La vraie violence, c’est celle du capitalisme et du profit-roi


La violence, ce n’est pas d’arracher une chemise à un directeur des « ressources humaines »… La violence, c’est de licencier des milliers de personnes juste pour faire du pognon, avec toutes les conséquences terribles que cela peut avoir pour ces derniers dans une société comme la nôtre : misère, exclusion, dépression, suicide, etc.
La violence, la véritable violence, elle n’est pas du côté des salariés qui expriment une colère légitime, elle est du côté des patrons et des actionnaires qui, par cupidité, par souci de rentabilité, sèment la misère et la souffrance à grande échelle. Une violence qui ne s’exprime pas seulement dans les licenciements, dans les délocalisations et le chômage de masse mais aussi dans la précarisation du travail, dans la dégradation et le durcissement des conditions de travail – un durcissement qui engendre maintes maladies, maintes souffrances psychiques (pensons aux troubles musculo-squelettiques ou encore au burn out) et de nombreux accidents (540 accidents mortels en 2013 en France !).
Les véritables voyous, on le voit, ce sont les capitalistes qui n’ont d’autre morale que l’argent, et non pas les salariés qui se défendent comme ils le peuvent.
Comme les 2900 salariés d’Air France concernés par le « plan social », tous ceux dont la vie est réduite à une simple variable d’ajustement ont le droit et même le devoir de se révolter.
Non seulement les «violences» commises par les salariés d’Air France ne sont pas condamnables, mais elles sont à saluer. Elles sont à saluer eu égard à ce qu’elles incarnent d’exemplaire et réjouissante rupture avec toutes nos habitudes serviles et masochistes.
La peur doit changer de camp. Il est temps de faire comprendre à tout ce beau monde qu’on ne peut pas semer la misère et le malheur impunément. Il est temps de leur faire comprendre qu’on ne peut pas humilier des êtres humains et prétendre en même temps au respect de sa personne. Les capitalistes ont à leur disposition une police et une «justice» pour nous intimider et nous faire marcher droit ; opposons-leur une force plus dissuasive encore : celle qui a la vérité et la justice avec elle, celle qui requiert une unité et une solidarité sans faille de notre camp, celle qui se déploie à travers nos luttes et nos mille et une bravoures, celle qui se nourrit sans cesse de notre intelligence et de notre inventivité.
Le caractère démentiel des réactions politiques et médiatiques, la brutalité de la riposte judiciaire et policière – des salariés rebelles menacés de trois de prison, et interpellés chez eux à six heures du matin, comme s’il s’agissait de dangereux criminels, pour être placés en garde à vue pendant plus d’une journée -, n’étonnera que ceux qui ignorent que nous sommes en guerre. Oui, c’est bien une guerre quotidienne que les riches et les capitalistes nous mènent pour s’assurer de notre dévouement à les servir et les enrichir. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour se goinfrer toujours plus au détriment de notre droit à la vie et au bonheur. Oui, c’est bien une guerre qu’ils mènent pour démanteler tous nos acquis sociaux, qui sont pour eux autant d’inacceptables entraves à leurs criminelles ambitions. Oui, c’est bien une guerre dont il s’agit – une guerre économique, idéologique, psychologique bien davantage encore que policière et judiciaire. Le temps est venu d’en prendre conscience et d’enclencher la contre-offensive. Le temps est venu de reprendre l’offensive contre tous ceux qui, comme le patron d’Air France, se croient autorisés à briser la vie de milliers de gens et cachent à peine leur volonté d’en finir, entre autres choses, avec le droit de grève et l’interdiction du travail des enfants !

(texte mis à jour le 15 octobre)

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bousculage des patrons

La vraie violence n’est pas « celle des coups de poing »

« Qu’est-ce que la violence ? Pas seulement celle des coups de poing ou des coups de couteau des agressions physiques directes, mais aussi celle qui se traduit par la pauvreté des uns et la richesse des autres. Qui permet la distribution des dividendes en même temps que le licenciement de ceux qui les ont produits. Qui autorise des rémunérations pharaoniques en millions d’euros et des revalorisations du Smic qui se comptent en centimes.  »

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, « La violence des riches : Chronique d’une immense casse sociale »

La violence des capitalistes « ne fait pas de bruit » mais c’est pourtant la plus terrible

« La violence c’est une chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder en effet par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connue des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoires, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. (…) Tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Jean Jaurès dans un discours à l’Assemblée nationale, le 19 juin 1906.

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La « crise des migrants » appelle une révolution politique et culturelle

merkel migrantsAprès s’y être montrée résolument hostile pendant des mois, la bande de médiocres qui prétend diriger la France a finalement consenti à accueillir 24 000 réfugiés syriens supplémentaires… sur deux ans – soit au total 33 000.

Ce que ces messieurs dames osent appeler « générosité » et « fidélité à nos traditions d’accueil » ne relève en fait que d’un pur souci d’image : ils ne peuvent pas se permettre de perdre la face alors qu’une « vague migratoire » inédite depuis des décennies secoue l’Europe, et est au centre de toutes les attentions. Il n’y a, dans l’attitude de la France comme des autres pays européens face à la « crise des migrants », que de l’hypocrisie, que de la bonne conscience mêlée souvent à de l’opportunisme économique – mais absolument aucune générosité. L’Allemagne de Merkel est emblématique de cette fausse générosité, elle qui passe maintenant pour le phare de la bonté humaine alors qu’elle ouvre grand ses frontières aux réfugiés syriens uniquement parce qu’elle a un besoin impérieux de main-d’œuvre.

On accueille quelques réfugiés syriens (tout au plus 150 000 pour toute l’Union européenne) alors qu’ils sont à ce jour plus de cinq millions à avoir fui leur pays en guerre, et les gouvernements européens croient s’en tirer à bon compte ! On fait preuve d’un peu de « générosité » envers les Syriens qui fuient la guerre, mais c’est pour mieux nous faire oublier que l’on va, en parallèle, redoubler d’inhumanité vis-à-vis de tous les autres migrants, en particulier ceux qui fuient la misère – ces migrants, africains pour l’essentiel, qui sont eux des « mauvais » migrants et peuvent continuer à mourir en mer. On voudrait aussi par un peu de « générosité », de « compassion », masquer les raisons pour lesquels les uns fuient la guerre, les autres la misère. On voudrait aussi par des discours faussement « droit de l’hommiste » nous faire oublier les responsabilités des gouvernements occidentaux dans cette catastrophe humanitaire.

Pourtant si l’on veut apporter une véritable aide à tous ces gens qui fuient leur pays, il faut d’abord faire l’effort de rechercher et d’analyser les causes profondes de leur exode.

Aux origines du drame des migrants : nos pillages et nos guerres

On nous dit que les réfugiés syriens fuient la guerre. Mais nous dit-on les responsabilités des pays occidentaux (et notamment de la France) dans cette guerre et ce chaos qui frappent les Syriens ? Il y a bien sûr la responsabilité écrasante d’Assad et de son régime détestable, mais était-il bien responsable d’armer contre lui des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda, comme l’ont fait la France et les Etats-Unis, et qui ont par la suite participé à la création de l’ « Etat islamique » ? La France, aveuglée par son désir de faire tomber Assad à tout prix, non pour y installer la « démocratie » comme elle le prétend mais pour pouvoir contrôler un point hautement stratégique dans le transit du gaz et du pétrole de toute la région, a enfoncé la Syrie dans le chaos. Si la Syrie, mais aussi l’Irak et la Libye sont en proie aujourd’hui au chaos et sous la menace d’islamistes parmi les plus sinistres, il n’y a rien de bien mystérieux : c’est la conséquence de nos guerres soi-disant « pour la démocratie » et en réalité pour le contrôle et le pillage de leurs richesses ; des guerres et leur cortège de dévastations et d’humiliations qui ne pouvaient guère propager au cœur des populations locales autre chose que haine et extrémisme. Comment peut-on, après avoir allumé l’incendie et répandu le sang, rechigner à tendre la main à ces gens qui viennent demander asile ? Comment peut-on, comme la France, être l’un des plus grands marchands d’armes au monde et se sentir aussi peu responsables du sort de ceux qui fuient la guerre et les massacrons ? Et quand bien même n’aurions-nous aucune responsabilité dans ces guerres, nous n’aurions pas moins un devoir de solidarité ; rien ne saurait excuser notre indifférence.

