel grand patron qu’on élimine les mécanismes sociaux qui amènent un individu à se faire exploiteur pour survivre dans la jungle de la concurrence. S’agit-il de convaincre d’autres secteurs de la population de rejoindre les barricades ? La vertu exemplaire de l’émeute n’a pas été démontrée à ce jour, ni surtout sa capacité à construire une alternative à ce qu’elle combat. (…)

Tactiquement, au moins dans un contexte de pseudo démocratie, la violence peut s’avérer contre-productive.

Elle est d’abord, et ce n’est pas le fruit d’un quelconque complot médiatique, très mal comprise des populations. (…)

De surcroît, et l’on peut y voir cette fois le fruit d’intérêts concertés, le caractère hyper spectaculaire, relativement choquant et parfois confus ou peu lisible (notamment dans le cas des violences des militants autonomes) des manifestations de violence politique facilite évidemment la dépolitisation et la décontextualisation de ces violences. Dans les comptes rendus qu’en feront journaux et commentateurs dominants, on préférera faire semblant d’oublier que la violence a toujours accompagné les explosions de colère sociale, et qu’hier comme aujourd’hui les gens de pouvoir ont toujours cherché à disqualifier la dimension politique de ces violences en les essentialisant, en décrivant leurs auteurs comme des infra-humains, « vermine » ou « foule irrationnelle » hier, « casseurs » ou « extrémistes » aujourd’hui. (…)

La violence comporte en outre plusieurs effets pervers.

Notre société repose sur un certain nombre de dominations utiles à la division du travail capitaliste comme à la légitimation de l’inégale répartition des richesses. Au nombre de ces dominations on compte évidemment la domination sexiste, qui date certes de bien avant l’avènement du capitalisme mais s’est trouvée renouvelée par lui. Aujourd’hui, la construction de l’identité sociale et psychologique du petit garçon passe toujours pour partie par un rapport privilégié à la violence, qui le fait s’identifier à tel ou tel héros violent et régler une partie de ses conflits personnels par des démonstrations diverses et variées de force virile. On lui commande de montrer toujours plus de courage, de dissimuler ses faiblesses, de savoir jouer des poings, d’inscrire son rapport au monde dans une logique de possession et de domination, etc. Dans un tel contexte, la violence politique risque bien de renforcer davantage ses travers intimes en amplifiant au sein du groupe militant un sexisme déjà bien présent dans les rapports humains ordinaires. La violence, du fait des compétences physiques et sportives qu’elle requiert, de la logique autoritaire qu’elle implique (discipline, hiérarchie, rigueur de l’entraînement, sévérité des punitions), du rapport intime qu’elle entretient avec la mentalité masculine telle que façonnée par une société sexiste, risque fort de favoriser, d’amplifier même la domination sexiste des militants masculins sur leurs camarades. Elle exclura aussi les plus faibles et les plus âgés des militants, dont les compétences et l’énergie auraient pourtant trouvé à s’employer avantageusement si le choix de la non-violence avait été fait.

On l’a dit, la violence tend à effrayer l’opinion publique, le passant, le voisin, qui craint pour sa vie, pour ses biens, et risque de ressentir de la compassion pour celui qui se trouve la cible de la violence des dominés. Or si le combat est déjà très inégal au départ, du point de vue du nombre comme des armes disponibles dans le camp des révoltés, il est forcément contreproductif de se couper de la population qui doit justement fournir les militants qui manquent encore à la lutte. On ne gagnera pas seuls ! (…)

