Cette guerre de basse intensité contre toute forme de révolte

arton16023-2eaebNos corps sont muselés, nos paroles entravées. Chaque geste qui s’opposerait à l’ordre existant est susceptible, désormais, d’entraîner des poursuites judiciaires. Une longue litanie de procès et d’enquêtes, de surveillances téléphoniques et d’élucubrations policières.

Parfois les affaires tournent au grotesque, à l’absurde. Des militants d’Attac ont été conduits 21 heures en garde à vue pour avoir posé des autocollants sur une vitrine de la Société générale. À Bure, un maraîcher opposé à la poubelle radioactive a subi un procès parce que des gendarmes avaient trouvé dans son camion une pelle à tarte et deux opinels. Récemment, une femme a subi 12 heures de garde à vue pour avoir peint un coquelicot à la peinture à l’eau sur les marches de la mairie à Reims. J’ai été jugé, de mon côté, sans même être prévenu, sans avocat pour avoir mis le pied devant une pelleteuse dans le Bois Lejuc pendant une minute. Un fait qualifié de « violent » par le procureur, alors que ce geste symbolique s’opposait à des travaux illégaux.

On serait porté à sourire si ces histoires ne témoignaient pas d’un climat délétère. D’une dérive autoritaire. Mi-octobre, des étudiants de Nanterre ont pris de la prison ferme pour avoir participé au blocage de leur fac et tenté de résister à l’assaut des gendarmes, qui avaient rappelons-le matraqué et gazé sans ménagement les occupants. En avril, trois jeunes ont été placés en détention provisoire pour avoir participé à une marche solidaire avec des migrants entre l’Italie et la France. En février, en première instance, des militants de Greenpeace ont été condamnés à plusieurs mois de prison ferme pour avoir tiré un feu d’artifice devant une centrale nucléaire.

Zads, universités, luttes urbaines, résistances paysannes… Nous subissons partout la radicalisation de la répression. Quand les gaz lacrymogènes ne suffisent plus à contenir les foules, les procès tentent de les étouffer, le poids des amendes de les asphyxier. Pour avoir démonté le robot de traite de la ferme usine des « mille vaches », en Picardie, des agriculteurs de la Confédération paysanne sont sommés de payer plus de 120.000 euros. Un véritable coup de massue.

L’époque que nous vivons révèle notre dénuement, notre vulnérabilité. Quand les moindres gestes, même les plus anecdotiques, sont passibles de la justice, que nous reste-t-il ? Comment agir sans subir ?

Sous couvert de pacification, nous avons perdu toute puissance

Pour les autorités, un bon militant n’est plus un militant mort. On ne lui tire plus dessus comme il y a 60 ans en manifestation. Un bon militant est un militant dépressif et impuissant. Simple spectateur du désastre où il faudrait se cantonner à l’indignation. Écrire des communiqués, twitter dans le vide infini d’internet, rester derrière son écran. Sans prise sur le réel. Cumuler les « like », les « grrr », les « wouah » et tous ces émoticônes sponsorisées par Facebook qui ne pourront jamais figurer l’ampleur de notre rage, la densité de nos rêves.

Sous couvert de pacification, nous avons perdu toute puissance. Saisis par une camisole moderne, qui ne cesse de nous enserrer. Vous résistez à un gendarme en manifestation ? « Outrage. » Vous osez lever le bras devant la matraque ? « Rébellion. » Les mois de sursis tombent comme la pluie. Le marteau du juge aussi. « Au suivant ! » Notre jeunesse défile sur les bancs des accusés, coupables de ne pas accepter le monde qu’on lui cède, rempli de déchets radioactifs, pourri aux pesticides. Un monde où le bruit des bottes couvre celui de nos rires, de nos joies, de nos espoirs.

En parallèle, l’arsenal répressif continue de s’approfondir, de piétiner ouvertement les libertés individuelles. La circulaire envoyée par le ministère de la Justice en septembre 2016 pour réprimer les mouvements types Zad s’applique parfaitement à Bure. « Interdiction de manifester », incrimination pour « association de malfaiteurs », « jugement expéditif », « procès pour entrave à travaux »… Nous assistons au déploiement d’un dispositif contre-insurrectionnel qui criminalise nos amitiés et calque le système mafieux sur nos luttes.