Quant aux migrants qui fuient la misère, essentiellement des Africains, on ne nous en dit pas davantage sur la terrible responsabilité – là encore – des pays occidentaux. On ne nous dit pas à quel point nous pillons les pays du Sud, en particulier ceux du continent africain, et y semons par là la misère. On ne nous dit rien des mécanismes par lesquels ce pillage s’organise – un pillage qui n’est pas moins intense qu’à l’époque de la dite colonisation. On ne nous dit rien du rôle clé que jouent nos guerres et interventions armées en Afrique et ailleurs dans ce pillage organisé. On ne nous dit rien, par exemple, des « accords » commerciaux iniques qui imposent aux Africains de vendre leurs matières premières à des coûts inférieurs à celui du marché mondial et interdisent la taxation des produits importés d’Europe. On ne nous dit rien du contrôle étroit qu’exerce la France sur la politique monétaire de ses ex-colonies d’Afrique à travers le Franc CFA. On ne nous dit rien de ces dettes pharamineuses et illégitimes, contractées par le passé par des dictateurs et politiciens malhonnêtes, que l’on ose réclamer aux pays africains, et dont le paiement des intérêts prend souvent une énorme place dans les budgets nationaux et empêchent le financement de services indispensables à la population. On ne nous dit rien des agissements des multinationales, pleines d’imaginations pour ne pas payer l’impôt et pratiquer la fraude fiscale. Surtout, on ne nous dit pas à quel point la puissance de notre économie et notre haut niveau de vie sont redevables de ce pillage.

Accueillir toute la misère du monde ? Non, cesser de la fabriquer !

A ceux qui réclament que l’on tende la main aux migrants qui débarquent en Europe, on oppose le sempiternel et lassant « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». S’il faut accueillir ceux qui frappent à nos portes, il s’agit bien moins d’« accueillir toute la misère du monde » que de cesser de la fabriquer. Cette misère que l’on regarde comme si nous y étions étrangers, c’est bel et bien notre misère. Cette misère est d’abord le fruit de notre misère morale.

Ne plus fabriquer cette misère implique de mettre hors d’état de nuire tous ceux qui organisent le pillage et la mise à sac des pays du Sud, dirigeants politiques et économiques en tête. Ce qui veut dire aussi, concrètement : cesser d’alimenter ces mécanismes de pillage en adoptant des modes de vie plus sobres. Il faut bien comprendre que notre niveau de vie actuel, à nous la plupart des Occidentaux, n’est possible que par le pillage des pays du Sud et le maintien d’une grande partie de leur population dans la misère. Il faut bien comprendre, par exemple, que notre usage effréné de la voiture implique un approvisionnement bon marché en pétrole et donc l’usage régulier de la force contre les pays arabes. Dès lors, nous devons nous faire un devoir de refuser tout confort et toute jouissance bâtis sur la souffrance et la misère. Il faut aussi comprendre que nos modes de vie ne sont pas généralisables – ils sont écologiquement insoutenables – et sont dès lors doublement indéfendables. Il s’agit donc pour nous de « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » comme le disait Gandhi – et qui est le véritable sens de l’austérité. Il s’agit donc pour nous de faire le choix entre « l’eau pour tous ou le champagne pour quelques-uns » pour reprendre l’avertissement du président burkinabè Thomas Sankara, l’un des rares présidents africains à avoir tenu tête aux prédateurs occidentaux.

Aider vraiment les pays du Sud, c’est d’abord cesser de leur nuire

Ne plus fabriquer cette misère, ne plus contribuer aux guerres pour le contrôle des ressources comme le pétrole, cela exige un véritable bouleversement de notre regard sur le monde. Il s’agit notamment d’en finir avec notre regard condescendant, notre regard colonial sur l’Afrique et l’ensemble des pays du Sud. Depuis le XIXe siècle nous n’avons cessé de regarder l’Afrique, en particulier, comme un continent démuni, un continent « en retard », « sous-développé », peuplé d’incapables, et qui aurait forcément besoin de l’aide des Occidentaux – et nous avons fini par insinuer chez ces populations un véritable sentiment d’infériorité. Jadis on voulait « civiliser » l’Afrique, aujourd’hui on veut la « développer », mais la condescendance reste la même. Aider véritablement l’Afrique requiert pour les Occidentaux de cesser instamment d’inoculer aux Africains le poison du « développement », cet idéal faussement bienveillant qui a surgit dans les années soixante lors de la « décolonisation » et dont le but était d’imposer aux pays du Sud notre imaginaire consumériste et notre modèle économique destructeur – qui serait le seul modèle de « développement » possible – pour en faire des instruments plus dociles et plus productifs. Un « développement » qui a surtout consisté à détruire toutes les structures économiques traditionnelles, à saccager toutes les solidarités communautaires qui faisaient depuis des siècles la richesse de ces pays et les prémunissait contre la misère. Un « développement » qui a placé les Africains sans défense face aux prédateurs capitalistes et leur a fait connaître des drames humanitaires sans équivalent dans leur histoire. « N’est sous-développé que celui qui accepte l’image du développement de ses maîtres » disait Guy Debord. Laissons les Africains, qui ne sont pas moins capables et inventifs que nous, mettre au point et choisir leurs propres modèles économiques. Cessons de nous sentir supérieurs aux Africains, cessons de prétendre vouloir les aider quand nous exigeons en réalité qu’ils nous aident – à acquérir puissance et opulence.

Aider véritablement tous ces gens originaires de ces pays en proie à la misère ou à la guerre, c’est d’abord, on l’aura compris, cesser de leur nuire. Cessons de les piller, cessons de mettre leurs pays à feu et à sang, réparons nos torts et nos crimes commis jusqu’ici. Autrement dit : réduisons drastiquement les inégalités de richesse entre nos pays et les leurs, développons avec eux des relations équitables. Nous avons pour cela l’impérieux devoir d’élever notre niveau de conscience, d’accéder à une perception globale des choses, d’être capable de penser à l’échelle du monde, d’être capable d’appréhender les problèmes sous ses différents points de vue, d’être capable d’appréhender les conséquences de nos actes dans tous les domaines et d’un bout à l’autre du globe.

Bien sûr, il est possible que parmi tous ces gens qui essaient de venir en Europe, certains fuient moins la misère qu’ils ne cherchent à profiter de notre niveau de vie. Mais là encore, on ne voit pas très bien ce qu’on pourrait leur objecter. On ne voit pas très bien pourquoi, face à un tel pillage et un partage si injuste du gâteau, les habitants du Sud n’auraient pas le droit de reprendre un peu de ce que nous leur volons. Il ne faudrait quand même pas inverser les rôles et les dépeindre comme des vandales alors que nous sommes les premiers vandales. Tant que 20% des habitants de cette planète continueront à s’accaparer 80% des richesses du globe, les flux migratoires que nous connaissons aujourd’hui continueront – et même s’amplifieront.

malheurs de l'afrique
Oui, nous avons les moyens d’accueillir des migrants !