Quel effet produit la violence sur nos adversaires, ceux qui sont visés par elle ? La peur, la colère, la haine, le désir de vengeance… et du coup, l’oubli des conflits internes, des contradictions latentes, des intérêts divergents, au profit d’une nouvelle cohésion, d’une plus grande solidarité, et du resserrement des rangs entre policiers, soldats et autres agents de base de la répression, et leurs maîtres. Dans ce schéma, nulle place pour la moindre solidarité entre « prolétaires en uniforme » et « prolétaires sans uniformes »… donc nul espoir de voir nos maîtres tomber de leur piédestal : pour que le changement advienne, il faudra pourtant qu’une partie de nos adversaires rejoigne notre camp. En les menaçant de la plus grande violence, on ferme la porte à tout rapprochement, on s’interdit donc de bénéficier de ces petits gestes complices en provenance d’insiders, de personnes qui appartiennent au camp adverse mais ne s’y sentent plus à leur aise et commencent à changer eux-mêmes…

La violence est moralement problématique

D’un point de vue moral cette fois, et face à l’idée selon laquelle « la fin justifie les moyens », les partisans de la non violence active estiment quant à eux que la fin est dans les moyens. Des moyens par trop contraires aux principes au nom desquels on combat corrompent la sincérité des militants, entachent d’illégitimité les fins recherchées, et détournent une partie de l’opinion et des milieux militants. Il nous faut être d’autant plus cohérents que nous dénonçons justement l’incohérence structurelle de nos adversaires, en montrant que leurs discours et manières bien lissées dissimulent des pratiques odieuses.

La violence ne permet pas le retour en arrière. Ses dégâts, contrairement à ceux des non violents, sont irréversibles : on ne fait pas revivre un patron assassiné, pas plus que l’on ne rend ses jambes à un policier qu’un mauvais coup enverra sur une chaise roulante. Accepter d’infliger ce type de dégâts signifie que l’on s’érige en juge infaillible de ceux que l’on vise. Les non violents refusent de juger tel ou tel être humain qui incarnerait provisoirement, à leurs yeux, la figure de l’adversaire. Nous ne savons pas vraiment ce qui nous a fait tels que nous sommes aujourd’hui, militants progressistes en lutte contre telle ou telle injustice. Ce dont nous sommes sûrs, c’est que ce n’est pas le seul fruit de notre volonté : nous serions alors bien plus nombreux ! Nous ne savons pas davantage pourquoi notre adversaire du moment est devenu tel qu’il est. Ou plutôt, si, nous savons très bien pourquoi un individu peut être amené à faire tel ou tel choix, adopter tel comportement ou tel système de valeur, défendre tel intérêt ou suivre telle déviance. Nous avons des outils sociologiques, psychologiques, statistiques, des études anthropologiques, ethnologiques, culturalistes, post-coloniales… qui nous informent sur les raisons des comportements humains, et leur autonomie toute relative. Nous savons grâce à elles que nous sommes tous profondément déterminés par les conditions sociales qui nous sont faites, notre environnement de vie, les structures économiques et culturelles, le parcours de nos parents, etc. et que nous ne choisissons pas, ou si peu, nos « destins sociologiques ». Devenir délinquant lorsqu’on naît dans un quartier populaire sans perspectives d’émancipation n’est pas moins surprenant que de devenir un grand patron lorsque l’on est né dans un milieu privilégié qui vous a transmis un capital, et une vision du monde. Et comment d’un côté comprendre le dominé qui trouve dans la déviance un exutoire à sa frustration en même temps qu’un moyen d’élévation sociale, et juger de l’autre le grand patron qui suit un semblable processus d’adaptation à un système de contrainte économique qu’il n’a pas davantage choisi, et qui l’amène à s’affranchir progressivement de toute considération sociale ou environnementale pour ne plus songer qu’à l’impératif de compétitivité, l’augmentation des marges bénéficiaires de l’entreprise et l’enrichissement des actionnaires ? La non violence permet de ne pas oublier que si le mal, la cupidité, l’égoïsme, s’incarnent dans les actes de personnes de chair et de sang, on peut combattre sans haine et sans violence, en refusant de juger au nom d’une posture de pureté usurpée. Qui en effet peur se targuer d’être en parfaite cohérence avec ses principes, et dans tous les domaines, de vivre ses idées jusqu’au bout et sans compromissions ? Où est celui ou celle qui a cessé de payer des impôts (et de consommer des produits frappés de TVA) pour ne plus financer les camps de rétention, les prisons, les guerres et les subventions à l’agriculture d’empoisonnement et aux entreprises irresponsables ? Qui a cessé de travailler, et de consommer, pour ne plus servir l’économie marchande et ses gaspillages, et jeté son véhicule motorisé, ainsi que tout objet de haute technologie mais tout vêtement industriellement produit pour ne plus dépendre des matières premières et des hydrocarbures arrachés dans la plus grande violence aux pays du Sud ? Qui peut dire qu’il utilise absolument tout son temps pour défendre à la fois l’environnement et la paix, l’égalité sociale et celle des genres, le bien être des animaux et la liberté de la culture ? Celui-là seul pourrait se permettre de juger les autres, et de les sanctionner… mais il n’existe pas ! On pourrait dire, en paraphrasant un non-violent célèbre, « que celui qui n’a jamais fait de compromis avec ses valeurs leur jette la première pierre ! ».

