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Je suis contre la violence

violences policières lille 31 mars 2016

Je suis contre la violence des bandes casquées qui jettent des projectiles détonants. Chaque jour qui passe, elles agressent, tabassent, blessent, parfois grièvement. En bandes de voyous très mobiles, s’infiltrant jusque chez les manifestants les plus paisibles, elles apportent dans les cortèges un niveau de brutalité jamais vu depuis des décennies. Ces actes sont d’autant plus dangereux qu’ils sont coordonnés avec des groupes beaucoup plus nombreux et militarisés, suréquipés et surarmés. J’approuve donc vivement ceux qui débusquent et chassent ces nervis hors des manifestations, et qui tiennent à distance leurs acolytes en noir ou bleu, qui veulent interdire l’exercice du droit de grève et des libertés d’expression, de manifestation, de mouvement. Tous les moyens nécessaires doivent être déployés pour contrer la violence des BAC, des CRS et des gardes mobiles. Il y a encore des progrès à faire, en terme de coordination des déplacements ou en matière d’équipement (on ne comprend pas, par exemple, pourquoi l’usage des bombes lacrymogènes performantes devrait être réservé à la flicaille), mais il faut saluer le courage et la détermination des milliers de jeunes et de moins jeunes qui, à travers tout le pays, s’opposent à la violence policière.

Je suis contre la violence d’un mobilier urbain conçu pour occuper les têtes avec la pub et empêcher les plus pauvres de se reposer. La philosophie au marteau s’éprouvant sur les abribus et autres panneaux Decaux nous permet de voir enfin ce que nous subissions, cet encagement des imaginaires et des déplacements, sans y penser. Je suis contre la violence concentrée dans les agences bancaires qui enlaidissent nos rues, lieux de mille humiliations quotidiennes dans une société qui remplace la hausse des salaires fixée dans des luttes collectives, par le crédit qui isole et domestique l’individu. Combien chaque jour de violences psychologiques et symbolique dans chacune de ces louches officines, où la fabrique des besoins conspire à ramener chacun dans un système où il faut payer pour avoir de l’argent ? Ne méritent-ils pas de subir les foudres de la jeunesse, ces innombrables tentacules de la Pieuvre qui lui pourrit la vie, de ce système financier mondial dont la « fourberie sordide », par un miracle digne des religions qui ont réussi, a transformé sa banqueroute générale de 2008 en occasion de faire encore les poches à ses victimes terrorisées par les images de crise économique et de déroute sociale ?

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Je suis contre la violence de gouvernants français paillassons du Medef toujours prêts à ressortir la peur du musulman ou celle du migrant pour égarer les colères . Contre la violence de la bureaucratie européenne lobbytomisée qui ouvre grand les portes à Monsanto et les ferme, dans quelles ignobles conditions, aux réfugiés des guerres allumées ou attisées par l’Occident. Je suis contre la violence qui contient toutes les violences, celle de l’Empire, ce réseau des pouvoirs ultimes, grandes corporations, mafias et réseaux de l’hyperbourgoisie qui ont fait des politiciens leurs pantins et dont les crimes et la folie de posséder menacent d’assassinat final l’humanité entière.

Je suis contre la violence concentrée dans la richesse des sociétés modernes qui se présente comme une immense accumulation de marchandises – tels ces téléphones se disant intelligents « produits dans des camps de travail industriels (cadences harassantes, solvants brûlant yeux, poumons et cerveaux, tératogènes et abortifs aux ouvrières d’assemblage, pays excavés en amont pour l’extraction des terres rares, ect.)[…]concentrés de souffrances, de lésions organiques, de désespoirs, des condensés de vies humiliées, de sacrifices humains » .

Alors, quand je vois une jeunesse de tous âges manifester son refus de cette violence-là par le bris de quelques objets inanimés, je distingue un beau début, à l’instar de ce que fut le mouvement luddiste , lequel, comme chacun devrait savoir, fut non pas une réaction inarticulée, mais bel et bien un mouvement plein d’esprit critique et de sagacité stratégique. Comme le dit un des plus beaux slogans produits dans le mouvement actuel :
Continuons le début !