Le 23 octobre, le Sénat a adopté une proposition de loi portée par Bruno Retailleau [La proposition de loi est depuis le 26 octobre parvenue à l’Assemblée nationale.]], l’ex-président du conseil général de Loire-Atlantique, qui a fait des zadistes le nouvel ennemi intérieur. Son texte contre les violences en manifestation ne vise évidemment pas la recrudescence des brutalités policières, ou celles des milices privées mode Benalla.

L’objectif de la proposition de loi est de briser tout surgissement d’une puissance collective. De pacifier la plèbe. De casser la spontanéité et la vitalité des cortèges de tête, où se côtoient des individus non affiliés et non contrôlables, où s’inventent des slogans, des rythmes, des chants, où parfois, on se prend à croire que l’on peut, le temps d’un instant incandescent, changer le cours des choses.

Il ne pourra y avoir de transition douce, de désobéissance sympathique

Ce que les autorités et l’élite oligarchique veulent, c’est des manifestations plan-plan, des défilés qu’ils peuvent du haut de leur tour d’ivoire mépriser allégrement, regarder passer comme l’eau sous les ponts. Entendre crachoter dans un mégaphone des formules périmées. Mille fois entendues. Des « sinon ça va péter » sans lendemain, des « on lâche rien », criés très fort, pour oublier que l’on a tout perdu…

Alors que nous nous retrouvons de plus en plus fragiles face au pouvoir, une seule conviction m’habite. Il ne pourra y avoir de « transition douce », de « désobéissance sympathique » ou de « révolution tranquille ». C’est une pure illusion. Malheureusement, on ne bousculera pas l’ordre établi sans devoir se confronter aux forces de l’ordre, sans se heurter aux tribunaux, sans remplir les prisons.

C’est un triste constat. Qui dépasse largement le débat sclérosant entre la violence et la non-violence dans nos luttes. Quelle que soit la stratégie adoptée, de la désobéissance civile au sabotage, du sit-in pacifiste à la casse, toute forme d’action, si elle est efficace, sera muselée et traduite en justice.

Parmi de nombreus-e-s ami-e-s ayant subi cette répression, je pense en ce moment particulièrement à Loïc Schneider, un jeune opposant à Bure de 24 ans, maraîcher et poète. Il est emprisonné à Hambourg, en Allemagne, depuis août dernier, après avoir été livré par les autorités françaises à la police allemande. Il est accusé d’avoir participé aux manifestations anti-G20 à Hambourg, après avoir subi plusieurs procès en France, piraté le site de l’Andra sur internet ou s’être attaqué aux grilles du laboratoire, à Bure. J’enrage d’imaginer cet ami loin des siens, enfermé pour ses idéaux, qu’il a toujours défendus sincèrement. Enfermé parce qu’il a décidé d’agir et de dépasser le stade de l’indignation, enfermé pour nous tous, pour un avenir sans nucléaire et sans l’oligarchie qui nous gouverne.

Prendre conscience de la situation et s’organiser

Aujourd’hui, nous devons prendre la mesure de ce qui nous arrive. Ne plus être naïfs. Ne plus s’accrocher à des illusions perdues ni à des mots qui ont perdu leur sens. L’« État de droit » légitime l’expulsion de la Zad et la destruction de lieux de vie. La « démocratie participative » cautionne les pires projets d’aménagement. Quant à « la justice », soit elle est inefficace pour condamner les crimes policiers, comme ceux de Rémi Fraisse ou d’Adama Traoré, ou pour empêcher des projets nuisibles, soit elle écrase l’opposition avec mépris.

Une guerre de basse intensité est en cours. Elle s’attaque à la jeunesse, aux pauvres, aux déviants migrants, aux écosystèmes et à celles et ceux qui luttent pour le vivant. Et dans cette offensive, nous sommes de plus en plus à nu et démunis. Fichés et fliqués.

Nous avons besoin de lier de nouvelles complicités, d’ouvrir plus d’espaces dans lesquels composer et se rencontrer. Articuler des pratiques, inventer un récit commun, à travers nos luttes qu’elles soient au sein de l’usine ou sur une Zad, que l’on soit syndicaliste, squatteur, antinucléaire, membre d’associations citoyennes, paysan.ne, autonome, citoyen, forestier. Il faudrait arriver à dépasser les logiques de milieux et les crispations identitaires. La convergence ne s’invoque pas, elle s’aiguise et se travaille au quotidien. Elle se tisse avec patience comme l’étoffe.

