Les cinq principes de la propagande de guerre (Michel Collon)

Si vous êtes une grande puissance cherchant à déclencher une guerre, il y a une chose que vous ne pouvez jamais dire : la vérité.

Vous ne pouvez jamais dire : « Nous faisons cette guerre pour nous emparer de telle richesse ». Ni : « Ce pays dérange notre suprématie régionale ou mondiale ». Et encore moins : « Cette guerre est nécessaire pour les profits de nos multinationales ». Pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit, on peut le prouver pour n’importe quelle guerre récente des Etats-Unis, de la France ou de la Grande-Bretagne : aucune n’était humanitaire, toutes étaient économiques et stratégiques.

Mais ça, il faut absolument le cacher, car vous avez besoin du soutien de votre opinion publique. Il faut bien que quelqu’un paie ces guerres coûteuses, et ça ne peut être que le contribuable, même si ces milliards seraient mieux utilisés pour l’emploi ou le social. Il faut bien aussi que quelqu’un accepte de mourir dans ces guerres, et jamais les présidents ou les dirigeants des multinationales n’y enverront leurs propres enfants.

Donc vous, gouvernement d’une grande puissance, vous êtes obligé de mentir. Comment ?

Ici interviennent les cinq règles de la propagande de guerre, pratiquées par tous les gouvernements de mauvaise foi : 1. Cacher les intérêts économiques. 2. Inverser la victime et l’agresseur. 3. Cacher l’Histoire. 4. Diaboliser l’adversaire. 5. Monopoliser l’info.

Ces règles, nous les retrouverons dans chaque conflit. Et il est important de les maîtriser afin de pouvoir à son tour les expliquer autour de soi. C’est ainsi que les gens pourront prendre de la distance par rapport aux informations et aux images qu’ils ont reçues.

1. Cacher les intérêts économiques

Si le Moyen-Orient n’était pas un champ de pétrole, mais un champ de navets ou de carottes, croyez-vous que les Etats-Unis dépenseraient chaque année trois ou quatre milliards de dollars pour faire d’Israël le flic de la région ? Si l’Irak ne contenait que du sable et pas du pétrole en dessous, les Etats-Unis se seraient-ils donné tant de mal pour déloger un dictateur alors qu’ils en protègent plein d’autres ? Si l’Iran n’était pas un producteur pétrolier qui entend rester indépendant, croyez-vous qu’il tracasserait tant Washington alors que celle-ci a fourni sans problème l’arme nucléaire à d’autres pays ? Si le Venezuela n’était pas le principal fournisseur de pétrole des Etats-Unis, ceux-ci chercheraient-ils à se débarrasser d’Hugo Chavez par tous les moyens (coups d’Etat, subventions monstres de la CIA aux opposants, et même préparatifs de débarquement…) ? Si le Congo n’était pas une gigantesque mine de cuivre, de diamants, d’uranium, et d’autres minerais précieux, Washington aurait-elle assassiné Patrice Lumumba pour le remplacer par le dictateur Mobutu ?

Les guerres sont toujours économiques. Bien sûr, on jurera le contraire, on parlera d’humanitaire. Mais le ministre US Kissinger disait lui-même : « Les grandes puissances n’ont pas de principes, seulement des intérêts. » Mais évidemment on ne peut dire qu’on fait la guerre pour le fric, alors il faut bien raconter des histoires…

Le premier principe de la propagande de guerre vise à faire croire que la guerre est morale.

2. Inverser la victime et l’agresseur

Si vous attaquez un peuple ou un groupe de gens, vous ne pouvez admettre que vous êtes l’agresseur. Il faut toujours vous présenter comme étant la victime, ou le protecteur qui vole au secours de la victime.

Lorsqu’Hitler s’en est pris aux communistes et aux socialistes allemands, aux syndicalistes, aux juifs et aux roms, il les a tous présentés comme un danger, une menace. Le grand complot judéo-bolchévique contre lequel l’Allemagne devait se protéger.

Lorsque les Etats-Unis ont attaqué le Vietnam pour maintenir leur position privilégiée en Asie grâce à des dictateurs militaires corrompus, ils ont présenté les Vietnamiens comme les agresseurs. Alors que ce pays, envahi successivement par le colonialisme japonais, français, puis US, cherchait seulement à obtenir son indépendance.

Lorsque Bush père a attaqué l’Irak, il a dit que celui-ci menaçait d’attaquer l’Arabie saoudite et Israël. Alors que ce dernier ne cessait d’attaquer tous ses voisins depuis cinquante ans.

Lorsque Bush fils a attaqué l’Irak (chose qu’il avait prévu de faire bien avant le 11 septembre), il a réussi le tour de force de présenter les Etats-Unis, la superpuissance mondiale, en position de victime. Alors que l’Irak n’avait aucun rapport avec le terrorisme.