Serge Quadruppani

Source : https://lundi.am/Je-suis-contre-la-Violence

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Palestine : la violence c’est d’abord l’occupation militaire

« Je suis frappé à chaque fois qu’on ne parle de regain de violence que quand les violences atteignent des Israéliens, qui sont blessés, tués. (…) On a l’impression qu’entre ces séquences-là il n’y a pas de violence alors que les Palestiniens vivent sous occupation militaire. Les Palestiniens subissent la colonisation, les Palestiniens subissent des expropriations, les Palestiniens subissent des arrestations, des humiliations quotidiennes, mais ça on n’en parle pas comme étant des violences. (…)
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’il y a une population qui fait un rappel à l’ordre. Et il y a une jeune génération, ils sont très jeune : une partie, y compris des jeunes qui ont mené des attaques au couteau, ce sont des gens qui ont moins de 15 ans (…). Ils expriment un ras-le-bol, ils expriment une colère, ils expriment aussi une absence totale de perspective, d’avenir, y compris de perspective politique. »

« Je ne vois pas ce qu’il y a de plus digne à tuer des gens avec des drones, qu’à les tuer avec des poignards, donc si on dénonce les violences, on les dénonce toutes. »

Julien Salingue, à Ce soir (ou jamais)

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palestine révolteDictionnaire pour mieux comprendre les événements en cours en Palestine

par Majed Bamya, diplomate palestinien

« – ESCALADE: a lieu dès lors qu’un israélien est tué. Il faut plusieurs centaines de morts palestiniens pour parler d’une escalade

– CIVIL: ne s’applique jamais à un palestinien, y compris un enfant. Par contre s’applique aux colons armés et réservistes de l’armée israélienne, et la possibilité de l’étendre aux soldats d’occupation en exercice est actuellement à l’étude

– SÉCURITÉ: droit réservé exclusivement aux israéliens, et permettant de justifier à peu près tout, y compris les bombardements aveugles, les massacres, un mur en plein territoire palestinien, les arrestations arbitraires de masse, les incursions, les exécutions extra-judiciaires, les démolitions de maison, et autres punitions collectives, dont bien sûr le siège imposé à 1,8 million de palestiniens dans la bande de Gaza

– REGAIN DE VIOLENCE: terme permettant de mettre dans le même sac occupant et peuple occupé, de nier les causes et de ne s’intéresser qu’aux effets, c’est à dire permettant généralement de dédouaner la puissance occupante de sa responsabilité dans l’irruption de la dite violence

-TERRITOIRE PALESTINIEN OCCUPE: là où tout se passe ou presque mais qu’on évoque si peu. Si on parle d’un colon installé illégalement en territoire palestinien occupé, il vaut mieux parler de civil sans autre précision géographique

– OCCUPATION: hein, pas compris. Terme trop complexe, à éviter préférablement pour ne pas créer plus de confusion. Se contenter d’évoquer les parties ou les palestiniens ET les israéliens. De même les termes oppression et déni des droits s’appliquent à tous les autres contextes sauf le Moyen-Orient

– RÉSISTANCE: apparemment interdite sous toutes ses formes par le droit international pour les palestiniens et pleinement autorisée pour tous les autres peuples du monde. Les palestiniens n’ont le droit d’avoir recours qu’à la négociation

– NÉGOCIATIONS: dialogue où l’arme au poing Israël explique aux palestiniens toutes les raisons pour lesquels elle ne peut mettre fin à la colonisation, alors ne parlons même pas de fin de l’occupation, ni ne peut évoquer le retour des réfugiés, ni un contrôle palestinien sur les frontières, ni de discuter de Jérusalem, tout en dénonçant l’intransigeance palestinienne

– BDS: boycott, désinvestissements, sanctions, campagne qui a largement contribué à la fin de l’apartheid, et considérée de ce fait comme une campagne héroïque contre l’apartheid en Afrique du Sud, par contre quand la même campagne vise l’apartheid israélien c’est clairement de l’antisémitisme

