L’industrie carcérale aux Etats-Unis n’est que la continuation de l’esclavage (Angela Davis)

prisons« L’emprisonnement est comme l’esclavage, dans le sens où un grand nombre de personnes de couleurs vivent dans les mêmes conditions que des esclaves, dans les prisons. Pourquoi les États-Unis ont-ils le plus grand nombre de personnes incarcérées au monde ? Parce que le capitalisme, notamment à travers les entreprises américaines, a tout simplement besoin de main d’œuvre bon marché ! Les prisonniers sont devenus très rentables. »

Angela Davis

http://the-dissident.eu/6414/angela-davis-lindustrie-carcerale-aux-etats-unis-nest-que-le-prolongement-de-lesclavage/

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« Sur les toits » : un film sur les révoltes qui ont secoué les prisons françaises dans les années 70

« Début des années 70 : une série d’évènements fait monter la tension dans les prisons françaises. En réponse au traitement inhumain que leur fait subir l’administration pénitentiaire, les prisonniers de la centrale de Ney à Toul (Lorraine) ouvrent le bal et se mutinent au début du mois de décembre 1971. Les détenus de la maison d’arrêt Charles III à Nancy leur emboitent le pas le 15 janvier 1972 : « Au café », les mutins prennent le contrôle de la prison, située en plein centre-ville, montent sur les toits, depuis lesquels ils interpellent les badauds, communiquent leurs revendications, et résistent à l’assaut des CRS.
Dans les mois qui suivent les révoltes de Toul et de Nancy, plus d’une trentaine de mutineries vont embraser les prisons françaises, qui n’avaient jamais connu une telle vague de révoltes. Malgré la répression musclée orchestrée par le gouvernement et le discours de la grande presse qui décrédibilise systématiquement les révoltes, le tour de force des prisonniers n’est pas vain. Relayées et défendues par une élite intellectuelle engagée, dans un contexte idéologiquement tendu, les mutineries des années 71/72 vont poser pour la première fois les problème des conditions de détention, de la fonction de la prison et du système pénitentiaire français.
Au cœur d’une actualité toujours brûlante autour de l’univers carcéral, d’où ressurgit l’inévitable constat d’échec de la fonction de la prison, le film dépoussière cette première grande période de lutte en compagnie de ceux qui ont vécu, déclenché, réprimé et défendu ces révoltes. »
Avec : Maître Henri Leclerc, Daniel Defert, Serge Livrozet, Michel Foucault, Jean-Paul Sartre

Pour regarder le film : http://www.lesmutins.org/sur-les-toits-388

 

Cette loi hypocrite qui punit l’assassin lambda mais tolère les crimes de masse des puissants

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« Les lois sont comme des toiles d’araignée, à travers lesquelles passent les grosses mouches, tandis que les petites y restaient seules enveloppées. »

(Solon)

« La loi est essentiellement la peur de la sanction qui touche ceux qui la transgressent. La gestion sociale de la peur – quelle que soit sa nature – est le privilège du pouvoir. Désormais personne ne croit plus à la signification intrinsèque et morale de la loi, la multiplicité des attitudes ne pouvant que provoquer la perte de confiance en une morale « supérieure » qui fonde la loi et en justifie l’existence.

Par conséquent la loi s’autonomise par rapport à l’un de ses fondements historiques : la morale.

Elle le peut car est devenue morale du seul fait de son existence ; c’est-à-dire son propre fondement éthique. En fait elle est devenue un paramètre social de « valeur » morale, pas en tant que principe abstrait. C’est la prison – sa réalité déterminée en tant que restriction et contrainte – qui détermine le sens de la loi et non le contraire. »

(Extrait de Comontismo per l’ultima internazionale, mars 1972)