Dans l’immédiat, on ne peut décemment faire autrement que d’accueillir ces gens qui frappent à nos portes. C’est bien là la moindre des choses à faire. Un accueil qui doit se faire sans quelque arrière-pensée économique que ce soit. Pas plus que nous ne devons ajouter du malheur au malheur en refusant d’accueillir les réfugiés, nous ne devons – comme l’Allemagne aujourd’hui – appréhender ces gens comme une main d’œuvre utile et ainsi ajouter aux pillages des ressources naturelles le pillage des cerveaux et des talents. Nul doute que la plupart de ceux qui fuient par désespoir en Europe, que ce soit la guerre, les persécutions ou la misère, ne demanderaient qu’à retourner chez eux et à contribuer au bien de leur patrie – et nous devons en temps voulu les aider à retourner là d’où ils viennent si telle est leur volonté. Ceux qui s’extasient égoïstement devant l’ « opportunité économique » représentée par l’arrivée de migrants, sans se soucier de la perte que représente leur départ pour leur pays, ne valent guère mieux que ceux qui se les représentent à l’inverse comme des « coûts » et des « charges ».

Au passage, il est important de souligner que la fausse générosité dont nous parlons à propos des réfugiés a toujours valu – et vaut encore – pour l’ensemble des immigrés. Si les nations occidentales favorisent l’immigration depuis des décennies (certes à des degrés variables selon les pays et les époques), c’est toujours pour des raisons économiques. En France, au lendemain de la seconde guerre mondiale et pendant les « trente glorieuses », nous avions besoin de main-d’œuvre et alors nous avons eu recours à une importante immigration. Depuis les années 70, nous n’avons plus vraiment besoin de main-d’œuvre mais les capitalistes, les dirigeants économiques réclament toujours avec force et en permanence l’arrivée de nouveaux immigrés, de manière légale ou non. Les sans-papiers permettent en effet à nombre de patrons d’avoir une main-d’œuvre bon marché et docile, mais surtout l’apport continu d’immigrés légaux (parfois très qualifiés) sur le marché du travail contribue à maintenir à un haut niveau le chômage – ce qui permet, par la peur du chômage, par le chantage au chômage, de rendre les travailleurs toujours plus dociles face aux exigences patronales ; ce qui permet aussi, par une concurrence toujours plus féroce, de dresser les salariés et les chômeurs les uns contre les autres selon leurs origines. Autrement dit, l’immigration est utilisée par les dirigeants économiques dans un objectif de maintien de l’ordre capitaliste – une réalité que les dirigeants politiques, qu’ils s’affichent enthousiastes, réservés ou hostiles à l’immigration, s’activent à occulter par des discours et des débats superficiels. Constater cela ne veut bien sûr pas dire qu’il faille fermer nos cœurs et nos frontières et encore moins renvoyer chez eux les immigrés clandestins – comme le voudrait l’extrême-droite.

Bien sûr, on peut comprendre aisément que les Français les plus précaires, les sans-abris et tous ceux-là qui sont abandonnés par les pouvoirs publics et le reste de la société à un triste sort puissent prendre mal le fait que l’on offre à des réfugiés ce à quoi ils n’auraient pas droit. On peut aussi comprendre, de manière générale, qu’ils n’affichent pas un enthousiasme débordant par rapport à l’immigration, alors que tout est fait pour qu’ils deviennent xénophobes et racistes. Mais il faut le dire, le répéter : la France est riche. La France est pleine de ressources, n’en déplaise à toutes les crapules politiciennes qui s’activent à répandre le mensonge selon lequel « on n’aurait pas les moyens » d’accueillir de migrants et à dresser les déshérités d’ici contre les malheureux venant d’ailleurs – autant de manœuvres pour éviter que nous remettions en cause les inégalités de richesse entre Français comme au niveau international. Oui, la France est riche, elle n’a même jamais été aussi riche – riche au prix précisément de toute cette misère et de toutes ces guerres que nous suscitons. Il n’y a pas à choisir entre aider « nos SDF » – dont le sort intéresse soudainement cette horde de bonimenteurs – et tous ceux qui sont victimes, hors de nos frontières, de notre soif de richesses matérielles. Nous devons et pouvons aider les uns et les autres. Comment peut-on oser prétendre que nous manquons en France de ressources alors que les riches sont toujours plus riches, que les dix familles les plus riches de ce pays ont vu leur patrimoine grossir de 57 milliards en 2014 ? Comment peut-on oser prétendre mensonge pareil alors même qu’un patron incompétent et nuisible, comme celui d’Alcatel, peut se permettre de quitter son poste avec sept millions d’euros de bonus ? Comment peut-on oser prétendre qu’on ne peut pas loger ces réfugiés alors que, selon l’INSEE, il y a plus de 2 400 000 logements vacants en France ! Comment diable peut-on mettre sur un même plan nos difficultés et celles des migrants ?

Les migrants ne sont pas nos ennemis

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre à ce que les gardiens de l’injustice sociale nous présentent les migrants autrement que comme une menace terrible, autrement que comme des voleurs et des fauteurs de troubles, que ce soient ouvertement comme la droite et l’extrême-droite ou plus subtilement comme la « gauche » façon Hollande-Valls. Il faut bien cela pour tenter de nous faire perdre de vue ceux qui nous menacent vraiment, ceux qui sont véritablement nos ennemis, à savoir cette horde de sangsues (patrons de grandes entreprises, banquiers, actionnaires…) dont ils sont les larbins, ceux-là qui accaparent d’immenses richesses au détriment de tous, ceux-là qui organisent et sèment la misère et le malheur à grande échelle. Pour les véritables fauteurs de misère, il est capital de faire croire aux pauvres que tous leurs problèmes viennent d’autres pauvres : c’est ainsi que l’on dresse le salarié contre le chômeur et l’« assisté », c’est ainsi que l’on dresse le Français « de souche » contre l’immigré, l’étranger, le Rom, le Musulman. Quand les pauvres se font la guerre, les riches vivent en paix.

S’il est vrai que nous, Français, manquons de ressources, ce ne sont pas de ressources matérielles et financières, mais plutôt de ressources morales, affectives. L’égoïsme, l’absence totale d’empathie, la mesquinerie, la bêtise, la mauvaise foi dont font preuve une partie hélas non négligeable des Français à l’égard de ces migrants dit beaucoup sur la santé morale de nos sociétés occidentales. Il nous faut être pris d’une profonde cécité morale pour appréhender les malheureux de la terre comme un véritable fardeau, comme d’une charge trop lourde pour nous tout en considérant comme légitimes et louables les exactions à grande échelle des riches. Il est trop facile de mettre cette misère morale sur le dos d’agitateurs d’extrême-droite ou sur un racisme prétendument inhérent aux classes populaires. Le mal est plus profond. C’est tout un système de valeurs, reposant sur le chacun pour soi et la religion de l’argent qui est ici en cause. On ne peut pas, comme nombre d’adeptes de la « gauche » façon Hollande-Valls, défendre la guerre de tous contre tous et ses multiples ravages (chômage de masse, précarité, misère, etc.) et s’étonner que ceux qui en sont victimes aujourd’hui se montrent réticents à l’accueil des réfugiés. On ne peut pas inoculer le poison du chacun pour soi dans les consciences et reprocher soudainement aux gens de sombrer dans le repli sur soi.