– PAIX: veut dire que les palestiniens demeurent tranquille pendant que l’occupation continue, que leurs droits sont violés et leurs terres volées. Toute révolte menace les efforts de paix alors que l’occupation et la colonisation sont elles tout à fait compatibles avec les efforts de paix

– COUVERTURE MÉDIATIQUE: pour les palestiniens c’est un peu le loto, une chance sur un million de gagner »

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Pourquoi il faut refuser les injonctions au calme

continental-lead-dossierOpposer la rage à l’indignation

Contre la fausse paix qu’on nous vend

Ni la bêtise, ni l’ignorance des masses ne font tenir l’ordre de l’élite. Si ses membres parviennent à se faire une légitimité, à prouver qu’il y a de bonnes raisons qu’ils soient là, au pouvoir, ce discours tient rarement la route à la longue. Qu’est-ce qui le fait tenir alors, cet ordre ? L’appel au calme.

Très vite on se rend compte que les génies créateurs sont souvent les enfants d’autres génies créateurs eux-mêmes déjà héritiers. À gratter un peu, on s’aperçoit que le riche qui s’est « fait tout seul » a été un peu beaucoup aidé par l’argent de son papa, les relations de son tonton ou encore l’école d’élite où il est entré pour « réseauter ». Personne n’est dupe : tout le monde peut voir que ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir. N’importe qui en déduit donc que leur grand mérite n’est en fait pas si grand. Voire nul.

Alors les puissants tentent de montrer qu’ils font des sacrifices et que, dans le fond, ils font aussi partie du même peuple que nous. Parce qu’on est « tous dans le même bateau ». Un rapide regard sur la répartition des richesses dans la population française fait un sort à ce fantasme bien commode.

L’un des derniers remparts de l’élite contre sa propre remise en question, c’est alors le discours de pacification des rapports sociaux. C’est lui qui se trouve derrière tous ces insupportables glissements sémantiques. De « rapport de force salariés/patronat », on passe à « négociations entre partenaires sociaux », comme s’ils étaient à égalité. On ne parle plus de licenciements mais de « plans sociaux », tandis que la loi concoctée par le MEDEF et la CFDT pour flexibiliser le travail en France s’appelle « loi sur la sécurisation de l’emploi ». Puis, se multiplient les appels au calme, à la sérénité, aux débats dépassionnés et aux concertations en tous genre.

Si nous avions progressé depuis trente ans vers plus de démocratie, plus d’égalité entre les classes sociales, nous pourrions entendre ce discours ambiant comme l’évolution logique qui accompagne un changement effectif.

Mais c’est tout le contraire auquel on assiste : plus la société est violente, moins on élève le ton. Bien sûr les dominants ont toujours intérêt à euphémiser la réalité. Dans ces appels perpétuels à la paix, à la négociation, au calme, réside donc un moyen efficace de se maintenir au pouvoir. En disqualifiant d’avance toute position qui prendrait acte du scandale perpétuel de l’inégalité et de la monopolisation du pouvoir en adoptant la seule réaction possible : la RAGE.

Mais l’ordre dominant recadre perpétuellement ceux qui « manquent de sang froid ». De nos jours, la violence dans le ton c’est mal, c’est prohibé, ça fait pas propre.

Grand moment de TV : lorsque le présentateur David Pujadas a demandé au leader syndicaliste Xavier Mathieu, s’il regrettait les actes de vandalisme qui avaient eu lieu lorsque des salariés, révoltés par un plan de licenciement, avaient envahi les locaux de la direction de l’usine Continental. « Vous plaisantez j’espère ? », lui avait répondu fermement le syndicaliste. « Attendez, qu’est-ce que vous voulez qu’on regrette ? Quoi ? Quelques carreaux cassés, quelques ordinateurs ? À côté des milliers de vies brisées, ça représente quoi ?! »

Il y aurait donc la violence passionnée, la colère, la rage, qui sont autant de sentiments à bannir. Et il y a le calcul, la réflexion, la colère raisonnée ou colère « saine » et « juste ».