Lorsqu’Israël passe à l’offensive pour annexer des territoires palestiniens, il prétend chaque fois agir en légitime défense contre les Arabes qui l’auraient attaqué ou se prépareraient à le faire. Dans le cas d’Israël, l’inversion entre agresseur et agressé fonctionne encore mieux. Car on a réussi à culpabiliser le public. S’il ne soutient pas Israël, c’est qu’il est antisémite et nie le génocide. Or, la création d’Israël a été décidée non en 1945, mais en 1897. De toute façon, justifier un crime présent par un crime passé, est une curieuse conception de la justice. Si on l’appliquait partout, le monde entier serait à feu et à sang jusqu’à la fin des temps.

Le deuxième principe de la propagande de guerre consiste à inverser l’agresseur et l’agressé pour se donner le beau rôle de la victime.

3. Cacher l’Histoire

Si une grande puissance veut intervenir dans une région convoitée, il lui faut un prétexte. Par exemple, un conflit entre deux Etats, ou bien entre un Etat et une minorité. Elle peut alors se présenter en arbitre, en pompier désireux d’éteindre le conflit local. C’est classique. En réalité, ces conflits ont été provoqués ou attisés par les grandes puissances coloniales elles-mêmes. Diviser pour régner.

En Irlande, la Grande-Bretagne se présente comme un arbitre entre catholiques et protestants. En réalité, c’est elle qui a, au 19ème siècle, implanté des colons protestants dans le but de s’emparer de l’Irlande et de ses riches terres agricoles.

Au Rwanda, France et Belgique se présentent comme neutres. En réalité, ces puissances coloniales ont, l’une après l’autre et de façon délibérée, dressé les ethnies les unes contre les autres afin de mieux diviser leur résistance.

En Amérique latine, l’Europe et les Etats-Unis jouent les innocents face à la pauvreté de ce continent et à ses révoltes. En réalité, ils en sont responsables, ayant tour à tour massacré les Indiens, pillé l’or et l’argent, déporté les esclaves et bloqué le développement de l’économie locale afin de monopoliser les richesses et s’enrichir sur le dos de ces populations.

Le troisième principe de la propagande de guerre veut empêcher le public de comprendre les antécédents et les causes profondes d’un conflit.

4. Diaboliser l’adversaire

Pour faire accepter une guerre, il faut persuader l’opinion qu’on cherche à la protéger, à éliminer une menace. Il faut donc diaboliser l’adversaire, en le présentant comme cruel, immoral et dangereux.

En 1956, la France a présenté le dirigeant anticolonialiste égyptien Nasser comme un nouvel Hitler. Les deux Bush ont attaqué l’Irak en y voyant tour à tour « la quatrième armée du monde », des « armes de destruction massive » ou « l’allié d’Al-Qaeda ». Obama continue à chercher « des terroristes » en Afghanistan alors que le terrorisme peut être partout et nulle part. (…) Des centaines de conseillers en communication sont ainsi chargés de rechercher les thèmes et les formulations – et surtout les images de télé – qui sèmeront le plus efficacement la peur ou l’indignation.

Le quatrième principe de la propagande de guerre vise à manipuler l’émotion du public pour l’empêcher d’analyser les intérêts réellement en jeu.

5. Monopoliser l’info

De manière générale, ces grands médias n’accordent la parole qu’aux sources et aux experts acceptables pour les intérêts dominants. Toute analyse critique sur l’info, qui montrerait les déformations et les médiamensonges, est écartée. Comme l’a montrée Chomsky, il existe une véritable censure qui ne dit pas son nom et qui empêche un véritable débat sur le rôle des multinationales, des USA et de l’UE au Moyen-Orient, comme en Amérique latine ou en Afrique.

Sauf de rares exceptions avec certains journalistes courageux mais à une heure tardive, les débats qui ont lieu à la télé portent seulement sur des divergences secondaires. Par exemple : « En attaquant à Gaza, ne fait-on pas le jeu du Hamas qui passe pour le martyr ? » Jamais : « Les Palestiniens ont-ils le droit de résister à l’agression coloniale menée depuis 1948 ? » ou « Puisque les Palestiniens ont élu le Hamas pour résister au colonialisme, ne faut-il pas discuter avec lui au lieu de le traiter de terroriste et de le bombarder ou d’assassiner ses dirigeants ? » Pour que le public ne se pose pas trop de questions, on ne présente pas les témoins de l’autre camp, ni les analystes qui démontrent que ces guerres sont injustes et intéressées.

Le cinquième principe de la propagande de guerre vise à empêcher le public de se faire son opinion en confrontant les deux points de vue.

Michel Collon, Israël, parlons-en ! (2010)

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