« Il y a belle lurette que je n’ignore plus rien des propriétés particulièrement élastiques des lois. Il n’y a qu’à étudier leur évolution à travers les pays et le temps pour s’en rendre compte. Les voyous, les voleurs, les criminels eux-mêmes possèdent les leurs. Chaque système politique invente les siennes, de façon non pas à protéger les individus (ce but n’est qu’accessoire), mais surtout de manière à assurer sa propre survie. C’est pourquoi les révoltés ne tiennent aucun compte de ces règles opportunistes qui n’ont rien à voir avec la morale. Celle-ci, par exemple, interdit de tuer, de voler, sur un plan général, sans aucune distinction. La loi, en revanche, ne proscrit que les actes susceptibles de menacer l’existence ou l’autorité de ceux à qui elle profite. Elle vous condamnera pour un seul meurtre (à propos duquel rien ne vous empêche d’avoir quelques bonnes excuses personnelles), mais, dans le même temps, elle exigera de vous une obéissance constante et de tous les instants pour la perpétration de crimes massifs à propos desquels vous n’aurez aucune excuse (hors celle d’y avoir été contraint) et qui vous déshonoreront mille fois plus que le premier. Elle vous interdira de voler un milliardaire, mais encouragera ce même milliardaire à pratiquer l’usure (à un taux légal, bien sûr), à vivre du travail d’autrui, à déposséder les gens des richesses qu’ils produisent.

La loi ne saurait être légitime, car elle n’est pas neutre ; elle est au service d’une classe, d’un système et des hommes qui se trouvent à sa tête. »

(Serge Livrozet, De la prison à la révolte)

« J’en ai marre de voir se pavaner de par le monde, serrant des mains illustres, des hommes, plus chargés de crimes à eux seuls que toute la truanderie de leurs Etats réunis, et cela, parce qu’ils descendent d’un « grand roi », ou bien qu’ils sont les derniers rejetons d’ « augustes lignées », ou encore qu’ils tiennent, en maîtres légitimes, leur pouvoir de la tradition, ou de la Constitution, ou du caleçon, ou du canon…

J’en ai marre de voir condamner l’assassin amateur par des assassins professionnels. C’est à en pleurer, c’est à en vomir, c’est à en souhaiter la fin du monde…  »

(Serge Coutel, L’Envolée)

Vol amateurs

Comparés [aux affairistes des milieux politiques et économiques], les « écoliers du crime » des prisons ne sont que de petits artisans : on pourrait additionner le butin total des voleurs d’une prison entière qu’il n’atteindrait pas le montant d’une banale affaire de fausses factures. « Si les prisons ont de si hauts murs, c’est pour que les petits voleurs qui sont dedans ne voient pas les gros qui sont dehors… » »

(Jacques de Ripeure)

 

Citations extraites d’ « Au pied du mur, 765 raisons d’en finir avec toutes les prisons » (ouvrage collectif)

La délinquance est utile au pouvoir (Michel Foucault)

« En 1820, on constate que la prison, loin de transformer des criminels en gens honnêtes, ne sert qu’à fabriquer de nouveaux criminels, ou à enfoncer encore davantage les criminels dans la criminalité. C’est alors qu’il y a eu, comme toujours dans le mécanisme du pouvoir, une utilisation stratégique de ce qui était un inconvénient. La prison fabrique des délinquants, mais les délinquants sont finalement utiles, dans le domaine économique comme dans le domaine politique. Les délinquants, ça sert. (…) La société sans délinquance, on y a rêvé à la fin du XVIIIe siècle. Et puis ensuite, pfft ! la délinquance était trop utile pour qu’on puisse rêver chose aussi sotte et aussi dangereuse finalement qu’une société sans délinquance. Sans délinquance, pas de police. Qu’est-ce qui rend la présence policière, le contrôle policier tolérable pour la population, sinon la crainte du délinquant ? Vous parlez d’une aubaine prodigieuse. Cette institution si récente, si pesante de la police n’est justifiée que par cela. Si nous acceptons au milieu de nous ces gens en uniformes, armés – alors que nous-mêmes n’avons pas le droit de l’être – qui nous demandent nos papiers, qui viennent rôder devant le pas de notre porte, comment serait-ce possible s’il n’y avait pas de délinquants ? Et s’il n’y avait pas tous les jours dans les journaux des articles où l’on nous raconte combien les délinquants sont nombreux et dangereux ? » Michel Foucault, Entretien sur la prison : le livre et sa méthode