Depuis les années 1980, il semble que cette hiérarchie des colères n’ait cessé de prendre de l’ampleur. « C’est un pays, la France, libéral. On peut être en colère. Il faut demander gentiment, c’est tout », ironisait déjà à l’époque Coluche. Oublié l’enthousiasme, domaine réservé des années 1970. Oubliées la rage et la punk attitude des années 1980. Le cortège des penseurs de l’anti-totalitarisme, BHL en tête, qui associent mouvement de colère de masse et régime liberticide, le goût nouveau des grands syndicats et du PS pour la concertation à tout-va sont passés par là.

Désormais, une bonne colère sera une colère constructive. « Très bien, mais qu’est-ce que vous avez à proposer ? » : c‘est la remarque médiatique et politique que tous ceux qui se sont battus durant les années Sarkozy auront sans doute le plus entendue. Pour se battre, pour gueuler, pour protester, encore faut-il avoir un petit programme tout prêt dans sa sacoche. Ceux des émeutes de 2005 n’en avaient pas. La sentence tombe alors : délinquants, voyous ! Ceux des révoltes de 2006 contre le CPE en avaient par moments. Mais globablement c’était trop le bazar : ados en crise !

Rien à voir avec le mouvement des « Pigeons » – mais si, vous savez, une page Facebook avec une série de jeunes entrepreneurs dynamiques et indignés. Eux, s’exprimaient clairement et dans un style policé. Ils ont donc eu toute l’attention réclamée et tous leurs souhaits ont été exaucé.

Pour les autres, il va falloir faire des efforts. Une fois vos doléances bien rédigées, schémas et graphiques à l’appui, voix posées et mégaphones au placard, allez ! Roulez jeunesse, allez négocier avec l’autorité.

Ce n’est donc pas un hasard si Stéphane Hessel, le seul type un peu en colère que l’État a bien célébré, n’est autre que celui qui a appelé à l’INDIGNATION. À ses funérailles, l’actuel président de la République s’est lui-même chargé de le dépouiller de ses quelques moments malsains, de ses quelques moments de rogne pas assez lisse. Son opposition radicale à la colonisation israélienne par exemple. S’indigner, a rectifié François Hollande, ce n’est pas se révolter, c’est être lucide. AH ! Au moins les choses sont claires. Au cas où on aurait cru que l’indignation menait à l’action, nous voilà rappelés à l’ordre. Il faut se scandaliser, pas de révolter.

Ce qu’il faut, c’est radoter les méandres du problème, organiser des conférences-débats à la rigueur ou des tables rondes. Faire une pétition tout au plus. L’indignation devient alors cette colère saine, cette salubre lucidité, c’est rage raisonnée. Série de contradictions absurdes.

Mais voilà, ça marche. L’indigné à la mode, c’est un philosophe à l’émission TV de Taddéï, qui va compatir avec nonchalance au sort des ouvriers massivement licenciés mais rappeler que nous vivons dans un monde « complexe » et « globalisé ». Merci d’être venu ! Quant aux salariés qui ont débarqué dans les bureaux de la direction de Continental, balançant la rage au cœur ordinateurs et plantes en pot sur le sol, ils ne se sont pas correctement indignés. Et il y aurait mille autres exemples à donner.

C’est incroyable, soit dit en passant, la ferveur des journalistes et des politiques à s’émouvoir du moindre objet brisé : « Mais enfin, regardez ce pauvre cactus ! ». La violence patronale, à laquelle cet acte répond, c’est autre chose. C’est une décision économique, réfléchie et raisonnable, stratégique même ! Elle tient dans un power point en trois parties, avec ses jolis slides et ses fondus enchaînés.

À cela, on comprend que la seule réaction acceptée par l’ordre dominant, la réaction pacifique, c’est celle de l’intervenant de talk-show. En effet, en voilà un interlocuteur valable, qui respecte les formes imposées du débat politique : du bon ton, de la politesse et du modeste niveau de décibels. Quant aux agités qui se clashent et ne mâchent pas leurs mots, ils auront droit à l’antenne mais seulement comme le bon peuple vulgaire de télé-réalité qui divertit.