S’il est parfois nécessaire d’individualiser les responsabilités, de cibler telle ou telle personne dans nos attaques, parce qu’elle est plus responsable que d’autres, ou qu’elle représente un maillon faible chez nos adversaires, nous n’oublions jamais que les oppressions que nous subissons ne se résument pas à quelques individus qu’il s’agirait d’empêcher de nuire. Nous nous en prenons à la fonction sociale de l’adversaire, jamais à sa personne en tant que telle, ou seulement symboliquement. La personne humaine est toujours respectable, quelle qu’elle soit.

Au refus de s’ériger en juges infaillibles s’ajoute une dernière raison de renoncer à infliger des dégâts, ceux de la violence, qui seraient irréparables : le non violent sait aussi combien il est facile de se tromper, de s’aveugler, surtout quand la violence de l’adversaire produit autour d’elle de la haine, de la peur ou du désespoir. La non violence permet aussi le doute, et la réparation des erreurs éventuelles. »

 LES GRANDS PRINCIPES DE LA DESOBEISSANCE CIVILE ET DE LA NON VIOLENCE

« Objection de conscience et non coopération

Au début, il y a toujours une révolte individuelle devant une oppression quelconque, la prise de conscience que quelque chose est par trop contraire aux valeurs que l’on porte, à notre sentiment du bien ou de l’intérêt général. L’objecteur de conscience va alors chercher le moyen de changer les choses dans un sens plus conforme à ce que lui commande sa conscience. Mais il ne prendra véritablement cette appellation que s’il décide de ne plus se faire le complice actif ou passif de ce qui le heurte. S’il décide par exemple de démissionner d’un emploi dont les conséquences humaines lui semblent inacceptables, ou d’informer des porte-voix, à l’extérieur, qui dénonceront tel ou tel scandale dont il est le témoin. S’il refuse d’appliquer une consigne qui lui semble aberrante. S’il déjoue la logique de l’institution, dans le secret de son bureau, pour mieux défendre ce qu’il croit juste.

C’est cette logique de non coopération avec l’oppression qui fait du sujet conscient un acteur, et qui prépare celui-ci au passage à la désobéissance civile, qui n’en est que le prolongement à la fois collectif et assumé publiquement.

Vérité et témoignage

Au cœur de l’action non violente, tout prêt de cette notion de conscience que l’on vient d’analyser, il y a la conviction que le désobéissant est au service de la vérité – Gandhi parlait du Satyâgraha, le chemin de la vérité – et que celle-ci finit toujours par triompher. C’est évidemment le sentiment d’avoir raison qui pousse le militant à agir, et lui fait croire qu’il sera bientôt rejoint par l’ensemble de la population. Mais c’est aussi parce qu’il sait pouvoir se tromper, ou craint d’avoir raison trop tôt, qu’il s’interdit (…) tout acte violent dont les conséquences seraient irréversibles.