Un jour, peut-être, nous arrêterons de fredonner des complaintes victimaires, de jouer à l’« innocentisme ». Nous accepterons la guerre des mondes. Nous prendrons simplement actes collectivement et nous nous organiserons en conséquence. Par de nouvelles solidarités, par la multiplication des collectifs anti-répression, par une meilleure circulation des caisses de soutien. En nous rendant aussi plus insaisissables, en améliorant la porosité entre nos milieux, en rendant nos pratiques complémentaires. Nous y retrouverons de la force, une puissance. Partout. Ensemble.

Ce texte se veut une invitation. Un appel à se rencontrer, se reconnaître, à mêler nos vécus, nos expériences de répression et de lutte, pour reprendre du souffle et s’orienter dans les temps à venir.

Gaspard d’Allens. Auteur et journaliste. Mardi 16 octobre, il a été jugé sans avoir été prévenu de son procès, sans même avoir pu se défendre pour avoir posé le pied sur une pelleteuse dans le bois Lejuc, à Bure. Il a été relaxé ce mardi 13 novembre.

Source : https://reporterre.net/Cette-guerre-de-basse-intensite-contre-toute-forme-de-revolte?fbclid=IwAR1_SPY0IY_3edmyQEGt9vloGm-y0b4g2uduA4O_043AroP4aM53H-pOeMg

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1968 – 2018 : D’un mai sauvage à l’autre

Appel international à converger sur Paris le 1er mai

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Une effervescence révolutionnaire

Aujourd’hui, certains journalistes, intellectuels, artistes et politiciens souhaitent commémorer l’année 68 et ses révoltes, qu’ils présentent comme animées uniquement par le désir de démocratie capitaliste, de plaisir individualiste et libéral. Une fois encore, il s’agit de vendre, de l’audimat, des torchons littéraires et des bulletins de vote ; il s’agit en fait de neutraliser et de mettre à distance ce qui a pu se jouer de politique lors de l’une des années les plus subversives, violentes et offensives de l’après-guerre. Analyser l’histoire pour marteler sa fin, évoquer la fougue et la révolte d’une génération pour mieux enfermer et pacifier la suivante.

Les étudiants parisiens entament le mois de mai en occupant la Sorbonne, les revendications singulières explosent, le refus d’un monde s’exprime sur les murs des villes et s’incarne dans les barricades nocturnes. Les ouvriers rentrent rapidement dans la danse et déclenchent une grève générale sauvage qui paralyse le pays. En deux semaines, le gouvernement plie et accorde des concessions sociales historiques, concessions rejetées par les grévistes…

A Mexico, pendant plusieurs mois, un mouvement pour la liberté d’organisation et contre la répression politique alterne manifestations de centaines de milliers de personnes, occupations des universités et lycées, et affrontements de rue. L’État mexicain achèvera le mouvement en assassinant plus de deux cents personnes lors du massacre de Tlatelolco.

Derrière le rideau de fer, un nouveau gouvernement lance un processus de libéralisation politique, soutenu par le peuple qui accélère sa mise en œuvre : liberté d’expression et de réunion, fin de la censure, ouverture des frontières vers l’Ouest, limitation du pouvoir de la surêté d’État. Il faudra que des chars investissent les places pour mettre fin au printemps de Prague.

Les Viêt-Congs lancent l’offensive du Têt contre les principales villes du Sud. Si les assaillants sont globalement repoussés après quelques semaines, cette offensive montre au monde les capacités de l’armée populaire vietnamienne, annonçant les débuts de la défaite américaine.

En Italie, le mouvement étudiant entre dans sa deuxième année. Partant d’une critique du système universitaire, de son autoritarisme et de sa fonction capitaliste, le mouvement déborde ce cadre, se mêle de politique internationale et de questions domestiques, enchaîne les grèves, quitte les campus pour se fondre dans les villes, et connaît ses premiers affrontements victorieux contre les flics. L’année 68 s’inscrit dans les débuts de la longue séquence rouge italienne, douze années d’expérimentations et de conflits politiques, d’occupations, de grèves, d’émeutes, de lutte armée, de radios pirates, d’expropriations, de quartiers en rébellion. Un bouleversement de tous les aspects de la vie…

Ailleurs aussi, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Sénégal, un mouvement d’émancipation sans précédent secoue la planète : libérations sexuelle et politique, luttes contre toutes les formes d’autorité, mouvement féministe et dissidence politique ; refus du travail, du monde de l’économie et de ses diktats ; vies communautaires et illégalismes ; naissance de l’écologie radicale et rejet du système académique, réappropriation de savoirs ; rébellion contre l’impérialisme, l’institution militaire et les guerres coloniales.