Car le clash tourne à vide pour le show et la pacification terrifiante de la vie sociale a toutes les vertues d’une princesse républicaine : la raison, le calme et la fraternité. Mais le fait qu’on nous empêche de pouvoir exprimer notre colère en fait les pires ennemies de la démocratie. Si le pouvoir et les médias fixent les bornes de sa contestation, ils rendent le pouvoir incontestable et incontesté. Notre rage ne s’exprime plus. Elle ne le peut plus, tellement la figure du rageux a été décriée, tellement elle est désormais caricaturée et ainsi promptement écartée dès qu’elle réapparaît.

Parce que, oui, on a tous essayé de s’indigner. C’était bien d’écrire une lettre policée à son député. Ouah, c’était même super. C’était encore mieux ce débat en cours d’éducation civique. Et c’était génial, de suivre la CFDT et la CGT dans une manif bien cadrée, pour aboutir à l’éternel foutu stand de saucisses merguez qu’on avale en écoutant les prises de paroles soporifiques avant la dispersion.

À force d’être édulcorée, cette colère n’est plus de la colère. C’est de la collaboration et de la résignation, au mieux de la figuration bénévole. Alors où va cette rage ? Dans la FRUSTRATION.

Certains expliquent ce sentiment par une série de causes plus pathologiques les unes que les autres. Alors, oui, on est dans une société de tafioles mais pas à cause des pédés et des meufs. À cause de cette injonction au calme et aux arguments constructifs, injonction lancée par les élites et pas par le combat féministe. Pas à cause du rock qui s’est assagit ou du rap qui n’est plus celui des orignes mais à cause de cette imposition perpétuelle de violence rationnelle, de la part des chefs et des puissants, et à laquelle on ne peut répondre que par un recours policé au tribunal ou une lettre qui finit par : « Bien cordialement », « Votre éternel dévoué », « Votre putain d’esclave depuis dix générations ! ».

Je ne sais pas combien d’années on peut tenir à faire des courbettes et à baisser son froc en suivant seulement les recours à l’amiable et les pétitions de consommateurs. Mais il est clair qu’on est déjà un certain nombre à ne plus en pouvoir et donc à écumer de rage.

Je lis des appels à la virilisation, j’en comprends la cause mais ça me fait rire jaune. Je suis tombé une fois sur une offre de stage « nature-survie », à prix exorbitant. Un truc pour des cadres masculins névrosés, persuadés à juste titre d’avoir laissé leurs couilles au bureau en effectuant des tâches absurdes et qui pensent se refaire une santé en affrontant les dangers du quotidien préhistorique. Et non, mon ami, ce n’est pas en retrouvant la dignité de l’homme d’il y a 3 000 ans que tu changeras quoi que ce soit à ton existence.

C’est en restituant celle de la femme et l’homme de maintenant. Ce n’est pas à la perte de la virilité ou à l’immigration que tu dois ce sentiment d’amputation et de dégoût de toi. Ce n’est pas en ouvrant un fightclub, où tu retrouveras tes soi-disant facultés primitives en cognant ton voisin, que tu résoudras ton problème. Ça, c’est la solution individuelle. C’est le recours proposé par les entreprises pour se faire de la thune sur la frustration qu’elles engendrent elles-mêmes. La salle de sport pour se désintoxiquer, le sauna pour ouvrir ses pores, les vacances Club Med pour prendre du temps à soi et revenir frais et dispo dans l’open space. En plus, ce sont des solutions de pseudo-privilégiés, clefs en main. Une pitié.

Pour les pauvres on ne proposera pas la rage mais la haine clef en main : le FN, Copé, Soral, Zemmour et méfiance envers le semblable. Plutôt que de refouler sa rage ou de la canaliser en faisant son footing, il faudrait faire de sa frustration une force collective. Parce que si perte de dignité il y a eu au niveau de la société toute entière, alors les palliatifs individuels proposés par les charognards de la névrose seront sans effet.

Il faut donc commencer par refuser ces injonctions au calme et à la thérapie. Il faut oser s’exprimer, sortir des bornes, crier sa rage et sa frustration à la tête du premier chef ou donneur de leçon venu. Il faudrait en faire une création. Mais pas une création positive, pas une création jolie, pas une création peace and love.