L’exigence d’une révolution politique et culturelle

Nous parlons de « crise des migrants », mais c’est surtout de notre crise qu’il s’agit. De la crise de l’Occident. Nous sommes peut-être en fin de compte les plus à plaindre, nous qui manquons de ressources morales, autrement dit de véritables richesses, nous qui croyons naïvement qu’il suffit de disposer de ressources matérielles, financières, technologiques pour faire le bonheur du monde malgré le démenti que chaque jour apporte. Chaque jour nous montrons notre incapacité à éradiquer la misère comme à stopper la destruction de l’environnement ; nous n’y arrivons pas parce que la solution à ces deux problèmes comme à tant d’autres n’est ni matérielle ni financière ni technologique mais d’abord morale. Pas plus que les « petits gestes » ne sauveront l’environnement, la compassion et la charité n’éradiqueront la misère. Il faut impérativement sortir du capitalisme, sortir de la religion du profit. La résolution des problèmes du monde actuel exige une véritable révolution politique, philosophique, culturelle. Elle exige un véritable changement de paradigme. Elle exige une toute autre manière d’appréhender le monde.

Nous ne changerons pas le monde sans retrouver nos ressources morales : l’entraide, l’altruisme, le don, le partage, la générosité, l’empathie, l’attention, l’humilité. Et sans chasser de nos têtes ces poisons que sont l’égoïsme, la cupidité, l’avidité, le calcul, l’esprit de compétition. Nous ne changerons pas le monde sans admettre d’abord que c’est la solidarité, la qualité des relations humaines – et non l’amour des richesses matérielles – qui font l’abondance et le bonheur des sociétés. Nous voyons bien que notre monde croule sous les richesses matérielles et que cela n’empêche guère la misère de s’épanouir, bien au contraire. Si tous les cinq secondes ( !) dans le monde un enfant meurt de faim ce n’est pas parce qu’il n’y aurait pas assez à manger pour tout le monde (l’agriculture mondiale pourrait nourrir neuf milliards d’habitants) mais bien parce que l’égoïsme et la cupidité font hélas la loi. Nous ne changerons pas le monde si nous ne rompons pas radicalement avec le discours débile et pernicieux qui fait passer les riches pour des êtres supérieurs et des bienfaiteurs de l’humanité – et, au contraire, les pauvres pour des incapables et des boulets. Nous ne changerons pas le monde si nous ne rendons pas honteux l’amour de l’argent et infamant son accumulation – il est temps de faire reconnaître que nous ne pouvons pas accueillir toute la cupidité du monde. Nous ne changerons pas le monde si nous ne savons pas opposer et promouvoir une autre idée de la vie, de la richesse, du bonheur, de la réussite.

Dès aujourd’hui, il faut opposer à la bassesse morale ambiante une insurrection de la bonté. Il nous faut renouer avec la grandeur. Il nous faut renouer avec la solidarité, mais une véritable solidarité, pas la fausse solidarité façon Restos du Cœur qui ne s’attaque pas aux causes des problèmes et ne fait que donner bonne conscience aux donateurs tout en confortant un ordre injuste. Une solidarité radicale et conséquente, c’est-à-dire une solidarité qui implique l’humilité et le renoncement à tout égoïsme et à toute cupidité. Une solidarité subversive, c’est-à-dire une solidarité qui détruit toutes les structures inégalitaires et oppressives et institue une société enfin humaine. Une solidarité clairvoyante, c’est-à-dire une solidarité mondiale, une solidarité qui s’inscrit dans l’inébranlable conviction que nous appartenons tous à une seule et même famille ; que nous sommes tous des égaux ; que nous sommes responsables de tous nos frères humains ; que rien de ce qui arrive aux autres ne peut nous être étranger.

L’histoire sidérante et tragique de la Françafrique

« Françafrique », un documentaire en deux parties de Patrick Benquet :

Première partie : « La raison d’Etat » (Suite)

Seconde partie : « L’argent-roi » (Suite)

« En 1960, les quatorze colonies françaises d’Afrique noire deviennent indépendantes. Le général de Gaulle confie à Jacques Foccart la mise en place d’un système qu’on appellera la Françafrique et qui vise à garder, par tous les moyens légaux et illégaux, le contrôle de nos anciennes colonies.

50 ans plus tard, ce système perdure. Pour la première fois, des hommes en charge des plus hautes responsabilités officielles ou officieuses durant ces cinquante dernières années, révèlent l’histoire tumultueuse d’un monde secret où, en dehors de tout contrôle parlementaire ou gouvernemental, tous les coups sont permis. »

Les causes occultées de la « crise des migrants » : pillage de l’Afrique et guerres néocoloniales

Par Saïd Bouamama

[article écrit en mars dernier sous le titre « Le mur meurtrier de la Méditerranée : L’assassinat institutionnel de masse de l’Union européenne ». Le nombre de migrants morts en mer s’est encore accru par rapport à l’année dernière…]

3419 migrants sont morts en 2014 en tentant de traverser la Méditerranée selon l’agence de Nations-Unies pour les réfugiés(1) . Ce chiffre macabre fait de la Méditerranée la frontière la plus meurtrière, le nombre total de décès pour le monde entier étant de 4272. Sur une durée plus longue ce sont plus de 20 000 migrants qui ont perdu la vie depuis l’an 2000. La tendance est de surcroît à une hausse permanente, l’année 2014 ayant battu tous les records en laissant loin derrière le précédent pic qui était de 1500 décès en 2011. Les discours politiques et médiatiques construisent chaque nouveau drame comme des catastrophes imprévisibles sur lesquelles les gouvernements européens n’auraient aucune prise et aucune responsabilité. Le discours de la catastrophe cache un processus d’assassinat de masse de l’Union Européenne.

Les angles morts sur les causes structurelles

Le premier angle mort des discours politiques et médiatiques est celui des causes économiques poussant des dizaines de milliers d’Africains à risquer leurs vies dans des traversées qu’ils savent meurtrières. Depuis les indépendances politiques de la décennie 60, d’autres mécanismes que l’occupation militaire directe sont venus prendre le relais pour assurer la reproduction du « pacte colonial » c’est-à-dire la construction des économies africaines selon les besoins de l’Europe et non selon les besoins des peuples africains. Sans être exhaustif rappelons quelques-uns de ces mécanismes.

Les accords de coopération économique, financière et monétaire que les différents pays européens imposent aux pays africains impliquent une vente des matières premières à des coûts inférieurs à celui du marché mondial et interdisent la taxation des produits importés d’Europe. Prenons l’exemple du dernier accord signé entre l’Union Européenne et les 15 États de l’Afrique de l’Ouest dit « Accord de partenariat économique » (APE). Cet accord interdit la taxation des 11, 9 milliards d’euros de produits importés par l’Union Européenne en 2013. Il met ainsi l’agriculture vivrière locale en concurrence avec l’agriculture industrielle européenne poussant à la misère des centaines de milliers de paysans. Les conséquences coulent de source :

« Cet Accord renforcera une migration massive de populations privées d’avenir dans leur pays, dans une situation où la population d’Afrique de l’ouest fera plus que doubler d’ici 2050, atteignant 807 millions d’habitants (contre 526 millions pour l’UE à la même date), et dans un contexte de réchauffement climatique particulièrement accentué dans cette région.(2) »

Le caractère exploiteur de ces accords est tel que le professeur Chukwuma Charles Soludo, déclare le 19 mars 2012 que l’APE d’Afrique de l’Ouest constitue un (AO) « second esclavage(3). Mais l’APE n’est que la systématisation à grande échelle de logiques de mises en dépendance antérieures comme « l’aide liée » imposant le recours aux entreprises françaises en échange d’un financement de projets d’aménagement, les Plans d’Ajustement Structurel imposant des réformes libérales en échange d’un crédit ou d’un report de remboursement d’une dette, ou pire encore l’institution du Franc CFA qui permet le contrôle des politiques monétaires de la zone franc. Ces causes directes de la paupérisation africaine et de la pression migratoire sont tues par le discours politique et médiatique dominant. Elles démentent l’idée d’une catastrophe imprévisible sur laquelle l’homme n’aurait aucune prise.