Les femmes et les hommes qui ont porté ces luttes en ont payé le prix fort, des dizaines de milliers de blessés et de morts, de prisonniers et d’exilés. Mais ils ont aussi connu des victoires et des puissances nouvelles, expérimenté des formes de vie et de combats inédites ; fissurer le monde pour en faire émerger d’autres, inconnus et fous… Partout, ce sont des alliances entre ouvriers et étudiants, entre hommes et femmes, entre immigrés et citoyens nationaux qui ont forgé l’ampleur et l’intensité de ces mouvements, l’altérité comme puissance commune, une manière de désarçonner l’adversaire, de se réinventer, d’apprendre à se battre, et à gagner.

mai68Ils commémorent, on recommence

Malgré toutes ces tentatives révolutionnaires, le régime capitaliste a continué sur sa lancée, de mutations en récupérations, de pics de croissance en crises mondiales, le monde est plus malade qu’il ne l’a jamais été :

Les citoyens européens sont supposés être au sommet de la liberté, leurs vies regorgent de choix palpitants. Le choix de liker ou pas, le choix de cette marchandise de merde, ou de la suivante, le choix de ce parti ou d’un autre, qui mèneront de toute façon la même politique, et, évidemment, le choix du type de cancer qui nous fera crever… Une abondance de trajectoires vides de sens pour nous faire oublier notre absence de destin, voilà ce que le capitalisme offre aux « privilégiés » de notre époque. Quant aux autres, les millions de migrants fuyant les guerres, la pauvreté ou les destructions climatiques, ils sont condamnés à l’errance et à la mort aux portes de l’Europe, ou, lorsqu’ils arrivent à passer, à devenir la main d’œuvre exploitée du patronat, ainsi que la chair à canon sur laquelle les polices occidentales expérimentent leurs techniques répressives.

Sur le plan de l’égalité, certaines femmes blanches et cultivées peuvent aujourd’hui devenir des managers comme les autres, et même parfois les dirigeantes de grandes puissances mondiales. Mais le nombre de viols et de féminicides ne diminue pas pour autant, et les femmes racisées continuent à être le ciment inavouable de nos sociétés : laver, soigner, assembler, éduquer, et surtout rester invisibles.

Le travail est plus que jamais imposé comme la valeur cardinale de notre société. Les chômeurs sont traqués, méprisés et éradiqués. Uber, Amazon et leurs armées de managers « créatifs » entreprennent de ré-inventer le fordisme et un mode d’être au monde où chaque seconde est comptée et contrôlée : le culte de l’instant, un présent perpétuel ne laissant aucune place au passé ni à l’avenir…

Au niveau global, on ne peut plus compter le nombre d’espèces animales disparues ou en voie de disparition, pas plus que le nombre d’écosystèmes détruits ou le degré de pollution des océans. Le monde de l’économie continue d’imposer toujours plus la domination de la planète, et la destruction de toutes les formes de vie.

Dans cet univers merveilleux émergent heureusement une forme de conscience lucide, des tentatives de subversions et de confrontations. Un peu partout, la désertion progresse, le capitalisme vert et les politiciens professionnels ne font plus rêver que les idiots ou les salauds. Des alliances se tissent, des migrants occupent des places et des bâtiments, rendent visibles leurs existences et leurs expériences, des femmes s’organisent ensemble pour faire valoir leurs droits, leurs voix et leurs vies. A une échelle plus large, des réformes politiciennes ou des meurtres policiers peuvent entraîner des éruptions politiques massives et inattendues, des grands projets d’infrastructure donnent parfois naissance à des communes libres et à des transformations sensibles de territoires entiers, certaines réunions des dirigeants de ce monde finissent par la mise en échec de milliers de policiers et le saccage en règle de métropoles hyper-sécurisées.

Dans le cadre de ces tentatives, un appel à se rendre à Paris pour un mois de mai sauvage a été lancé par des camarades français. Par ce texte, nous souhaitons répondre positivement à cette invitation, et la relayer auprès de tous nos complices et amies, en devenir ou éprouvées.