Il faudrait en faire la seule création possible, la seule laissée à disposition par une élite qui, par sa domination, empêche toute création : sa destruction.

Source : http://www.frustrationlarevue.fr/?p=127

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Les violences qu’on stigmatise et celles qu’on s’applique à ne pas reconnaître comme telles

visuelA propos de la violence, deux mises au point salutaires signés Igor Reitzman et Pierre Tevanian sur le site Les mots sont importants .net :

« À l’heure où la grande presse s’indigne unanimement contre la « violence » exercée par des salariés menacés de licenciement contre un DRH d’Air France, il n’est pas inutile de revenir sur le sens même de ces trois mots qui ne « font l’agenda » que lorsqu’il s’agit de stigmatiser et réprimer des opprimés : violence, insécurité, ou encore délinquance

Une règle élémentaire de méthode veut qu’on commence toujours par définir les termes qu’on utilise. C’est précisément ce que se gardent bien de faire les journalistes et les élus qui partent en croisade contre la « violence » et « l’insécurité ». Ces derniers font en effet comme si le sens des mots violence, délinquance et insécurité allait de soi, comme si ces mots étaient interchangeables et comme s’ils étaient tous synonymes de : Jeune homme basané vêtu d’une casquette insultant une vieille dame avant de lui voler son sac – ou encore, assez souvent, de pauvre malmenant un moins pauvre. Ils occultent de ce fait d’innombrables formes de délinquance, de violence et d’insécurité – et notamment toutes celles dont sont victimes ces pauvres, avec ou sans casquettes. »

« Par ailleurs, il y a des formes diverses de violence, plus ou moins graves, et plus ou moins légitimes. Quoi de commun entre un vol à l’arraché, une injure, une gifle, un meurtre, un viol, et une émeute consécutive à une « bavure » policière ? Quel est l’intérêt, pour la compréhension de ces phénomènes, de les ranger tous sous la même rubrique ?

Aucun. Le seul intérêt de cette catégorie d’amalgame est qu’elle permet d’imposer sans le dire une thèse implicite : la thèse selon laquelle il existe une réalité homogène, « la violence », qui commence dès le premier mot de travers, dès la première « incivilité », et qui se poursuit inéluctablement, si on n’y prend garde, dans une escalade qui culmine avec la criminalité organisée et l’homicide [2].

En d’autres termes : lorsqu’on se refuse à distinguer entre délinquance et violence, ou entre différents types et degrés de violence, on aboutit très vite à la « théorie de la vitre cassée » [3] et à la doctrine de la « tolérance zéro » [4].

Par ailleurs, l’essentiel de la violence qui s’exerce dans les quartiers dits sensibles n’est pas le fait des « jeunes de cité ». Les responsables ne sont en vérité ni jeunes ni de cité. Harceler, racketter et frapper sont bien des violences, et ces violences ne sont pas mineures, mais ces violences, et encore moins les murs taggés, les abribus cassés et les voitures brûlées, ne sont pas les seules qui « empoisonnent » la vie dans les cités. Dans les cités comme ailleurs, et sans doute plus qu’ailleurs, il existe bien d’autres formes de violence ou d’insécurité, dont les autorités se scandalisent beaucoup moins : la discrimination à l’embauche ou dans l’accès au logement par exemple, les plans de licenciement, notamment dans des entreprises bénéficiaires. »

« [En] se « réconciliant avec l’entreprise », la gauche s’est aussi réconciliée avec toute une série de violences qui s’y exercent. Outre la menace permanente du licenciement, il y a aussi la précarité : aujourd’hui, un salarié sur dix travaille en contrat à durée déterminée, en intérim, en stages ou en contrats aidés. Et la proportion ne cesse d’augmenter : CDD et intérim représentent 90% des recrutements dans les secteurs privé et semi-public. Ne s’agit-il pas de violence et d’insécurité ? L’angoisse d’être licencié, de ne pas voir son contrat renouvelé, n’est-ce pas l’insécurité la plus radicale et la plus répandue ? Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement d’un sentiment d’insécurité, puisque le travail précaire s’accompagne d’une série de violences physiques et morales bien réelles :

– les maladies ou accidents de travail (qui se développent à cause du non-respect des normes de sécurité et de l’intensification des cadences) ;

– le harcèlement moral infligé par les supérieurs hiérarchiques, dans un contexte où l’on entend chaque jour qu’il faut tout accepter pour conserver son emploi.