En attendant, le désobéissant, en portant sa cause sur le devant de la scène publique, au travers d’actions directes non violentes qui peuvent prendre la forme d’actions de désobéissance civile, porte témoignage de la conscience du monde dont il est assurément l’une des expressions au moins. Par ses actions, et avec ses camarades, il adresse un message simple à ses concitoyens, à ses adversaires, et aux générations futures : « nous n’aurons pas tous été complices de l’abjection ! »

Dans le même temps, il rend publique l’information qui va donner à tous la possibilité de désobéir à leur tour. (…)

Responsabilité

Une dimension essentielle de la non violence active, et de la désobéissance civile en particulier, est l’appel à la responsabilité de l’individu. C’est l’inverse de la logique de l’acte violent qui implique souvent une division du travail entre leaders et suiveurs, une logique de petits soldats obéissants. Dans la désobéissance civile, chacun a décidé de suivre d’abord sa conscience. Cette conscience, pour s’exercer librement, doit être pleinement informée des risques juridiques et personnels liés à l’action, comme des objectifs politiques recherchés. Personne n’ira à votre place en prison, il est donc impératif de savoir si la motivation politique est suffisamment forte pour accepter un tel risque pour soi. Et en même temps, c’est ce risque même de sanctions qui force à la responsabilité en écartant les motivations fragiles, les initiatives un peu folles comme le choix d’actions dont les conséquences ne seraient pas proportionnelles aux menaces qu’elles prétendent combattre.

Il n’est donc pas question de chefs, d’ordre donnés, ni de meneurs et d’exécutants. Mais il y a bien une répartition des tâches en fonction des compétences de chacun (et tout le monde trouvera sa place, parce qu’on a besoin de toutes les compétences) et des risques que chacun est prêt à assumer au vu de sa situation sociale et familiale. Le groupe affinitaire qui va mener l’action est une république des égaux dont le principe est « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », mais dont les actes sont assumés publiquement : la clandestinité n’est pas propice à l’exercice serein de la responsabilité. La désobéissance civile se mène au grand jour, elle fait de l’opinion son juge en se présentant comme l’acte ultime que des citoyens conscients de leurs obligations morales ont décidé d’accomplir pour défendre le bien commun.

Défense du bien commun

La désobéissance civile implique en effet la défense d’un intérêt qui dépasse l’intérêt strictement individuel de celui qui la pratique. Elle tire une partie de sa légitimité du fait qu’elle affirme défendre justement l’intérêt général contre des pratiques, une politique, des lois qui le contrediraient. Ce bien commun, c’est l’ensemble des richesses (l’eau, l’air…) et des droits (l’éducation, la santé, la culture…) qui doivent échapper à toute logique d’appropriation privée comme d’échange marchand.

Collectif

La désobéissance individuelle devient civile lorsqu’elle se fait collective. En effet, puisqu’il s’agit de défendre un bien commun, le caractère collectif de l’action, ajouté au fait qu’elle est assumée publiquement, avec les conséquences judiciaires que cela implique, présente en quelque sorte la garantie qu’elle n’est pas menée pour la seule défense d’intérêts privés, comme le serait une action délinquante. Bien entendu, la dimension collective permet aussi une plus grande protection des désobéissants : ceux-ci seront d’autant plus efficaces et capables de résister à la répression qu’ils seront nombreux à agir dans le même sens.