Nous nous rendrons à Paris parce que nous pensons que, tout autant que l’état du monde, les mots et l’histoire méritent eux aussi un combat. Il ne s’agit pas de fétichisme ou d’idéalisation d’une période révolue, mais de se nourrir, de rendre vivantes une mémoire, une histoire, des vies et des luttes, ainsi que les désirs et visées qui les ont traversés. Il y a cinquante ans, des milliers de compagnons se sont lancés à l’assaut du ciel. Qu’ils aient finalement échoué à abattre le capitalisme n’est pas l’important. Ce qui nous importe, ce sont les questionnements, les gestes et les élans qu’ils ont posés et comment leur faire écho, comment les respirer, les interroger, les réitérer peut-être. Comme le disent nos amis zapatistes, l’avenir est dans notre passé…

Nous nous rendrons également à Paris pour ce qui s’y joue actuellement, pour soutenir nos camarades français et présenter nos meilleurs vœux à Macron. Elu sur le rejet de la classe politique traditionnelle et se présentant comme « apolitique », Macron met en œuvre depuis un an une politique néolibérale à un rythme frénétique : destruction des droits sociaux, autoritarisme assumé, accroissement du contrôle étatique. Sa première erreur pourrait être de mener actuellement de front des réformes du baccalauréat, de l’accès à l’université et de la SNCF, tout en ayant rendu clair qu’il s’apprête à démolir le secteur public français. Les cheminots, connus comme étant les ouvriers les plus combatifs, ont initié un mouvement de grève qui affectera fortement les transports à partir de début avril. De nombreux lycéens et étudiantes ont commencé à bloquer et occuper leurs écoles et universités. Dans la fonction publique, les travailleurs comprennent que les cadences infernales et le management agressif auxquels ils sont soumis ne feront qu’empirer. Bien sûr le gouvernement double ses attaques politiques d’attaques médiatiques contre les cheminots et les fonctionnaires, alors que les occupations de lycées et d’universités font face à une répression policière et administrative féroce.

Mais la journée de grève et de manifestations du 22 mars 2018 a laissé voir une combativité et une détermination qu’on n’avait plus vu depuis le mouvement contre la loi travail de 2016 : 180 manifs dans toute la France, les systèmes ferroviaires et aérien durement touchés, des cortèges de tête massifs et offensifs. Personne ne peut dire comment ce début de mouvement évoluera dans les semaines à venir, mais il y aura un enjeu certain à créer des ponts, multiplier les rencontres et les mondes à partager : envahir les gares en manif, ouvrir les assemblées, occuper des lieux, trouver des cibles communes… Essayer de sentir et de combattre ensemble, pour que le printemps qui vient dépasse l’histoire et libère enfin un temps dont on s’éprenne.

Rien n’est fini, tout commence…

Source : https://lundi.am/1968-2018-D-un-mai-sauvage-a-l-autre

Charlie Bauer et notre devoir d’insoumission

Un joli film dans lequel Charlie Bauer (mort il y a cinq ans jour pour jour, le 7 août 2011) évoque avec passion et sans reniement aucun sa vie d’insurgé.

Son engagement sans compromis pour la révolution, son refus de laisser le monopole de la violence et des armes à l’Etat, Charlie Bauer le paya de vingt-cinq années de prison – dont neuf dans les funestes QHS.

Pour les amis du désordre établi, Charlie Bauer fut un « voyou », un « bandit », un « voleur ». Drôle de voyou qui ne recherchait aucun profit personnel, drôle de voleur qui redistribuait ses larcins aux pauvres de son quartier ou s’en servait pour financer des groupes révolutionnaires…

Si à sa sortie de prison en 1988 il abandonne la guérilla et mène une vie un peu plus « normale », il n’en continue pas moins à militer, ne cessant jusqu’à sa mort de nous rappeler à notre devoir d’insoumission. Il aimait beaucoup citer ce vers de Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