Et même lorsque ces « difficultés » ne sont pas identifiées comme violences, elles n’en sont que plus redoutables, car ce qu’on ne conscientise pas ou qu’on ne verbalise pas, on le somatise. Ce constat que Freud faisait déjà il y a un siècle, des psychiatres le font aujourd’hui à propos de l’entreprise, dans des livres qui ont rencontré un certain succès : Le harcèlement moral, de Marie-France Hirigoyen, et surtout Souffrance en France, de Christophe Dejours [5]. »

Pierre Tevanian

L’article en entier : http://lmsi.net/Vous-avez-dit-violence

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ma vie

« On ne peut avancer vraiment dans la réflexion sur la violence que si l’on renonce à utiliser ce même terme

– pour parler des actions qui ont pour projet (conscient ou non) d’égratigner, de blesser ou de tuer, actions que je préfère nommer des agressions (de la micro-agression à l’agression majeure)

– pour parler des conduites qui ont pour projet (conscient ou non) de forcer, contraindre, emprisonner, annexer, confisquer, instrumentaliser, programmer, chosifier, rendre dépendant, conduites que je propose d’appeler des violances (de la micro-violance à la violance majeure).

J’’ai pris la décision difficile de créer ainsi ce terme nouveau, non pour satisfaire un caprice, mais pour combler un vide né du détournement de sens du terme autrefois légitime. Si j’en crois le Robert, le mot violence apparaît à la fin du Moyen Age, notamment dans l’expression faire violence avec le sens : « agir sur quelqu’un ou faire agir quelqu’un contre sa volonté, en employant la force ou l’intimidation. – Forcer, obliger. »

Pour être en mesure de faire violence à des individus et surtout à des populations, il faut occuper une position de pouvoir. En d’autres termes, il faut être un dominant : prince dans sa province, patron dans l’entreprise, propriétaire face aux esclaves, mari du code Napoléon… Et quand on est un dominant, on n’a pas intérêt à ce qu’il existe un mot dévoilant la réalité de l’oppression. Difficile de proscrire le mot. Il était plus habile de lui donner de nouvelles significations qui recouvrirent la signification originelle et la firent oublier. Ainsi, la force brutale qui n’était à l’origine que l’un des moyens de la violence est devenue – par dérivation métonymique – la violence elle-même, fonctionnant comme hyperonyme pour agression, brutalité, expression intense de la rage, meurtre, explosion, guerre, etc.

La réussite de cette manipulation symbolique est totale quand on utilise le mot pour évoquer les explosions de dominés. La soumission de l’opprimé relève de l’ordre établi. Qu’il rompe cet ordre en brisant ses chaînes et en frappant le maître, voilà le scandale. Dans la langue des maîtres devenue langue commune, le violent n’est pas celui qui fait violence, mais le vilain qui ose se rebeller.

Comment percevoir finement une réalité quand il n’y a plus de mot pour en parler ? Recréer un terme nouveau qui reprend le sens ancien en l’enrichissant, c’est fournir aux dominés un outil de clarification de ce qu’ils subissent, un outil qui doit leur permettre la lucidité, la réflexion et la revendication de droits nouveaux, plutôt que l’explosion anarchique qui leur laisse le mauvais rôle. »

Igor Reitzman

La suite : http://lmsi.net/De-la-violance-des-dominants-aux

 

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La vraie violence, c’est celle du capitalisme et du profit-roi