Le discours médiatique de la catastrophe n’est qu’un processus de masquage des causes économiques structurelles.

Bien sûr de tels mécanismes ne sont possibles que par le recours direct ou indirect à la force allant de l’assassinat des opposants à ces politiques en passant par les coups d’Etats ou les guerres ouvertes. C’est la raison de la fréquence des interventions militaires européennes directes ou indirectes en Afrique. Si la France est la plus présente dans ces aventures guerrières en Afrique c’est sur la base d’une délégation européenne. Face à la montée des puissances émergentes, face à la concurrence économique états-unienne et chinoise, l’Europe mandate ainsi la France pour la défense des intérêts de l’ « Eurafrique » c’est-à-dire pour la consolidation d’un néocolonialisme socialisé à l’échelle de l’Union Européenne. Cette « Eurafrique » économique et militaire est un vieux projet de certaines fractions du capital financier européen. Elle a été freinée par les concurrences entre les différents pays européens qui tendent à être mises au second plan du fait de l’exacerbation de la concurrence liée à la mondialisation capitaliste. Voici comment Aimé Césaire alertait déjà en janvier 1954 sur l’Eurafrique en se trompant uniquement sur la nationalité du soldat :

« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle, pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins néfastes, de la politique dite d’Association ou d’Union. Maintenant, nous assistons à la politique dite d’intégration, celle qui se donne pour but la constitution de l’Eurafrique. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa dernière trouvaille, l’Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d’un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant(4). »

Ces guerres directes ou indirectes(5) sont la seconde cause de la pression migratoire. Ce n’est pas seulement pour survivre économiquement que des milliers d’africains risquent leurs vies en méditerranée mais pour fuir les guerres européennes et leurs conséquences en termes d’installation de régimes dictatoriaux ou pire encore le chaos comme en Lybie ou au Congo avec l’installation de « seigneurs de guerres » avec lesquels le commerce peut continuer. Le discours médiatique de la catastrophe masque également la responsabilité européenne vis-à-vis de cette cause des migrations contemporaines.

Frontex ou la création des conditions d’un assassinat de masse

Si les causes évoquées ci-dessus suffisent pour comprendre la hausse de la pression migratoire, elles ne suffisent pas à expliquer l’augmentation du nombre de décès au cours de la migration. Pour cela il faut orienter le regard vers les réponses de l’Union Européenne à cette pression migratoire. Ces réponses se concrétisent depuis 2005 par l’action de l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (FRONTEX). Le statut d’agence offre une autonomie importante qui a été encore renforcée le 10 octobre 2011 en l’autorisant à posséder désormais son propre matériel militaire. Les moyens financiers mis à disposition de FRONTEX sont en augmentation constante : 19 millions d’euros en 2006 et 88 millions d’euros en 2011(6).

Concrètement l’agence organise des patrouilles militaires afin de refouler les migrants vers des pays voisins d’une part et signe des accords avec des États tiers pour qu’ils fassent barrage en amont sur les candidats à la migration d’autre part. Pour mener à bien sa première mission, l’agence dispose de moyens militaires en constante augmentation mis à disposition par les États membres ou en possession propre : plus d’une quarantaine d’hélicoptères et d’avions, d’une centaine de bateaux et environ 400 unités d’équipement tels que des radars, des sondes, des caméras, etc(7). Nous sommes bien en présence d’une logique de guerre contre les migrants. De tels moyens militaires permettent à l’agence d’assurer en particulier des patrouilles fréquentes dans les eaux territoriales des États membres mais également dans les eaux internationales. La Ligue belge des droits de l’homme décrit à juste titre l’agence comme une « véritable armée au service de la politique migratoire d’une Europe forteresse, menant à armes inégales une guerre aux migrants qui n’ont rien de soldats(8) ». Cette logique de guerre conduit les candidats à la migration à des prises de risques de plus en plus importantes pour échapper à la surveillance des patrouilles de FRONTEX. La hausse du nombre de décès n’est pas le fait d’une catastrophe imprévisible mais le résultat de décisions prises en toute conscience des conséquences meurtrières.

La seconde mission de FRONTEX consistant en la signature d’accords avec les pays africains riverains de la méditerranée n’est rien d’autre qu’une externalisation du « sale boulot » pour reprendre une expression de la juriste Claire Rodier(9). Les conséquences de cette externalisation sont logiques :

« Cette externalisation qui consiste, pour les Etats européens, à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est) a plusieurs avantages : d’une part, elle opère un transfert du « sale boulot » (déportations de masse, détentions arbitraires, tortures) dans des pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière de respect des droits de l’homme ; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’UE entretient avec son voisinage proche. Car, aux pays concernés, on promet, en échange de leur collaboration, le financement d’actions de coopération ou des contreparties de nature politique ou diplomatique(10). »

Aux morts de ma méditerranée, il convient donc d’ajouter les sévices, les brutalités et les morts de la sous-traitance. Ce rôle d’installation des conditions de l’assassinat institutionnel de masse est, bien entendu, absent des reportages que nos médias diffusent à chaque naufrage meurtrier.

Le discours médiatiques sur les passeurs

Ayant occulté les causes structurelles de la hausse de la pression migratoire et les causes de sa traduction en décès dans la méditerranée, il ne reste au discours médiatiques qu’à ne se centrer que sur les passeurs. Ceux-ci seraient les seuls responsables de la situation et la lutte contre les réseaux de passeurs est présentée comme la solution. Le centrage des discours politiques et médiatiques sur les seuls passeurs contribue une nouvelle fois à occulter les véritables raisons des drames réguliers de la méditerranée.

Nous n’avons, bien entendu, aucune sympathie pour ces passeurs. Nous devons néanmoins rappeler que tant qu’il y a une demande de migrants, il y aura une offre de passages clandestins. C’est le propre des politiques qui ne veulent pas s’attaquer aux causes d’un problème social que de n’aborder que l’offre et d’occulter la demande. S’attaquer aux seuls dealers sans s‘interroger sur la demande de « paradis artificiels » d’un nombre grandissant de citoyens, adopter une politique prohibitionniste en matière d’alcool sans s’attaquer aux causes de l’alcoolisation, etc. Les exemples sont nombreux de ces politiques hypocrites prétendant agir sur les conséquences alors que les causes restent occultées.

Confrontés à une hausse des risques de contrôle, les passeurs sont incités à se débarrasser de leurs cargaisons encombrantes le plus tôt possible et par n’importe quel moyen. « De nouveaux éléments recueillis, mardi 16 septembre, par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) sont venus confirmer la thèse selon laquelle ce sont bien les passeurs qui ont volontairement embouti le bateau de centaines de migrants avant que celui-ci ne coule » souligne Elise Vincent dans l’édition du Monde du 16 septembre 2014. Si ces criminels doivent être poursuivis et jugés, il n’en demeure pas moins que de telles pratiques ne sont possibles que parce que la politique européenne en crée les conditions.