La vraie violence, c’est celle du capitalisme et du profit-roi


La violence, ce n’est pas d’arracher une chemise à un directeur des « ressources humaines »… La violence, c’est de licencier des milliers de personnes juste pour faire du pognon, avec toutes les conséquences terribles que cela peut avoir pour ces derniers dans une société comme la nôtre : misère, exclusion, dépression, suicide, etc.
La violence, la véritable violence, elle n’est pas du côté des salariés qui expriment une colère légitime, elle est du côté des patrons et des actionnaires qui, par cupidité, par souci de rentabilité, sèment la misère et la souffrance à grande échelle. Une violence qui ne s’exprime pas seulement dans les licenciements, dans les délocalisations et le chômage de masse mais aussi dans la précarisation du travail, dans la dégradation et le durcissement des conditions de travail – un durcissement qui engendre maintes maladies, maintes souffrances psychiques (pensons aux troubles musculo-squelettiques ou encore au burn out) et de nombreux accidents (540 accidents mortels en 2013 en France !).
Les véritables voyous, on le voit, ce sont les capitalistes qui n’ont d’autre morale que l’argent, et non pas les salariés qui se défendent comme ils le peuvent.
Comme les 2900 salariés d’Air France concernés par le « plan social », tous ceux dont la vie est réduite à une simple variable d’ajustement ont le droit et même le devoir de se révolter.
Non seulement les «violences» commises par les salariés d’Air France ne sont pas condamnables, mais elles sont à saluer. Elles sont à saluer eu égard à ce qu’elles incarnent d’exemplaire et réjouissante rupture avec toutes nos habitudes serviles et masochistes.
La peur doit changer de camp. Il est temps de faire comprendre à tout ce beau monde qu’on ne peut pas semer la misère et le malheur impunément. Il est temps de leur faire comprendre qu’on ne peut pas humilier des êtres humains et prétendre en même temps au respect de sa personne. Les capitalistes ont à leur disposition une police et une «justice» pour nous intimider et nous faire marcher droit ; opposons-leur une force plus dissuasive encore : celle qui a la vérité et la justice avec elle, celle qui requiert une unité et une solidarité sans faille de notre camp, celle qui se déploie à travers nos luttes et nos mille et une bravoures, celle qui se nourrit sans cesse de notre intelligence et de notre inventivité.
Le caractère démentiel des réactions politiques et médiatiques, la brutalité de la riposte judiciaire et policière – des salariés rebelles menacés de trois de prison, et interpellés chez eux à six heures du matin, comme s’il s’agissait de dangereux criminels, pour être placés en garde à vue pendant plus d’une journée -, n’étonnera que ceux qui ignorent que nous sommes en guerre. Oui, c’est bien une guerre quotidienne que les riches et les capitalistes nous mènent pour s’assurer de notre dévouement à les servir et les enrichir. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour se goinfrer toujours plus au détriment de notre droit à la vie et au bonheur. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour démanteler tous nos acquis sociaux, qui sont pour eux autant d’inacceptables entraves à leurs criminelles ambitions. Oui, c’est bien une guerre dont il s’agit – une guerre économique, idéologique, psychologique bien davantage encore que policière et judiciaire. Le temps est venu d’en prendre conscience et d’enclencher la contre-offensive. Le temps est venu de reprendre l’offensive contre tous ceux qui, comme le patron d’Air France, se croient autorisés à briser la vie de milliers de gens et cachent à peine leur volonté d’en finir, entre autres choses, avec le droit de grève et l’interdiction du travail des enfants !

(texte mis à jour le 15 octobre)

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bousculage des patrons

La vraie violence n’est pas « celle des coups de poing »

« Qu’est-ce que la violence ? Pas seulement celle des coups de poing ou des coups de couteau des agressions physiques directes, mais aussi celle qui se traduit par la pauvreté des uns et la richesse des autres. Qui permet la distribution des dividendes en même temps que le licenciement de ceux qui les ont produits. Qui autorise des rémunérations pharaoniques en millions d’euros et des revalorisations du Smic qui se comptent en centimes.  »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, « La violence des riches : Chronique d’une immense casse sociale »

La violence des capitalistes « ne fait pas de bruit » mais c’est pourtant la plus terrible

« La violence c’est une chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder en effet par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connue des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoires, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. (…) Tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Jean Jaurès dans un discours à l’Assemblée nationale, le 19 juin 1906.

Solidarité avec les Grecs en lutte ! A bas la dictature des banquiers !

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Solidarité avec les Grecs qui résistent courageusement aux charognards de l’UE et du FMI et à leurs injonctions et méthodes infamantes !

On veut nous faire croire que les Grecs auraient une dette à payer aux banques, qu’ils seraient responsables de la situation actuelle et qu’ils n’auraient donc pas d’autres choix que d’accepter encore et encore les sacrifices exigés par l’Union européenne et le FMI. On veut nous faire croire que les Grecs seraient des paresseux qui s’en seraient foutu plein les poches pendant des années et qu’il est bien normal qu’ils paient aujourd’hui leurs folies passées. On veut nous faire croire que le FMI, l’Union européenne ne seraient là-dedans que des bienfaiteurs et que les Grecs devraient être heureux qu’ils viennent les aider à payer « leur » dette.