Empathie et plaisir

C’est sans haine et sans colère, dans l’empathie et en prenant du plaisir au passage s’ils le peuvent que les désobéissants agissent contre leurs adversaires. L’empathie, se mettre à la place de son adversaire, dans sa peau en quelque sorte, est une notion fondamentale de l’action non violente. Cela peut être utile d’un point de vue tactique, en permettant de prévoir quelque peu comment l’adversaire va répondre à nos initiatives. Mais c’est d’abord et principalement une dimension fondamentale de l’action non violente, le rappel que nous appartenons tous à une commune famille, l’Humanité, et que la société qui pousse le frère contre le frère, et la sœur contre la sœur est la seule responsable du conflit. Encore une fois, nous n’agissons pas en coupeurs de têtes mais en frères humains conscients de leur devoir d’agir contre d’autres frères humains également victimes des effets structurels de nos sociétés inégalitaires.

L’empathie impliquant le respect de l’adversaire en tant que personne humaine, facilite d’autant la propension qu’aura l’adversaire à céder plus vite en acceptant de s’asseoir à la table des négociations. Oui, même dans les situations de guerre, c’est toujours entre adversaires que l’on négocie les armistices. Plus la haine, la peur et la violence auront été prégnants, plus tardif sera le moment de la négociation. Or si l’on ne maîtrise pas le degré de haine que nous portera l’adversaire, on peut de notre côté limiter les signaux agressifs émis à son intention, et faire abstraction autant que possible de la colère qu’il nous inspire (nous sommes aussi des êtres d’émotions et de sentiments évidemment) en adoptant à son égard une attitude ouverte, respectueuse et non dénuée de pédagogie. Toujours expliquer ses raisons, communiquer sur ses intentions, tout en conservant le sourire et un ton et un vocabulaire polis, mais fermes.

Et puis (…) si la violence soude l’adversaire, la non violence le divise au contraire, en entrouvrant la porte qui permet à celui-ci de changer de camp, ou tout au moins de faire un geste en faveur des militants et de leur cause. Elle réduit le « coût » de la conversion, puisque l’individu sait qu’il ne sera pas jugé, encore moins menacé, mais accepté en frère dont on pardonnerait qu’il se fut égaré quelques temps, puisqu’il est désormais des nôtres. (…)

Le plaisir, s’il n’est pas l’essentiel de l’action, en représente néanmoins une composante majeure. Il y a d’abord la « fraternité des armes » qui pour les non violents prend la forme d’une convivialité militante rendue possible par la fréquentation régulière de son groupe affinitaire, le partage d’émotions fortes, la très grande confiance permise par les briefings et débriefings qui bornent les actions, les liens tissés avec tels ou tels camarades à qui l’on doit de fières chandelles, etc. Il y a également le plaisir de la transgression, puisque l’action conduit l’activiste à occuper des lieux interdits, à bloquer ce qui ne saurait l’être, à s’inviter là où on l’attend le moins, à montrer en toute circonstance que le roi est nu. Ajouté au sentiment d’agir concrètement, d’être enfin efficace d’ajouter sa pierre, même modeste, à l’édification d’un rapport de force qui met dans l’embarras des adversaires qu’on croyait tout puissants, et le plaisir devient brûlant et addictif… Ce faisant, il rend plus fort l’individu, et son groupe, et aide à tenir tout au long de la campagne menée, action après action, jusqu’à la victoire finale… »

lr10_2148341_1_px_640_

 OBJECTIFS ET RÉPERTOIRE DE L’ACTION NON VIOLENTE

« L’action directe peut viser des objectifs divers, en fonction de ce que votre analyse stratégique (…) a identifié comme étant le point faible principal de l’adversaire, ce à quoi l’adversaire est le plus sensible. Il s’agit presque toujours de lui faire perdre du pouvoir ou de l’argent, ce qui revient souvent au même, et pour ça, de perturber, occuper ou fermer des lieux de pouvoir ou de production, ou les zones de transit entre chacun d’eux (par exemple les déplacements de ministres ou les transports de marchandises, les télécommunications ou les pylônes de lignes à Très haute tension, etc.). On peut aussi s’en prendre à la réputation de son adversaire, pour convaincre ses électeurs ou ses consommateurs de se détourner de lui. Se faisant, on le pousse à la faute, parce qu’il est davantage préparé aux réactions violentes, ou au contraire, strictement respectueuses de la légalité, de ses victimes, qu’aux actions directes non violentes. (…)