Ces mêmes orientations politiques créent une occasion de profit en or pour la mafia par l’exploitation de ceux qui ont pu échapper à la mort. Le journaliste de l’agence Reuter décrit comme suit cette nouvelle « poule aux œufs d’or » de la mafia à Lampedusa :

« Ici, à huit heures de bateau de la Sicile, la mafia fait déjà ses affaires en accueillant des migrants dans des centres exploités par des sociétés privées sur délégation de l’Etat. C’est toujours les mêmes qui gagnent les appels d’offre depuis des années. Un migrant rapporte en subvention une trentaine d’euros par jour. Avec ces dizaines de milliers de migrants, c’est un business en or, plus rentable même que le trafic de drogue, de l’aveu d’un gangster, piégé par des écoutes téléphoniques lors d’une enquête sur la corruption à Rome. Ce qui est vrai dans la capitale sera vrai partout en Italie. Une illustration de cette organisation, c’est le scenario, toujours le même, qui précède les secours. A bord des rafiots pourris partis de Libye, il n’y a rien à manger ou à boire, pas d’essence, mais un téléphone satellitaire pour appeler au secours. Un équipement bien trop coûteux pour les passeurs. A terre, les migrants fournissent une main d’œuvre à bon marché. Dans l’agriculture pour les hommes, dans la prostitution pour les femmes. Un véritable trafic d’esclaves, et les esclavagistes sont Africains et Italiens(11). »

Les travaux de recherche sur les discriminations considèrent qu’une des formes de celles-ci est la discrimination systémique c’est-à-dire étant la conséquence d’un système et non d’une décision volontaire de discriminer. Nous pouvons emprunter le même concept en ce qui concerne les morts de la méditerranée. Certes l’assassinat de ces migrants n’est pas direct. Il est en revanche le résultat inéluctable des politiques de l’Union Européenne tant dans sa politique africaine que dans sa politique migratoire, tant dans la hausse de la pression migratoire que dans sa traduction en décès à grande échelle.

Source : http://www.michelcollon.info/Le-mur-meurtrier-de-la.html

Notes

(1)http://www.unhcr.fr/54871a45c.html,
(2)Communiqué de presse, Non à la signature de l’Accord de Partenariat Économique UE-Afrique de l’Ouest par le Conseil de l’Union européenne !, 11 décembre 2014, http://www.solidarite.asso.fr/IMG/p…,
(3)Jacques Berthelot, Il est urgent d’arrêter d’imposer les APE, 16 janvier 2013, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/po…,
(4)Aimé Césaire, Le colonialisme n’est pas mort, La nouvelle critique, n° 51, janvier 1954, p. 28.
(5)Conférer pour aller plus loin, Raphaël Granvaud, Que fait l’armée française en Afrique, Agone, Marseille, 2009.
(6)Frontex, le bras armé de l’Europe Forteresse, demain le Monde, n° 18, mars-avril 2013.
(7)Ibid.
(8) Frontex : guerre aux migrants » – le document audio, http://www.liguedh.be/les-fichiers-…,
(9)Claire Rodier, Xénophobie Business, à quoi servent les contrôles migratoires, La Découvertes, Paris, 2012.
(10)Interview de Claire Rodier dans Libération du premier octobre 2012.
(11)Antonio Parrinello, Reuters du 17 janvier 2015.

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pompe afrique« L’Union européenne commet un crime contre l’humanité » (Jean Ziegler)

Pour le sociologue et auteur du livre « Retournez les fusils! choisir son camp », c’est la notion même de « droit d’asile » que l’Europe est en train de détruire. il plaide pour un retour de la mission « mare nostrum », un changement radical de politique.

L’Union européenne refuse d’appliquer le droit d’asile.
Cette politique relève du crime contre l’humanité. Les Nations unies, dans leur convention sur les réfugiés de 1952, ont créé un droit de l’homme nouveau: le droit à l’asile. Ce droit est universel. Tout être humain persécuté dans son pays d’origine pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques a le droit de chercher accueil et protection dans un autre pays.
Les 28 membres de l’Union européenne ont tous, sans exception, signée cette convention. Pourtant, Frontex, l’organisation militaire, semi-clandestine, de protection de la forteresse Europe, assume une politique qui viole de manière flagrante le droit international et la convention sur les réfugiés. Au lieu d’organiser l’accueil et la sécurité des persécutés, Frontex met en œuvre un appareil de contraintes qui les empêche d’atteindre la forteresse, et donc d’y déposer une demande d’asile. Empêcher quelqu’un de remettre une demande d’asile est une violation de la convention.
Toutefois, il faut être précis. Chaque État reste souverain et possède le droit d’étudier cette demande pour déterminer si elle est justifiée ou non. Cela lui confère le droit de la rejeter. Mais ce qui est totalement inadmissible, c’est d’empêcher les réfugiés d’atteindre le pays d’accueil, donc de faire valoir ce droit d’asile.
Les guerres en Libye, Syrie, Afghanistan, Irak et la misère extrême qui règne dans de nombreux pays au sud du Sahara poussent des dizaines de milliers de personnes, dans le désespoir le plus total, à trouver refuge en Europe. Qu’une partie des habitants de la planète doivent encourir de tels dangers confirme que nous vivons sous un ordre cannibale du monde, totalement absurde. On assiste à une extrême concentration des richesses entre les mains de quelques-uns. Le rapport OXFAM de 2014 indique que 1 % de la population mondiale détient autant de valeurs patrimoniales que les 99 % restants. En même temps, la pyramide de martyrs dans les pays du Sud ne cesse de croître.

Le droit international et la plus élémentaire humanité exigent un changement radical de cette politique hypocrite et inhumaine de l’Europe. Il faut revenir au système mis en place et maintenu par le gouvernement italien jusqu’en novembre 2014 (opération « Marée Nostrum ») et mettre en œuvre, avec l’appui de toute l’Union européenne, une opération de sauvetage dans les eaux internationales en Méditerranée et Atlantique Sud.
L’opération « Triton », qui a remplacé « Marée Nostrum », autorise le secours dans les seules eaux territoriales et refuse d’intervenir dans les eaux internationales, là où 99 % des naufrages ont pourtant lieu.
L’établissement d’une organisation qui donne la priorité au sauvetage en mer ne dispensera pas l’Union européenne de mener partout dans le monde un combat impitoyable contre les cartels du crime organisé.
Cartels du crime organisé dont font partie ces fameux passeurs, qui gagnent des millions d’euros sur le désespoir, la misère et l’angoisse des persécutés. L’honneur de l’Europe est à ce prix.
L’opinion publique européenne doit imposer aux tristes bureaucrates de Bruxelles un changement radical de leur politique et du refus d’asile dont sont victimes des dizaines de milliers de personnes chaque année. Combien de tragédies et de milliers de morts nous faudra-t-il supporter ? Car leur seul tort est de vouloir faire appliquer un droit humain fondamental. Il est intolérable que cela continue! Comme il est intolérable que, toutes les 5 secondes, un enfant de moins de 10 ans meure de faim, ou de ses suites immédiates. Près d’un milliard de personnes sont en permanence gravement sous-alimentées alors que l’agriculture mondiale pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains (presque le double de l’humanité). Il faut abattre cet ordre cannibale du monde qui écrase la planète.

Source : http://www.humanite.fr/lunion-europeenne-commet-un-crime-contre-lhumanite-572303

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Lire aussi : https://reveilmutin.wordpress.com/2013/11/16/chasseurs-de-matieres-premieres-ou-comment-le-maintien-de-notre-niveau-de-vie-exige-et-perpetue-la-misere-et-lasservissement-des-pays-du-sud/

Solidarité avec les Grecs en lutte ! A bas la dictature des banquiers !

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Solidarité avec les Grecs qui résistent courageusement aux charognards de l’UE et du FMI et à leurs injonctions et méthodes infamantes !

On veut nous faire croire que les Grecs auraient une dette à payer aux banques, qu’ils seraient responsables de la situation actuelle et qu’ils n’auraient donc pas d’autres choix que d’accepter encore et encore les sacrifices exigés par l’Union européenne et le FMI. On veut nous faire croire que les Grecs seraient des paresseux qui s’en seraient foutu plein les poches pendant des années et qu’il est bien normal qu’ils paient aujourd’hui leurs folies passées. On veut nous faire croire que le FMI, l’Union européenne ne seraient là-dedans que des bienfaiteurs et que les Grecs devraient être heureux qu’ils viennent les aider à payer « leur » dette.