La vérité c’est que l’on nous fait prendre pour une dette ce qui n’est qu’un racket organisé. La vérité c’est que cette « dette » n’est pas celle des Grecs mais le fruit de magouilles politico-bancaires et qu’elle n’est qu’un prétexte depuis 2010 à une politique de régression sociale, de saccage des solidarités et des services publics… Une politique qui n’a imposé de sacrifices qu’aux pauvres et a toujours épargné les plus riches. Une politique qui a eu pour conséquences l’explosion de la misère, de la malnutrition, de la mortalité infantile, du nombre de suicides… Des vies détruites, des conditions de vie dégradées, une catastrophe humanitaire, un peuple humilié, tout cela uniquement pour assouvir la cupidité de banquiers, tout cela uniquement pour remplir les poches de banquiers déjà plus que pleines !

Une politique malfaisante, criminelle que ces prédateurs déguisés en bienfaiteurs voudraient encore accentuer malgré le choix démocratique que les Grecs ont fait en janvier dernier (entre autres choses, ces salauds-là réclament une baisse des petites pensions et une augmentation de la TVA, autant dire des mesures qui rendraient encore plus difficile la vie des Grecs les plus pauvres). Une politique malfaisante, criminelle contre laquelle les Grecs (et leur premier ministre en tête) osent se rebeller, ce qui a le don d’agacer ces racailles en cravates qui redoublent d’ignominies et sont prêts aujourd’hui à asphyxier complètement la Grèce et à y installer la panique totale pour discréditer Syriza et obtenir l’obéissance et la résignation. Organiser un référendum pour que les Grecs puissent décider eux-mêmes s’ils acceptent ou non le plan du FMI et de la Commission européenne ? In-sup-por-ta-ble pour les Juncker, Merkel, Hollande et compagnie qui considèrent que ce sont aux banquiers de régenter nos vies.

Insistons bien là-dessus : ce qui se passe en Grèce depuis cinq ans n’est pas une « crise » mais une guerre menée par les banquiers, les capitalistes et l’ensemble des plus riches : une guerre de pillage, une guerre contre les pauvres, une guerre contre la prétention du peuple grec à disposer librement de son destin. Ce qui se passe en Grèce c’est aussi l’affrontement de deux visions du monde inconciliables : celle qui subordonne tout à la cupidité de quelques-uns contre celle, au contraire, où la dignité et l’épanouissement de chacun prévalent sur les caprices de quelques mafieux.

Les jours qui vont suivre, jusqu’au référendum du 5 juillet, seront décisifs. Les charognards vont exercer une pression terrible sur les Grecs, ils vont tout faire pour briser la résistance grecque et au-delà l’espoir dans un changement global de société, celui qu’incarnent notamment (certes à un degré modeste) Syriza ou encore Podemos en Espagne. Ils veulent faire de la Grèce un exemple, pour montrer ce qu’il en coûte de s’insurger, pour nous rentrer dans la tête qu’il n’y a pas d’alternative possible au monde tel qu’il est. Mais que les Grecs tiennent bon et ce serait assurément un tournant majeur pour les luttes sociales en Europe.

Bref, plus que jamais, il est important, crucial de montrer notre solidarité avec les Grecs en lutte, de relayer la vérité sur ce qui se passe là-bas et d’exercer la pression la plus forte sur nos gouvernants ! Plus que temps aussi de rejoindre la lutte en question, la lutte contre toutes ces crapules qui saccagent nos existences pour le pognon, la lutte pour rendre ce monde enfin vivable !

serrer la ceinture grèce

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« LUTTER CONTRE LA RESIGNATION, C’EST D’ABORD LUTTER CONTRE LA DESINFORMATION

Cette semaine, la lutte dans l’opinion publique s’annonce cruciale et décisive, face au rouleau-compresseur des médias dominants.

N’hésitez pas à vous emparer du petit film ci-dessous (dix minutes) pour rétablir la vérité, notre vérité, et montrer la situation réelle et la dynamique de résistance en Grèce et en Espagne.

En effet, il est très important de montrer que ce qui se passe cette semaine n’est pas seulement le problème de la Grèce.

Pour que souffle le vent du sud, aussi loin que possible, contre la résignation. »

« C’EST LE MOMENT OU JAMAIS, POUR TOUTES CELLES ET CEUX QUI SOUTIENNENT NOTRE RÉSISTANCE EN EUROPE ET AILLEURS, DE LE MONTRER DE TOUTES LES FAÇONS POSSIBLES JUSQU’AU DIMANCHE 5 JUILLET.