 Pour sensibiliser le public

Beaucoup d’actions ne visent qu’à informer, sensibiliser, éduquer l’opinion publique. Elles sont surtout des opérations de communication, de la pédagogie en acte à destination du public témoin de l’action ou de la population plus globalement, si l’action en question est couverte par les médias. (…)

Action théâtrale. Au minimum, il s’agit d’organiser un tableau vivant, avec des déguisements et un décor le cas échéant, pour faire passer un message. Le die in (les militants font les morts) en constitue un bon exemple. Un degré au-dessus, le « théâtre tract », met en scène ce qu’il dénonce. C’est par exemple le cas d’un procès théâtral. Si vous sollicitez en plus la participation des spectateurs, en les invitant par exemple à modifier la scène que vous venez de jouer pour résoudre le problème (pour faire reculer l’oppression), vous êtes dans le registre du « théâtre forum ». Si au contraire les spectateurs ne savent pas qu’il s’agit de théâtre, et croient par exemple assister à une scène réelle (par exemple, vous simulez une arrestation d’un sans papier dans une gare, avec des militants qui jouent les policiers et d’autres les sans papiers), vous entrez dans le registre du « théâtre de l’invisible », arme très drôle et très puissante pour perturber un dispositif et créer un moment politique et subversif là où il n’y avait que conformisme et obéissance.

Action clown. Il peut s’agir de résumer l’intervention d’un militant devant un public, ou celle d’un adversaire, en utilisant les outils du clown, la caricature et l’humour notamment. On parle alors de « clown analyse ». On peut aussi moquer l’adversaire, en prétendant s’en faire le partisan, mais de manière ridicule, outrancière, et qui aide à comprendre mieux ce que l’on dénonce en réalité. Dans ce cas, on va essayer par exemple d’aider notre adversaire, en l’imitant le plus maladroitement possible. Et naturellement on va lui donner de l’amour, et du coup on cherche à l’embrasser, etc. C’est le « clown activisme », qui peut à l’occasion se montrer désobéissant, lorsqu’il s’agit de franchir en clown un barrage de police, par exemple.

Pour ternir la réputation. Ces actions visent à dire la vérité de l’adversaire, montrer son vrai visage, mettre en lumière son double discours, ses pratiques secrètes, etc. Jusqu’à parvenir à détourner de lui les électeurs, les clients, les partenaires commerciaux, les amis politiques, etc. Une fois abandonné par tous ceux qui ne voudront pas être éclaboussés par la réputation sulfureuse de votre adversaire, celui-ci sera désormais vulnérable aux poursuites devant les tribunaux.

Harcèlement démocratique (Name and shame). Des militants suivent leur adversaire dans tous ses déplacements (ou, s’il s’agit d’une entité, sont présents devant ou dans les lieux de l’adversaire, comme les guichets de telle administration devenue hostile aux pauvres ou les magasins de telle grande marque), et dénoncent ses turpitudes en toutes circonstances ; entartages ; zaps (arrosages de liquide couleur sang).

Remise de prix du pire. Vous organisez et médiatisez une cérémonie, avec remise du trophée aux gagnants (comme il y a les Y’a bon awards, pour le racisme, les Big Brother awards pour la suppression des libertés…).

Présences symboliques et continues. Des vigies devant les lieux de l’adversaire, assorties de masques, de chansons, de veillées aux bougies. Des cercles silencieux ou pas, des marches aux flambeaux, une scène de crime à l’américaine, tracée avec de la rubalise… Des sit in, read in (lectures publiques), teach in (des cours gratuits et ouverts à tous), kiss in (on embrasse les passants), sleep in (on dort devant chez l’adversaire) ; des banderoles suspendues régulièrement au-dessus des lieux de vos adversaires…

Pour contester la légitimité. Ces actions consistent à prendre la place de l’autorité, ou de l’institution qu’on considère illégitime, et de manière symbolique ou non.