La violence, ce n’est pas d’arracher une chemise à un directeur des « ressources humaines »… La violence, c’est de licencier des milliers de personnes juste pour faire du pognon, avec toutes les conséquences terribles que cela peut avoir pour ces derniers dans une société comme la nôtre : misère, exclusion, dépression, suicide, etc.
La violence, la véritable violence, elle n’est pas du côté des salariés qui expriment une colère légitime, elle est du côté des patrons et des actionnaires qui, par cupidité, par souci de rentabilité, sèment la misère et la souffrance à grande échelle. Une violence qui ne s’exprime pas seulement dans les licenciements, dans les délocalisations et le chômage de masse mais aussi dans la précarisation du travail, dans la dégradation et le durcissement des conditions de travail – un durcissement qui engendre maintes maladies, maintes souffrances psychiques (pensons aux troubles musculo-squelettiques ou encore au burn out) et de nombreux accidents (540 accidents mortels en 2013 en France !).
Les véritables voyous, on le voit, ce sont les capitalistes qui n’ont d’autre morale que l’argent, et non pas les salariés qui se défendent comme ils le peuvent.
Comme les 2900 salariés d’Air France concernés par le « plan social », tous ceux dont la vie est réduite à une simple variable d’ajustement ont le droit et même le devoir de se révolter.
Non seulement les «violences» commises par les salariés d’Air France ne sont pas condamnables, mais elles sont à saluer. Elles sont à saluer eu égard à ce qu’elles incarnent d’exemplaire et réjouissante rupture avec toutes nos habitudes serviles et masochistes.
La peur doit changer de camp. Il est temps de faire comprendre à tout ce beau monde qu’on ne peut pas semer la misère et le malheur impunément. Il est temps de leur faire comprendre qu’on ne peut pas humilier des êtres humains et prétendre en même temps au respect de sa personne. Les capitalistes ont à leur disposition une police et une «justice» pour nous intimider et nous faire marcher droit ; opposons-leur une force plus dissuasive encore : celle qui a la vérité et la justice avec elle, celle qui requiert une unité et une solidarité sans faille de notre camp, celle qui se déploie à travers nos luttes et nos mille et une bravoures, celle qui se nourrit sans cesse de notre intelligence et de notre inventivité.
Le caractère démentiel des réactions politiques et médiatiques, la brutalité de la riposte judiciaire et policière – des salariés rebelles menacés de trois de prison, et interpellés chez eux à six heures du matin, comme s’il s’agissait de dangereux criminels, pour être placés en garde à vue pendant plus d’une journée -, n’étonnera que ceux qui ignorent que nous sommes en guerre. Oui, c’est bien une guerre quotidienne que les riches et les capitalistes nous mènent pour s’assurer de notre dévouement à les servir et les enrichir. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour se goinfrer toujours plus au détriment de notre droit à la vie et au bonheur. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour démanteler tous nos acquis sociaux, qui sont pour eux autant d’inacceptables entraves à leurs criminelles ambitions. Oui, c’est bien une guerre dont il s’agit – une guerre économique, idéologique, psychologique bien davantage encore que policière et judiciaire. Le temps est venu d’en prendre conscience et d’enclencher la contre-offensive. Le temps est venu de reprendre l’offensive contre tous ceux qui, comme le patron d’Air France, se croient autorisés à briser la vie de milliers de gens et cachent à peine leur volonté d’en finir, entre autres choses, avec le droit de grève et l’interdiction du travail des enfants !

(texte mis à jour le 15 octobre)

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bousculage des patrons

La vraie violence n’est pas « celle des coups de poing »

« Qu’est-ce que la violence ? Pas seulement celle des coups de poing ou des coups de couteau des agressions physiques directes, mais aussi celle qui se traduit par la pauvreté des uns et la richesse des autres. Qui permet la distribution des dividendes en même temps que le licenciement de ceux qui les ont produits. Qui autorise des rémunérations pharaoniques en millions d’euros et des revalorisations du Smic qui se comptent en centimes.  »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, « La violence des riches : Chronique d’une immense casse sociale »

La violence des capitalistes « ne fait pas de bruit » mais c’est pourtant la plus terrible

« La violence c’est une chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder en effet par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connue des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoires, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. (…) Tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Jean Jaurès dans un discours à l’Assemblée nationale, le 19 juin 1906.