Créez, luttez, soyez inventifs. Faites circuler vos photos, vidéos, chansons, actions, messages… Partagez-les ici et ailleurs, autant que possible.

C’est maintenant que ça se joue, non pas seulement pour la résistance grecque, mais aussi, bien au-delà, pour l’imaginaire social de tout un continent.

NOUS AVONS UNE SEMAINE POUR DONNER UN SIGNAL FORT ET SORTIR DES MILLIONS DE PERSONNES DE LA RÉSIGNATION. »

Yannis Youlountas

http://jeluttedoncjesuis.net/

 

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« L’euro ou la haine de la démocratie » (article de Frédéric Lordon publié ce lundi 29 juin)

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A propos de la crise humanitaire provoquée par les politiques d’austérité en Grèce, cet article du Secours populaire : https://www.secourspopulaire.fr/crise-humanitaire-en-grece

 

Contre-information sur la situation en Grèce (Yannis Youlountas)

L’ANALYSE DE YANNIS (EN 28 MINUTES) SUR LES DESSOUS DU BATTAGE MÉDIATIQUE SUR LA GRÈCE, CETTE SEMAINE.
En particulier :
1 – Situation réelle et perspectives.
2 – Pourquoi les négociations vont aboutir.
3 – Pourquoi la dette finira par être annulée.
4 – Pourquoi le Grexit pourrait intervenir en octobre.

L’entretien date de ce lundi 22 juin. Des infos et analyses plus récentes sur l’avancée des négociations sont disponibles sur le site de Yannis Youlountas dédié à son nouveau film : http://jeluttedoncjesuis.net/

yy

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Jeudi 25 juin 2015, 15h.

Comment les arguments économiques et financiers sur la Grèce, relayés quotidiennement par les médias dominants, ne servent que de prétextes à un processus politique et idéologique aux conséquences dramatiques.

LES TYRANS QUE NOUS AVONS EN FACE DE NOUS,
À BRUXELLES ET AILLEURS, NE SONT PAS DES GESTIONNAIRES AVEUGLES,
MAIS DES ASSASSINS QUI SAVENT PARFAITEMENT CE QU’ILS FONT.

Pour faire simple et court : pourquoi la BCE et le FMI ont-ils racheté la quasi-totalité des dettes de la Grèce ? A la fois pour faire des cadeaux, comme d’habitude*, aux banques privées (principalement françaises et allemandes, dont certaines ont réussi à faire de grosses plus-values malgré la crise financière), mais aussi et surtout pour prendre pleinement le contrôle de la situation et faire de la « crise grecque » une affaire purement et totalement politique et idéologique.

Oubliez un peu les arguments économiques et financiers dont parlent tant les médias dominants. Certes, ils existent, bien sûr, mais ils ne sont pas le motif principal de ce qui se déroule sous nos yeux.

Dans ce qui se passe à Bruxelles, tous les arguments économiques et financiers ne servent que de prétextes à un processus politique et idéologique aux conséquences dramatiques, qui s’amplifie quotidiennement partout en Europe, à des vitesses différentes, et qui essaie, simultanément, de piéger et de tuer tous les espoirs alternatifs qui s’expriment intensément et diversement en Grèce.

Le revolver qu’on nous met sur la tempe est politique. Disons-le sans détour : les tyrans que nous avons en face de nous, à Bruxelles et ailleurs, ne sont pas des gestionnaires aveugles, mais des assassins qui savent parfaitement ce qu’il font.

Un jour viendra où il faudra organiser un nouveau Tribunal de Nuremberg, qui s’appellera peut-être le TRIBUNAL DE BRUXELLES, POUR JUGER TOUS LES CRIMES DU CAPITALISME, notamment néolibéral, et mettre hors d’état de nuire leurs auteurs et leurs complices.

800 millions d’êtres humains souffrent officiellement de la faim dans le monde et deux milliards sont en sous-nutrition**. Innombrables sont les victimes chaque jour, dont beaucoup d’enfants. Des milliards de vies sont diversement ravagées ou réduites en esclavage.

Vienne le temps de dire non. Le temps des cerises. Le temps de vivre.

Y.Y.

* Par exemple, comme Sarkozy l’a fait en France lors de la crise des subprimes (cf. Lordon et Mordillat : « le grand retournement »).
** Nouveaux chiffres de la FAO, datant d’il y a une semaine