Une société duplice et schizophrénique

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« La civilisation automobile dans laquelle nous vivons est une incitation permanente des plus pauvres ou marginaux au délit. [La voiture] condense toute la violence symbolique de la division entre ceux qui ont accès à la jouissance des biens de prestige et les autres. »

« Nous vivons en effet dans une société duplice et schizophrénique : d’une part, elle exalte sans fin toutes les formes de consommation (…). Et de l’autre, elle institue et reproduit des modes de répartition si inégaux que l’accès à la jouissance d’un certain nombre d’objets ou de biens devient l’enjeu d’une lutte sauvage et incontrôlable entre ceux qui « en ont » et ceux (…) qui circule entre toutes ces merveilles sans avoir le droit d’en toucher aucune. Une proportion déterminante des pratiques illégalistes contemporaines a lieu dans cet espace où la masse est incitée constamment (par toutes sortes de moyens raffinés de séduction et d’incitation) à consommer des biens et à jouir d’objets à l’accès desquels sa position économique et ses revenus lui interdisent l’accès. »

« Ce sont des frustrés de la consommation qui opèrent une sorte de « partage noir » compensateur, destiné à leur permettre d’accéder « comme les autres » à la jouissance des objets les plus séducteurs. Loin donc que le voleur apparaisse ici comme celui qui s’oppose violemment à la norme sociale, il se manifeste comme une sorte de conformiste prêt à tout ou presque pour occuper, comme les autres, la position moyenne du consommateur. »

« L’idéal d’une société policière d’aujourd’hui n’est pas celui du petit homme endoctriné, fanatisé, aveuglé par le pouvoir dictatorial, il est plus simplement celui qui amène le citoyen à envisager l’ordre social du point de vue exclusif du propriétaire d’automobile et donc à considérer tout outrage fait à ce veau d’or comme « passible » du châtiment suprême »

Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, 2001

La prison et le mensonge de notre innocence

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« La prison joue un rôle décisif pour produire des effets d’altérité entre l’homme ordinaire et le criminel. (…) En séparant violemment un monde ouvert d’un sous-monde enfermé, [la prison] produit la fausse évidence d’une différence essentielle entre deux espèces humaines – celle des gens honnêtes et vertueux (qui ne connaissent pas la prison) et celle des criminels (que circonscrit, marque et définit leur appartenance au monde pénitentiaire). »

« Nous sommes portés à éterniser ce rite de partage par lequel nous nous séparons violemment et symboliquement de notre propre part sauvage, en projetant dans l’espace pénitentiaire cet autre, ce truchement, ce double – le criminel. (…) [Il] rend vitale la perpétuation de la prison, afin que s’éternise le mensonge de notre innocence en tant que civilisés et pacifiés »

Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, 2001

« Mais que voulez-vous donc mettre à la place des prisons ? »

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« L’ordre des choses qui produit la division entre voleurs et volés, « sauvageons » et policiers, rmistes et barons Seillières, Tapie et Ghellamn (…), nous ne l’avons pas voté. C’est donc un marché de dupes que de nous sommer de nous prononcer sur ce qui est bon pour le maintenir et sur les moyens de punir ceux qui occupent la position de l’infracteur. »

« La question ‘Mais que voulez-vous donc mettre à la place des prisons ?’ vise à faire occuper au citoyen ordinaire la place de l’Etat, elle vise à lui faire adopter sur la société le regard de l’autorité, de la police, le point de vue inconditionnel de l’ordre (…) Elle appelle l’abandon de tout point de vue critique sur ce dont cet ordre est fait et ce dont il se soutient. »

« Se refuser à réduire la question de la prison au point de vue de la police est donc le plus élémentaire des droits du citoyen éveillé. C’est son droit de se dire rigoureusement et définitivement intolérant à l’horreur pénitentiaire. »

Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, 2001