Elections parallèles. Organiser un référendum d’initiative populaire, ou une nouvelle élection, mais sur la place publique et sans le concours des autorités (par exemple pour faire voter les étrangers privés de ce droit) ; boycott des élections, abstention et vote blanc (assortis d’explications publiques !).

Décisions politiques de rupture. Arrêtés municipaux anti-OGM, parrainages de sans papiers, célébration de mariages d’homosexuels, déclarations d’indépendance, opération Ville mort ; mises en scène de démissions collectives ; demandes d’asile à d’autres pays ; renoncement à sa nationalité…

Désobéissance juridique. Refuser de payer l’impôt, porter des symboles interdits, créer une chambre d’agriculture militante en violation du monopole des chambres d’agricultures, héberger des sans papiers (délit de solidarité), fabriquer et distribuer une monnaie parallèle, usurper des sceaux administratifs, refuser de se laisser arrêter…

Destructions politiques. Brûler des papiers administratifs ou des drapeaux en public, opérer des atteintes symboliques (coupes, peinture…) sur les représentations du pouvoir, comme les statues ; déchirer des documents d’enquêtes publiques bidons…

Actions symboliques de rupture. Débaptiser une rue, un monument, des panneaux de signalisation ; replanter, semer là où doit passer une autoroute ; reconstruire sur des terres qui doivent être expropriées pour un projet odieux ; vomit in (assister à un conseil général, par exemple, et se forcer à vomir quand une décision odieuse est prise) ; refuser un honneur (la remise d’un prix ou d’une médaille) ; déverser des prospectus publicitaires, du fumier ; jeûner publiquement.

Mise en danger de soi-même. Grève de la faim, de la soif. Inspections citoyennes de tirs nucléaires.

Usurpation civile. C’est l’étape ultime de la désobéissance civile, lorsque les désobéissants se constituent en pouvoir parallèle dont les décisions sont suivies par tous. C’est la logique de ce qu’on appelait autrefois les « conseils ouvriers », ou soviets, et de l’autogestion bien sûr.

Pour faire perdre du temps et/ou de l’argent. C’est en définitive ce qui motive le plus nos adversaires, même quand ils sont des élus : l’argent. Touchez à leurs rentes, à leurs marges bénéficiaires et vous les verrez céder à un moment ou à un autre…

Grèves. Grève sauvage ou générale, grève horaire (débrayages ponctuels ou réguliers), tournante/perlée, grève du zèle, grève avec occupation, grève active (quand on fait tourner les machines, mais pour le compte des ouvriers !), grève des cadences (on travaille lentement).

Occupations. De magasins, d’administrations, de sièges d’entreprises, de terres agricoles, de logements vides, de pylônes de lignes à très haute tension…

Blocages. De chantiers, de bulldozers, de chaînes de montage, de caisses de supermarchés, de guichets, de gares, de trains de déchets nucléaires, de navires de marchandises (leur arrivée, leur déchargement), de toilettes d’aéroport ou d’entreprise ; blocage d’arrivée ou de sortie de déchets ou du courrier ; blocages de l’eau ou des approvisionnements (nourriture…) destinés à un sommet des maîtres du monde ; blocage des clients, des fournisseurs, achat de terres visées par tel ou tel projet nuisible ; blocage de la circulation du courrier ; blocage des centres de télécommunication ; saturation des standards téléphoniques, des services de courrier, des guichets, des fax et boîtes mails ; paiement en plusieurs fois des taxes et amendes, paiement avec des erreurs délibérées et minimes, comme des montants dépassant de quelques centimes, et qui obligent à des manipulations longues et coûteuses pour l’adversaire ; coupures d’électricité, du téléphone, de l’Internet…

Perturbations. Interruptions de colloques, de conseils régionaux/généraux/municipaux : on peut par exemple applaudir en permanence pour empêcher une prise de parole ; intrusions dans des conseils d’administration, des assemblées générales d’actionnaires, ou sur des sites militaires ; perturbations diverses (pièces de machine qui se perdent, papiers importants qui s’égarent et se mélangent) qui obligent l’adversaire à augmenter les dépenses de sécurité ; suppression de panneaux indicateurs (mais il y a le GPS maintenant !), de noms de rues, de noms sur les boîtes aux lettres.