La vérité c’est que l’on nous fait prendre pour une dette ce qui n’est qu’un racket organisé. La vérité c’est que cette « dette » n’est pas celle des Grecs mais le fruit de magouilles politico-bancaires et qu’elle n’est qu’un prétexte depuis 2010 à une politique de régression sociale, de saccage des solidarités et des services publics… Une politique qui n’a imposé de sacrifices qu’aux pauvres et a toujours épargné les plus riches. Une politique qui a eu pour conséquences l’explosion de la misère, de la malnutrition, de la mortalité infantile, du nombre de suicides… Des vies détruites, des conditions de vie dégradées, une catastrophe humanitaire, un peuple humilié, tout cela uniquement pour assouvir la cupidité de banquiers, tout cela uniquement pour remplir les poches de banquiers déjà plus que pleines !

Une politique malfaisante, criminelle que ces prédateurs déguisés en bienfaiteurs voudraient encore accentuer malgré le choix démocratique que les Grecs ont fait en janvier dernier (entre autres choses, ces salauds-là réclament une baisse des petites pensions et une augmentation de la TVA, autant dire des mesures qui rendraient encore plus difficile la vie des Grecs les plus pauvres). Une politique malfaisante, criminelle contre laquelle les Grecs (et leur premier ministre en tête) osent se rebeller, ce qui a le don d’agacer ces racailles en cravates qui redoublent d’ignominies et sont prêts aujourd’hui à asphyxier complètement la Grèce et à y installer la panique totale pour discréditer Syriza et obtenir l’obéissance et la résignation. Organiser un référendum pour que les Grecs puissent décider eux-mêmes s’ils acceptent ou non le plan du FMI et de la Commission européenne ? In-sup-por-ta-ble pour les Juncker, Merkel, Hollande et compagnie qui considèrent que ce sont aux banquiers de régenter nos vies.

Insistons bien là-dessus : ce qui se passe en Grèce depuis cinq ans n’est pas une « crise » mais une guerre menée par les banquiers, les capitalistes et l’ensemble des plus riches : une guerre de pillage, une guerre contre les pauvres, une guerre contre la prétention du peuple grec à disposer librement de son destin. Ce qui se passe en Grèce c’est aussi l’affrontement de deux visions du monde inconciliables : celle qui subordonne tout à la cupidité de quelques-uns contre celle, au contraire, où la dignité et l’épanouissement de chacun prévalent sur les caprices de quelques mafieux.

Les jours qui vont suivre, jusqu’au référendum du 5 juillet, seront décisifs. Les charognards vont exercer une pression terrible sur les Grecs, ils vont tout faire pour briser la résistance grecque et au-delà l’espoir dans un changement global de société, celui qu’incarnent notamment (certes à un degré modeste) Syriza ou encore Podemos en Espagne. Ils veulent faire de la Grèce un exemple, pour montrer ce qu’il en coûte de s’insurger, pour nous rentrer dans la tête qu’il n’y a pas d’alternative possible au monde tel qu’il est. Mais que les Grecs tiennent bon et ce serait assurément un tournant majeur pour les luttes sociales en Europe.

Bref, plus que jamais, il est important, crucial de montrer notre solidarité avec les Grecs en lutte, de relayer la vérité sur ce qui se passe là-bas et d’exercer la pression la plus forte sur nos gouvernants ! Plus que temps aussi de rejoindre la lutte en question, la lutte contre toutes ces crapules qui saccagent nos existences pour le pognon, la lutte pour rendre ce monde enfin vivable !

serrer la ceinture grèce

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« LUTTER CONTRE LA RESIGNATION, C’EST D’ABORD LUTTER CONTRE LA DESINFORMATION

Cette semaine, la lutte dans l’opinion publique s’annonce cruciale et décisive, face au rouleau-compresseur des médias dominants.

N’hésitez pas à vous emparer du petit film ci-dessous (dix minutes) pour rétablir la vérité, notre vérité, et montrer la situation réelle et la dynamique de résistance en Grèce et en Espagne.

En effet, il est très important de montrer que ce qui se passe cette semaine n’est pas seulement le problème de la Grèce.

Pour que souffle le vent du sud, aussi loin que possible, contre la résignation. »

« C’EST LE MOMENT OU JAMAIS, POUR TOUTES CELLES ET CEUX QUI SOUTIENNENT NOTRE RÉSISTANCE EN EUROPE ET AILLEURS, DE LE MONTRER DE TOUTES LES FAÇONS POSSIBLES JUSQU’AU DIMANCHE 5 JUILLET.

Créez, luttez, soyez inventifs. Faites circuler vos photos, vidéos, chansons, actions, messages… Partagez-les ici et ailleurs, autant que possible.

C’est maintenant que ça se joue, non pas seulement pour la résistance grecque, mais aussi, bien au-delà, pour l’imaginaire social de tout un continent.

NOUS AVONS UNE SEMAINE POUR DONNER UN SIGNAL FORT ET SORTIR DES MILLIONS DE PERSONNES DE LA RÉSIGNATION. »

Yannis Youlountas

http://jeluttedoncjesuis.net/

 

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« L’euro ou la haine de la démocratie » (article de Frédéric Lordon publié ce lundi 29 juin)

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A propos de la crise humanitaire provoquée par les politiques d’austérité en Grèce, cet article du Secours populaire : https://www.secourspopulaire.fr/crise-humanitaire-en-grece

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Discours prononcé par Alexis Tsipras, Premier ministre grec, à la télévision, le 26 juin 2015 :