Réappropriations. Opérations péage/train/métro gratuits ; pique-nique gratuits dans les supermarchés ; expropriations de biens dans les usines en grève ; auto réductions de loyers, de prix de ventes ; grève des loyers ; non remboursement des crédits ; zone d’autonomie temporaire : on s’approprie un lieu public ou privé qu’on déclare autonome et gratuit, libertaire et ludique ; réquisitions de logements vides…

Neutralisations. Fauchages de champs OGM, déboulonnages de panneaux publicitaires, extinction d’enseignes lumineuses, démontages de restaurants Mac Donald, empêchements d’expulsions, libérations d’animaux en captivité, empêchements de chasses à cours…

Boycotts. Journée sans achats, boycotts ciblés (produits israéliens, produits avec OGM…), retrait des sous de nos comptes bancaires, boycotts d’événements publics, sportifs, culturels ; politique de la chaise vide ; tourner le dos à son adversaire ; garder le silence face à son adversaire, en refusant de lui parler… »

Xavier Renou, Petit manuel de désobéissance civile

 

***

Plus d’informations sur les activités du collectif des Désobéissants : http://www.desobeir.net

Quelques ouvrages pratiques sur la désobéissance : http://lepassagerclandestin.fr/catalogue/desobeir.html

***

A voir aussi le documentaire « Les nouveaux désobéissants »

Publié dans Articles, Films, documentaires, Vidéos

ZAD de Sivens : la lutte n’est pas finie !

La ZAD de Sivens trois jours après expulsion, 09 mars 2015

« Sivens, pas plus que les autres Zad, ce n’est pas fini. Le mouvement des Zad est un enjeu crucial de l’époque, et le courage de ceux qui s’opposent aux destructeurs du monde est exemplaire. »

« Depuis des mois, à Sivens, zadistes et associations tentent d’alerter sur les collusions entre le pouvoir politique, l’agrobusiness et le maintien de l’ordre. Après l’homicide par la gendarmerie, en octobre dernier, d’un jeune écologiste, Rémi Fraisse, les occupants de la Zad et les opposants au projet de barrage ont subi, au quotidien, les agressions des pro-barrages organisés en véritables milices, sous l’oeil passif des « forces de l’ordre »

Expulsés de la zone à défendre puis des communes environnantes, zadistes et militants n’en ont pas pour autant disparu. C’est là une des forces des Zad. Insaisissables, elles peuvent se désagréger sans dommage, pour se recomposer dans un autre espace temps. »

« Après la décision du Conseil Général du Tarn de construire un barrage sensiblement similaire au projet initial, la lutte est loin d’être finie pour les opposants. Et la « deuxième mi-temps » pourrait reprendre avec le « Printemps de Sivens », deux jours de mobilisation populaire attendus les 25 et 26 avril.

Comment voient-ils la situation ? Comment envisagent-ils la suite ? Rencontres avec des militants, trois jours après leur expulsion de la zone à défendre.

http://reporterre.net/Les-zadistes-de-Sivens-Rien-n-est

*

« Sivens, pas de barrage », un petit film qui revient sur les motifs de la lutte et sur la violence injustifiable dont ont fait preuve l’Etat et sa police à l’égard des opposants – qui a coûté la vie à Rémi Fraisse -, et qui défend la nécessité de désobéir aux projets injustes et destructeurs.