Citoyens grecs,
Au cours des six derniers mois, le gouvernement grec a mené une bataille sous une asphyxie économique sans précédent, dans le but d’appliquer le mandat que vous lui avez donné le 25 janvier.
Le mandat de négocier avec nos partenaires pour arriver à mettre un terme à l’austérité et pour faire revenir dans notre pays la prospérité et la justice sociale.
Pour un accord durable qui respectera la démocratie, les règles européennes, et qui conduira à une sortie définitive de la crise.
Durant les négociations, il nous a été demandé de manière répétitive de mettre en œuvre les politiques du mémorandum que les précédents gouvernements avaient accepté, en dépit du fait que ce mémorandum avait été condamné sans équivoque par le peuple grec lors des récentes élections.
Nous n’avons jamais envisagé d’abandonner – pas même pendant un instant. Ni de trahir votre confiance.
Après cinq mois d’âpres négociations, nos partenaires ont soumis une proposition-ultimatum à la rencontre de l’Eurogroupe, menaçant la démocratie et le peuple grec.
Un ultimatum qui contrevient aux principes et aux valeurs qui ont fondé l’Europe. Les valeurs de notre projet européen commun.
Il a été demandé au gouvernement grec d’accepter une proposition qui ajoutera un poids insupportable sur les épaules du peuple grec, et qui minera le rétablissement de l’économie et la société grecques – pas seulement en alimentant l’incertitude, mais aussi en aggravant les inégalités sociales.
La proposition des institutions inclut des mesures qui vont augmenter la dérégulation du marché du travail, les coupes dans les pensions de retraite, et inclut de nouvelles réductions de salaires le secteur public – mais aussi une augmentation de la TVA sur la nourriture, les restaurants et le tourisme, tout en éliminant les exonérations d’impôts sur les îles grecques.
Ces propositions – qui violent directement les acquis sociaux européens et les droits fondamentaux à travailler, à l’égalité et à la dignité – prouvent que certains partenaires et membres des institutions ne veulent pas trouver un accord viable qui bénéficierait à toutes les parties, mais cherchent plutôt l’humiliation du peuple grec.
Ces propositions illustrent principalement l’insistance du FMI pour des mesures d’austérité sévères et punitives. Il est maintenant temps pour les pouvoirs dirigeants européens de se montrer à la hauteur de l’occasion et de prendre l’initiative pour mettre un terme définitif à la crise grecque, une crise qui affecte également d’autres pays européens, en menaçant le future proche de l’intégration européenne.
Citoyens grecs,
Nous faisons face à la responsabilité historique de ne pas laisser les luttes et les sacrifices du peuple grec rester vains, et de renforcer la démocratie et notre souveraineté nationale – cette responsabilité pèse sur nous.
Notre responsabilité pour le futur de notre pays.
Cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum sur la base de la volonté souveraine du peuple grec.
Plus tôt ce soir, le Conseil des ministres était convoqué et j’ai proposé d’organiser un référendum afin que le peuple grec puisse décider.
Ma proposition a été unanimement acceptée.
Demain, le Parlement tiendra une session extraordinaire pour ratifier la proposition du Conseil des ministres pour qu’un référendum soit mis en place dimanche prochain, le 5 juillet. La question posée sera de savoir si la proposition des institutions doit être acceptée ou rejetée.
J’ai déjà informé le président français, la chancelière allemande et le président de la BCE de ma décision ; demain, je demanderai aux leaders de l’UE et des institutions une courte extension du programme – en cours d’écriture – pour que le peuple grec puisse décider sans pression et sans chantage, comme il l’est disposé dans la Constitution de notre pays et dans la tradition démocratique européenne.
Citoyens grecs,
Je vous appelle à choisir – avec la souveraineté et la dignité que l’Histoire grecque exige – si nous devons accepter l’exorbitant ultimatum qui appelle à une stricte et humiliante austérité sans fin, et qui ne donne aucune perspective de pouvoir un jour nous tenir debout sur nos deux pieds, socialement et financièrement.
Nous devrions répondre à l’autoritarisme et l’austérité sévère par la démocratie – dans le calme et la fermeté.
La Grèce, lieu de naissance de la démocratie, devrait envoyer un retentissant message démocratique aux Européens et à la communauté mondiale.
Et je m’engage personnellement à respecter la conséquence de votre choix démocratique, quel qu’il puisse être.
Je suis absolument certain que votre choix fera honneur à l’Histoire de notre pays et enverra un message de dignité à travers le monde.
Dans ces temps critiques, nous allons devoir rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples.
Qu’en Europe, il n’y a ni propriétaires, ni invités.
La Grèce est et restera une partie intégrante de l’Europe, et l’Europe une partie intégrante de la Grèce.
Mais une Europe sans démocratie sera une Europe sans identité et sans boussole.
Je vous appelle tous à agir avec sang-froid dans l’unité nationale et à prendre une décision digne.
Pour nous, pour les générations futures, pour l’Histoire grecque.
Pour la souveraineté et la dignité de notre pays.

Contre-information sur la situation en Grèce (Yannis Youlountas)

L’ANALYSE DE YANNIS (EN 28 MINUTES) SUR LES DESSOUS DU BATTAGE MÉDIATIQUE SUR LA GRÈCE, CETTE SEMAINE.
En particulier :
1 – Situation réelle et perspectives.
2 – Pourquoi les négociations vont aboutir.
3 – Pourquoi la dette finira par être annulée.
4 – Pourquoi le Grexit pourrait intervenir en octobre.

L’entretien date de ce lundi 22 juin. Des infos et analyses plus récentes sur l’avancée des négociations sont disponibles sur le site de Yannis Youlountas dédié à son nouveau film : http://jeluttedoncjesuis.net/

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Jeudi 25 juin 2015, 15h.

Comment les arguments économiques et financiers sur la Grèce, relayés quotidiennement par les médias dominants, ne servent que de prétextes à un processus politique et idéologique aux conséquences dramatiques.

LES TYRANS QUE NOUS AVONS EN FACE DE NOUS,
À BRUXELLES ET AILLEURS, NE SONT PAS DES GESTIONNAIRES AVEUGLES,
MAIS DES ASSASSINS QUI SAVENT PARFAITEMENT CE QU’ILS FONT.

Pour faire simple et court : pourquoi la BCE et le FMI ont-ils racheté la quasi-totalité des dettes de la Grèce ? A la fois pour faire des cadeaux, comme d’habitude*, aux banques privées (principalement françaises et allemandes, dont certaines ont réussi à faire de grosses plus-values malgré la crise financière), mais aussi et surtout pour prendre pleinement le contrôle de la situation et faire de la « crise grecque » une affaire purement et totalement politique et idéologique.

Oubliez un peu les arguments économiques et financiers dont parlent tant les médias dominants. Certes, ils existent, bien sûr, mais ils ne sont pas le motif principal de ce qui se déroule sous nos yeux.

Dans ce qui se passe à Bruxelles, tous les arguments économiques et financiers ne servent que de prétextes à un processus politique et idéologique aux conséquences dramatiques, qui s’amplifie quotidiennement partout en Europe, à des vitesses différentes, et qui essaie, simultanément, de piéger et de tuer tous les espoirs alternatifs qui s’expriment intensément et diversement en Grèce.

Le revolver qu’on nous met sur la tempe est politique. Disons-le sans détour : les tyrans que nous avons en face de nous, à Bruxelles et ailleurs, ne sont pas des gestionnaires aveugles, mais des assassins qui savent parfaitement ce qu’il font.

Un jour viendra où il faudra organiser un nouveau Tribunal de Nuremberg, qui s’appellera peut-être le TRIBUNAL DE BRUXELLES, POUR JUGER TOUS LES CRIMES DU CAPITALISME, notamment néolibéral, et mettre hors d’état de nuire leurs auteurs et leurs complices.

800 millions d’êtres humains souffrent officiellement de la faim dans le monde et deux milliards sont en sous-nutrition**. Innombrables sont les victimes chaque jour, dont beaucoup d’enfants. Des milliards de vies sont diversement ravagées ou réduites en esclavage.

Vienne le temps de dire non. Le temps des cerises. Le temps de vivre.

Y.Y.

* Par exemple, comme Sarkozy l’a fait en France lors de la crise des subprimes (cf. Lordon et Mordillat : « le grand retournement »).
** Nouveaux chiffres de la FAO, datant d’il y a une semaine

Pour en finir avec les bobards médiatiques sur la Grèce et « sa » dette

arton9851« Grèce : petit guide contre les bobards médiatiques« 

Une brochure réalisée par le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique.

« Malgré l’ingérence et la pression  des dirigeants de l’Union européenne, le peuple grec a décidé de prendre courageusement son destin en main et d’en finir avec les politiques d’austérité qui ont plongé le pays dans la misère et la récession.
Dans les pays victimes de la Troïka, mais aussi dans de nombreux autres pays  européens, la victoire de Syriza est perçue comme un formidable encouragement à lutter pour mettre un terme  à des politiques profitables aux marchés financiers et désastreuses pour les populations. (…)
Mais déjà les grands médias relaient l’idée absurde selon laquelle l’annulation  de la dette grecque “coûterait 600 euros à chaque contribuable français”.  A mesure que les négociations vont  se durcir entre la Grèce et la Troïka, la propagande va s’intensifier et notre travail d’éducation populaire sur la question de la dette publique va devenir de plus en plus nécessaire. Ce petit guide contre les bobards médiatiques a vocation à y contribuer en proposant des réponses aux idées reçues sur la dette grecque. »

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A noter aussi que ce même collectif a lancé un appel pour soutenir les Grecs face à ceux qui entendent bien continuer à l’étrangler sous leurs diktats austéritaires. On peut y adjoindre sa signature ici  :

http://www.audit-citoyen.org/?p=6412